VIH à Mayotte (2010–2025): forte hausse des diagnostics depuis 2022 et évolution des profils des personnes nouvellement diagnostiquées - 22/05/26
Résumé |
Introduction |
En France, l'épidémie de VIH est globalement stable mais marquée par de fortes disparités territoriales, particulièrement dans les départements d'outre-mer. À Mayotte, la situation apparaît paradoxale, avec une incidence historiquement faible du VIH malgré une forte circulation d'autres infections sexuellement transmissibles. Les données locales restent limitées et peu actualisées. Cette étude vise à décrire l'évolution temporelle des nouveaux diagnostics de VIH à Mayotte entre 2010 et 2025 et à analyser les changements de profil des personnes diagnostiquées à partir de 2022.
Matériels et méthodes |
Nous avons conduit une analyse descriptive et temporelle des nouveaux diagnostics de VIH à partir de la base clinique NADIS, utilisée en routine au CH de Mayotte, incluant les personnes prises en charge pour un diagnostic de VIH entre 2010 et 2025.
L'évolution annuelle a été analysée par une régression de Poisson en séries temporelles interrompues, avec test d'une rupture en 2022. Les caractéristiques des personnes diagnostiquées avant et depuis 2022 ont été comparées.
Résultats |
Entre 2010 et 2021, le nombre annuel de nouveaux diagnostics augmentait progressivement (+18 % par an; IRR = 1,18; p < 0,001). Une rupture nette est observée en 2022, avec un doublement des diagnostics (IRR = 2,02; IC95 % [1,62–2,53]; p < 0,001), suivi d'un maintien à un niveau élevé en 2023–2025. Le taux annuel est passé de 21,6 pour 100 000 habitants en 2021 à 46,7 pour 100 000 en 2022.
Parmi les 865 nouveaux diagnostics identifiés, 494 (59,2 %) ont été posés depuis 2022. Les personnes diagnostiquées depuis 2022 étaient plus jeunes (âge moyen 32,9 vs 38,5 ans, p < 0,001), présentaient des CD4 plus bas et une charge virale plus élevée au diagnostic (p < 0,001 pour les deux), traduisant des diagnostics plus fréquemment réalisés à un stade virologiquement actif et, pour une part, plus tardif de l'infection. La proportion de personnes HSH ou bisexuelles était plus élevée depuis 2022 (17,8 % vs 10,0 %, p = 0,006). La distribution du lieu de naissance différait selon la période de diagnostic, avec notamment une augmentation de la proportion de personnes nées à Madagascar depuis 2022. Cette variable doit être interprétée avec prudence, car à Mayotte le lieu de naissance ne reflète pas toujours l'ancienneté ni l'appartenance aux groupes locaux.
En analyse multivariée ajustée sur l'âge, le sexe, le facteur de risque VIH et le lieu de naissance, un diagnostic depuis 2022 était associé à un âge plus jeune (ORa = 0,95 par an), au fait d'être HSH ou bisexuel (ORa = 2,38) et au fait d'être né à Madagascar comparativement à Mayotte (ORa = 2,04).
Conclusion |
L'augmentation brutale des diagnostics de VIH à Mayotte depuis 2022 s'accompagne de profils biologiques et sociodémographiques différents, suggérant une dynamique épidémiologique défavorable qui ne peut être expliquée uniquement par une intensification du dépistage. Ces résultats soulignent la nécessité de stratégies de prévention et de dépistage adaptées aux spécificités sociales, migratoires et territoriales de l'île.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 2S
P. S28-S29 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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