Consommation d'antibiotiques en Europe (2019–2024): être AWaRe ne signifie pas prescrire moins - 22/05/26
Résumé |
Introduction |
La surveillance de la consommation d'antibiotiques constitue un pilier des stratégies de lutte contre la résistance aux antimicrobiens (RAM). En Europe, les comparaisons internationales reposent principalement sur les doses définies journalières (DDJ), indicateur robuste pour le suivi temporel mais discutable comme mesure comparative de la qualité des prescriptions et du bon usage. L'objectif de ce travail est de montrer que l'application de la classification AWaRe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) modifie profondément l'interprétation des performances nationales et reflète mieux les enjeux de résistance que les volumes globaux.
Matériels et méthodes |
Nous avons analysé les données européennes de consommation d'antibiotiques systémiques (ESAC-Net) et de résistance bactérienne (EARS-Net) sur la période 2019–2024. Les pays ont été comparés selon (i) la consommation totale exprimée en DDJ/1 000 habitants/jour et (ii) la proportion d'antibiotiques du groupe Access (classification AWaRe) qui reflète notamment les antibiotiques au spectre le plus étroit et moins pourvoyeur de résistance par opposition aux antibiotique du groupe Watch et Reserve. Ces indicateurs ont été mis en regard de l'incidence des bactériémies à Escherichia coli résistant aux céphalosporines de 3e génération (C3G-R) et à Klebsiella pneumoniae résistante aux carbapénèmes (CRKP), ainsi que des taux de mortalité associés à la RAM.
Résultats |
En 2024, seuls neuf pays de l'UE/EEE atteignent une proportion d'Access ≥65 %. La France (74,8 %) et la Finlande (75,7 %) présentent des profils AWaRe comparables malgré des consommations totales très différentes (26,5 vs 13,7 DDJ/1 000 habitants/jour) et hissant la France en 3è position et bon élève, alors qu'elle apparait aujourd'hui au rang Européen de 5è plus grand consommateur d'antibiotique. À l'inverse, la Grèce qui est le plus grand consommateur d'Europe affiche la plus faible proportion d'Access (43 %), tandis que l'Italie 51,3 % et l'Espagne 61 %, malgré des classements intermédiaires en DDJ sont mal représentés sur l'échequier du bon usage des antibiotiques.
Ces profils sont cohérents avec les données de résistance. En effet, l'incidence des bactériémies à E. coli 3CG-R reste faible en France (5,74/100 000) et en Finlande (6,7/100 000), comparée à l'Italie (22,2/100 000) et à l'Espagne (12,5/100 000). Les bactériémies à CRKP sont quasi inexistantes en Finlande ( < 0,1/100 000) et en France (0,19/100 000), mais endémiques en Grèce (14,9/100 000) et en Italie (9,3/100 000). Enfin, les taux de mortalité associée à la RAM suivent la même hiérarchie (Finlande 0,25/100 000; France 0,48; Italie 0,56; Espagne 0,59; Grèce 0,76 en 2021).
Conclusion |
Les volumes globaux d'antibiotiques (DDJ) ne suffisent pas à évaluer la qualité de l'antibiothérapie à l'échelle nationale. Les profils AWaRe, en intégrant la distribution des classes selon leur potentiel de sélection de résistance, offrent une lecture plus pertinente et plus cohérente avec les indicateurs de résistance et de mortalité.
Cette approche basée principalement sur la classification AWaRe soutient un changement de paradigme, passant du comptage global des antibiotiques sans distinction du pouvoir de sélection de résistance à une gouvernance prenant en compte ce risque, tout en s'appuyant sur un système déjà existant mais plus cohérent avec la pratique clinique.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 2S
P. S19 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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