Spécificités de trois zoonoses co-endémiques: démêler leptospirose, fièvre Q et typhus murin - 22/05/26
Résumé |
Introduction |
La Réunion, territoire français de l'océan Indien, est un foyer d'émergence et de réémergence de maladies infectieuses tropicales. La leptospirose, la fièvre Q aiguë (FQa) et le typhus murin (TM) sont trois zoonoses endémiques dont les tableaux cliniques se recouvrent. Cette étude visait à identifier des éléments discriminants pour améliorer le diagnostic différentiel précoce.
Matériels et méthodes |
Les données ont été issues de trois cohortes rétrospectives: leptospirose (2018–2020), FQa (2004–2017) et TM (2012–2017). Les cas de FQa sur cette période ayant été exclusivement recensés dans le sud de l'île, seules les observations de cette région ont été retenues dans l'ensemble des cohortes. Les données sociodémographiques, cliniques et biologiques à l'admission ont été extraites des dossiers médicaux. Une analyse des profils spatiaux et saisonniers a été réalisée. Une régression logistique multinomiale multivariée a permis d'identifier les facteurs discriminants entre les trois infections, en prenant la leptospirose comme modalité de référence.
Résultats |
Au total, 104 cas de leptospirose, 42 de FQa et 64 de TM ont été inclus. Une saisonnalité marquée a été observée pour la leptospirose et le TM, tandis que la FQa ne présentait pas de schéma saisonnier clair. Les cas de TM se concentraient à l'ouest de l'île, contrairement à ceux de leptospirose et de FQa, répartis plus uniformément.
Les âges médians étaient de 52,5 ans [IQR 42,5–61,5] pour la leptospirose, 43,0 ans [IQR 33,0–50,0] pour le TM et 29,0 ans [IQR 37,0–59,0] pour la FQa. La prédominance masculine était plus marquée dans la leptospirose (sexe-ratio 9,4) que dans la FQa (2,2) ou le TM (1,7). Une admission en soins intensifs était nécessaire dans 50,0 % des cas de leptospirose (n=52), contre 14,3 % pour la FQa (n=6) et 2,0 % pour le TM (n=1). L'amoxicilline était utilisée dans 92,3 % des cas de leptospirose (n=96), alors que la doxycycline était privilégiée dans la FQa (61,9 %, n=26) et le TM (74,0 %, n=37).
L'analyse multinomiale multivariée, prenant la leptospirose comme référence, a mis en évidence plusieurs éléments discriminants. La présence d'un rash cutané était associée à la FQa (ORa 14,6 [2,81–76,3]) ainsi qu'au TM (ORa 14,0 [2,53–77,2]). Les céphalées étaient également associées au TM (ORa 6,09 [1,87–19,9]). Sur le plan biologique, un rapport neutrophiles/plaquettes inférieur à 3 (p < 0,001) et des ASAT initiaux supérieurs à 100 UI/L (p < 0,001) étaient associés à la FQa et au TM. À l'inverse, une créatininémie initiale supérieure à 150 µmol/L était plus fréquemment observée dans la leptospirose que dans les deux autres zoonoses (p=0.001).
Conclusion |
À La Réunion, la leptospirose, la fièvre Q et le typhus murin co-circulent et présentent des similitudes cliniques rendant le diagnostic précoce difficile. Des marqueurs cliniques et biologiques simples peuvent néanmoins orienter rapidement les cliniciens vers l'une de ces trois infections. Dans ce contexte, la doxycycline apparaît comme un traitement empirique de première intention, à la fois stratégique et efficace.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 2S
P. S18 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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