Le label d'allergie aux pénicillines est-il un facteur de risque d'infection du site opératoire ? - 22/05/26
Résumé |
Introduction |
Les infections du site opératoire (ISO) figurent parmi les principales infections associées aux soins et constituent une cause majeure de morbidité et de surcoûts hospitaliers. L'antibioprophylaxie par bêta-lactamines, principalement la céfazoline, est recommandée en première intention. Toutefois, environ 8 à 10 % des patients sont porteurs d'un label d'allergie aux pénicillines (PAL), alors que parmis eux seulement 4% sont vraiment allergiques (majoritairement bénin sans risque d'anaphylaxie) après exploration allergologique. Cela conduit fréquemment à l'utilisation d'alternatives moins efficaces. Si des études internationales suggèrent un sur-risque d'ISO associé au PAL, aucune donnée française de grande ampleur n'est disponible. L'objectif de cette étude était d'évaluer l'association entre PAL et survenue d'ISO dans une cohorte chirurgicale française.
Matériels et méthodes |
Étude observationnelle rétrospective exposé/non exposé incluant des interventions chirurgicales réalisées entre janvier 2012 et juin 2024, pour lesquelles une antibioprophylaxie par bêta-lactamines était recommandée en première intention. Les ISO ont été identifiées selon la méthodologie standardisée de la mission nationale SPICMI. Le statut PAL a été déterminé sur la base du dossier patient informatisé à partir de recherche de mots clés, dans les champs renseignant le statut allergique. Les comparaisons ont été réalisées par tests du Chi² ou de Fisher et exprimées en odds ratio (OR) avec intervalle de confiance à 95 % (IC95).
Résultats |
Au total, 13 181 interventions correspondant à 12 067 patients ont été incluses. La prévalence du PAL était de 7,52 %. Le taux global d'ISO était de 3,75 % (490 ISO). Les patients porteurs d'un PAL présentaient un taux d'ISO significativement plus élevé que les patients non PAL (6,65 % [67/1 007] versus 3,47 % [423/12 174]; OR = 1,98; IC95 % [1,52–2,58]; p < 0,0001). Le sur-risque était particulièrement marqué pour certaines chirurgies, notamment les césariennes (OR = 2,41; IC95 % [1,59–3,67]). L'analyse microbiologique montrait une surreprésentation des ISO à flore digestive chez les patients PAL (OR = 2,56; IC95 % [1,58–4,14]) et une proportion plus faible d'ISO à flore cutanée (OR = 0,53; IC95 % [0,33–0,84]).
Conclusion |
Dans cette large cohorte française, la présence d'un label d'allergie aux pénicillines est associée à un doublement du risque d'infection du site opératoire. Ces résultats, cohérents avec les données internationales, suggèrent que le PAL constitue un facteur de risque modifiable d'ISO, probablement lié au recours à des alternatives à la bêta-lactamine en antibioprophylaxie. Ils plaident en faveur d'une exploration systématique et préopératoire du PAL, afin de sécuriser l'usage des bêta-lactamines lorsque cela est possible. Ces données exploratoires justifient également l'élargissement multicentrique de ces recherches, afin de déterminer si le PAL doit être inclus parmi les facteurs de risque d'ISO dans les recommandations nationales de prescription d'antibioprophylaxie chirurgicale mais aussi plus largement dans le cadre du bon usage des antibiotiques.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 2S
P. S21 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
