Une dynamique singulière de l'épidémie VIH à La Réunion, 2010–2025: incidence en hausse et transmission hétérosexuelle persistante - 22/05/26
Résumé |
Introduction |
La Réunion est une région française d'outre-mer de l'océan Indien, bénéficiant d'un accès universel au dépistage et au traitement du VIH. L'infection par le VIH y demeure néanmoins un enjeu majeur de santé publique. Cette étude visait à décrire l'évolution de l'incidence du VIH et les changements de profil des personnes nouvellement diagnostiquées au cours des quinze dernières années.
Matériels et méthodes |
Nous avons conduit une analyse descriptive et temporelle de l'ensemble des personnes nouvellement diagnostiquées pour le VIH à La Réunion entre 2010 et 2025, à partir de la base clinique NADIS.
Les caractéristiques au diagnostic ont été décrites globalement et comparées entre une période ancienne (2010-2013) et une période récente (2022-2025) à l'aide de tests de Wilcoxon et du χ² de Pearson.
La tendance de l'incidence annuelle a été modélisée par régression de Poisson avec offset sur la population.
Les tendances temporelles des caractéristiques au diagnostic ont été étudiées par régression logistique multivariée, comparant les diagnostics récents (2022-2025) aux diagnostics anciens (2010-2013) et incluant l'âge, le sexe, le groupe d'exposition, le lieu de naissance, la présence d'un SIDA au diagnostic (pathologie classant SIDA et/ou un taux de CD4<200 cellules/µL) et des antécédents d'infections sexuellement transmissibles (IST).
Résultats |
Au total, 621 personnes ont été nouvellement diagnostiquées pour le VIH entre 2010 et 2025. L'âge médian au diagnostic était de 38 ans (IQR 28-50). Les femmes représentaient 23 % (n=144) des individus; 48 % (n=297) étaient nés à La Réunion.
L'incidence du VIH présentait une variabilité interannuelle marquée, avec une augmentation moyenne annuelle estimée à 1,7% (p=0,045).
Le contexte de dépistage était renseigné dans 59% (n=367) des cas, dont 60% (n=220) à l'initiative d'un professionnel de santé. Le motif du dépistage était documenté pour 57% (n=352) des personnes, principalement une exposition à risque (33%, n=116), des symptômes évocateurs (27%, n =96) ou une IST (11%, n=39).
Un SIDA au diagnostic était observé chez 34% (n=212) des personnes. Cette proportion chutait nettement entre les périodes ancienne et récente, de 49% (72/148) à 23% (43/185) (p<0,001). Les profils d'exposition se modifiaient parallèlement, avec une baisse de la proportion des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) de 46% (88/148) à 30% (56/185), et une progression de la transmission hétérosexuelle de 43% (63/148) à 58% (108/185) (p global=0,021).
En analyse multivariée, les diagnostics récents étaient associés à un âge plus élevé au diagnostic (aOR 1,02/an; p=0,042), à une exposition hétérosexuelle (aOR 3,65; p<0,001) ou autre (aOR 2,30; p=0,043) par rapport aux HSH, ainsi qu'à des antécédents d'IST (aOR 2,84; p=0,002), tandis que la proportion de SIDA au diagnostic diminuait significativement (aOR 0,29; p<0,001).
Conclusion |
L'incidence du VIH a augmenté à La Réunion entre 2010 et 2025, contrastant avec la France hexagonale. La diminution des diagnostics au stade SIDA, concomitante à l'augmentation des IST, suggère un recours plus précoce au dépistage. Toutefois, la persistance d'une transmission hétérosexuelle importante souligne des lacunes de prévention et la nécessité de stratégies ciblées.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 2S
P. S28 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
