Facteurs prédictifs d’hospitalisation en réanimation au cours de la maladie de Gougerot-Sjögren : une étude de cohorte rétrospective - 04/06/26
, L. Grange 1, N. Maillard 2, J. Morel 3, G. Thiery 4, M. Killian 1Résumé |
Introduction |
La maladie de Gougerot-Sjögren (MGS) est la deuxième connectivite la plus fréquente après la polyarthrite rhumatoïde [1] . Si sa symptomatologie se limite majoritairement à une sécheresse muqueuse, une asthénie et des douleurs diffuses, elle peut se compliquer dans 30 % des cas de manifestations systémiques, pouvant menacer le pronostic vital des patients [2] et nécessiter une hospitalisation en secteur de soins critiques (réanimation ou soins intensifs, SC). Toutefois, les facteurs prédictifs d’hospitalisation en SC au cours de la MGS n’ont pas été clairement déterminés à ce jour, ainsi l’objectif principal de notre étude était de les étudier. Nos objectifs secondaires étaient de déterminer les facteurs prédictifs d’admission en SC liés à la MGS, et de décrire les principaux motifs d’admission et les principales complications survenant au cours du séjour en SC.
Patients et méthodes |
Nous avons conduit une étude de cohorte rétrospective, monocentrique, concernant les patients atteints d’une MGS selon les critères de classification ACR/EULAR 2016 ou AECG 2002, ayant été hospitalisés dans notre centre entre le 01/01/2010 et le 31/12/2023. Les caractéristiques démographiques, cliniques et biologiques des patients ayant nécessité une hospitalisation en SC ont été comparées à celles des patients n’ayant pas nécessité une telle hospitalisation. Les caractéristiques des patients ayant nécessité une hospitalisation en SC liée à la MGS, définies comme liée à une manifestation systémique de la maladie, à un effet secondaire d’un traitement de la MGS ou pour monitoring après une chirurgie en lien avec la MGS ont ensuite été comparées à celles des autres patients de la cohorte.
Résultats |
Au total, 192 patients atteints de MGS ont été inclus. Vingt-cinq (13,08 %) d’entre eux avaient été hospitalisés en SC au cours de la période d’observation. Les facteurs prédictifs d’hospitalisation en SC en analyse multivariée étaient l’existence d’une atteinte respiratoire (OR = 4,7 ; p = 0,015), hématologique (OR = 5,3 ; p = 0,028) ou rénale (OR = 8,3 ; p = 0,009) de MGS, d’une hypergammaglobulinémie polyclonale (OR = 5,2 ; p = 0,008) ou d’un lymphome B (OR = 79 ; p = 0,001). Douze (6,67 %) patients ont présenté une hospitalisation en SC liée à la MGS. Les facteurs prédictifs d’hospitalisation en SC liée à la MGS en analyse multivariée étaient l’existence d’un lymphome (OR = 57 ; p = 0,007), d’une atteinte rénale (OR = 11,4 ; p = 0,013) ou d’une atteinte respiratoire (OR = 7,5 ; p = 0,027). Trois patients ont présenté deux séjours en SC sur la période d’inclusion, portant le total d’hospitalisation en SC à 28. Quatorze (50 %) hospitalisations en SC étaient liées à la MGS. La manifestation de la MGS la plus fréquemment en cause dans l’hospitalisation en SC était l’atteinte respiratoire (6/14, 43 %) : 4 patients ont été admis en SC pour une surinfection d’une atteinte respiratoire de MGS (pneumopathie interstitielle ou bronchiolite) et 2 patients pour une exacerbation d’origine indéterminée d’une atteinte respiratoire de MGS. La seconde atteinte la plus fréquemment responsable d’hospitalisation en SC était l’atteinte hématologique (4/14, 29 %), avec 3 patients hospitalisés pour hémorragie digestive dans le cadre d’une thrombopénie profonde et un patient hospitalisé pour une splénectomie dans le cadre d’une anémie hémolytique réfractaire. Le premier motif d’admission en SC non liée à la MGS était la survenue d’une pneumopathie infectieuse (5/14, 36 %). À l’admission en SC, les patients admis du fait de la MGS présentaient un score ESSDAI en moyenne plus important (18,43 vs. 9,71, p = 0,049) et un âge plus jeune (52,42 vs. 66,37 ans, p = 0,019). Les scores SOFA et APACHE II n’étaient en revanche pas significativement différents. Le délai médian entre diagnostic de MGS et admission en SC était de 1,85 an (IQ = 0,14–3,95). L’hospitalisation en SC faisait suite aux manifestations inaugurales de la MGS dans 7 (28 %) cas. Trois patients (12 %) sont décédés au cours de leur séjour en SC.
Conclusion |
L’hospitalisation en SC est un évènement relativement fréquent et souvent précoce au cours de la MGS. La survenue d’une atteinte respiratoire, rénale ou hématologique, d’un lymphome ou d’une hypergammaglobulinémie polyclonale représentent des facteurs prédictifs indépendants d’admission en SC. Les atteintes respiratoires, rénales et les lymphomes sont des facteurs prédictifs d’une admission en SC directement liée à la MGS. Les atteintes respiratoires et hématologiques sont les principales atteintes de la MGS directement responsables d’admission en SC. Les infections, et en particulier les pneumopathies infectieuses, représentent le premier motif d’admission en SC non liées à la MGS, suggérant un intérêt des mesures de prévention anti-infectieuse systématiques chez les patients atteints de MGS, y compris en l’absence de traitement immunosuppresseur.
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Vol 47 - N° S1
P. A91-A92 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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