L'excès apparent de prescriptions d'antibiotiques en téléconsultation est-il un artefact épidémiologique ? Analyse standardisée sur le motif de recours. - 22/05/26
Résumé |
Introduction |
La téléconsultation (TC) est en plein essor en soins primaires. Cette modalité distancielle soulève des interrogations quant à la qualité des soins, notamment concernant un risque potentiel de surprescription d'antibiotiques en l'absence d'examen clinique.
L'objectif de cette étude était d'analyser la fréquence des prescriptions antibiotiques en téléconsultation en tenant compte du case-mix spécifique de cette modalité. En effet, les taux bruts d'utilisation des antibiotiques en TC ne prennent pas en considération la surreprésentation de certaines pathologies, en particulier les infections respiratoires.
Matériels et méthodes |
Les données issues d'une grande plateforme nationale de téléconsultation ont été exploitées sur la période de mars 2024 à janvier 2025, représentant environ 1,6 million de téléconsultations. Une analyse descriptive des motifs de consultation et des taux de prescription antibiotique a été réalisée.
Une standardisation directe a ensuite été effectuée en appliquant les taux d'utilisation des antibiotiques observés en téléconsultation à la distribution des diagnostics en médecine présentielle, issue de l'étude ECOGEN.
Résultats |
L'analyse brute confirme un taux global de prescription d'antibiotiques toutes pathologies confondues supérieur en TC (18% vs 12,5%). Cependant, l'analyse stratifiée par pathologie inverse le constat:
• Pour les infections respiratoires (IR): Le taux de prescription pondéré est de 28% en TC contre 41% en présentiel (si l'on applique les taux du présentiel à la population TC).
• Par pathologie spécifique: Les médecins en présentiel prescrivent davantage d'antibiotiques pour la majorité des diagnostics respiratoires: Bronchite (65% en présentiel vs 23% en TC), Pharyngite (67% vs 58%), Rhinopharyngite (16% vs 13%).
• Si l'on applique les taux de prescription observés en TC à la structure de patientèle de la médecine de ville (faible part d'IR), le taux global attendu serait de 13,1%, soit un chiffre quasi-identique au réel observé en ville (12,5%).
Conclusion |
La surreprésentation des infections respiratoires en téléconsultation semble expliquer en grande partie le niveau du taux global de prescription antibiotique observé. L'ajustement par standardisation directe permet de corriger cet effet de case-mix et suggère que la fréquence des prescriptions n'est pas plus élevée qu'en médecine présentielle, voire inférieure.
Ces résultats pourraient s'expliquer par une meilleure adhésion aux recommandations de bon usage, notamment la non-prescription dans les infections respiratoires virales, ou par une prudence accrue des praticiens liée à l'absence d'examen clinique, favorisant la réévaluation plutôt qu'un traitement probabiliste immédiat.
L'excès de prescription d'antibiotiques en téléconsultation est un biais de confusion lié au recrutement des patients. Après ajustement sur les motifs de consultation, la pratique en TC apparaît plus économe en antibiotiques que la pratique présentielle pour les infections respiratoires courantes. Ces données invitent à réviser les indicateurs de surveillance pour tenir compte du case-mix .
Liens d’intérêts déclarés : BM est responsable médical de la structuration des données et de la recherche pour la plateforme nationale de téléconsultation Qare
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 2S
P. S45-S46 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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