Évaluation qualitative des prescriptions d'antibiotiques en téléconsultation de médecine générale: analyse de 1,6 million d'actes via 12 indicateurs de pertinence - 22/05/26
Résumé |
Introduction |
L'évaluation du bon usage des antibiotiques ne peut se limiter à la seule surveillance quantitative des volumes prescrits, qui ne reflète pas l'adéquation thérapeutique. Une approche qualitative, fondée sur des indicateurs de pertinence (IP), est indispensable pour juger de la qualité réelle des pratiques. Dans un contexte où la téléconsultation (TC) suscite des réserves quant à un potentiel risque de mésusage liée à l'absence d'examen clinique, l'objectif de cette étude est d'évaluer la qualité des prescriptions en TC de médecine générale (MG) à l'aide des IP définis par consensus d'experts (2022) et de les confronter aux données nationales.
Matériels et méthodes |
Étude rétrospective descriptive incluant l'ensemble des téléconsultations de MG (adultes) réalisées sur une plateforme nationale française de téléconsultation entre le 01/03/2024 et le 01/02/2025. Le taux de prescription a été mesuré via les données structurées (classification ATC). La qualité a été évaluée selon 12 IP (choix de la molécule, durée, sécurité) et comparée aux cibles d'experts et aux données de médecine de ville (DREES/CNAM) en France.
Résultats |
Sur 1 598 178 actes, le taux global de prescription d'antibiotiques en TC est de 20 %. Les motifs infectieux prédominent (respiratoire 37,3 %, urinaire 7,4 %). Cependant, l'analyse qualitative montre une adhésion stricte aux référentiels d'épargne antibiotique:
• Privilège de l'Amoxicilline: Le ratio Amoxicilline / ATB de 2nde intention est de 12,3 en TC, contre 0,87 en moyenne nationale de ville, témoignant d'une forte épargne des molécules à large spectre.
• Épargne des Macrolides/C3G: Ils ne représentent que 3,3 % des prescriptions (vs 19,8 % au national).
• Infections urinaires: Respect quasi-absolu des recommandations (usage de molécules non recommandées chez l'homme: 0,001 %; ré-administration de quinolones: 0 %).
• Juste durée: Seuls 5,8 % des traitements excèdent 7 jours (vs 20,7 % au national).
Conclusion |
Le taux brut de prescription observé (20 %) est supérieur à la moyenne nationale en présentiel (12,5 %, SPF 2022). Cet écart s'explique par un biais de recrutement (case-mix) inhérent à la TC: la patientèle consulte quasi-exclusivement pour des épisodes aigus (infectieux), contrairement au présentiel qui inclut une large part de suivi chronique et administratif (renouvellements, ALD) diluant le taux de prescription. Une fois ce biais structurel pris en compte, l'analyse qualitative par IP révèle que la TC ne favorise pas le mésusage. Au contraire, elle performe mieux que la moyenne nationale sur les critères d'impact écologique: usage massif des molécules à spectre étroit et respect des durées courtes.
Si la téléconsultation présente un taux brut de prescription plus élevé du fait de la concentration de pathologies aiguës, l'analyse qualitative démontre une excellente conformité aux référentiels de bon usage. La traçabilité numérique et l'absence d'examen physique semblent paradoxalement favoriser une prescription plus rigoureuse et économe en molécules critiques (fluoroquinolones, macrolides) que la pratique de ville conventionnelle.
Liens d’intérêts déclarés : BM est responsable médical de la structuration de la données et de la recherche chez Qare, entreprise de téléconsultation
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 2S
P. S45 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
