Les Troubles neurologiques fonctionnels (TNF), une brève histoire d’un glissement sémantique - 11/06/26
Functional neurological disorders: A brief history of a semantic shift
: Psychologue, Docteur en Psychologie, Chercheur Associé, Sarah Garvin c : NeuropsychologueRésumé |
Objectifs |
Nous nous proposons d’étudier dans cet article les effets d’un glissement sémantique qui va du terme hystérique vers celui de TNF (trouble neurologique fonctionnel). En effet, depuis plus de 15 ans, cette nouvelle appellation parvient à s’imposer dans les différents services de médecine conventionnelle et a donc des effets sur la pratique elle-même. Or, il ne s’agit pas simplement d’une évolution « naturelle » d’un terme diagnostique puisque le terme « d’hystérie » continue d’être employé largement par les tenants des approches psychodynamiques et psychanalytiques – et qui ignorent parfois même cette nouvelle appellation de TNF. Les deux continuent donc de cohabiter, parfois en s’ignorant et rappelant l’hermétisme radical dans lequel nos adhésions théoriques nous maintiennent.
Méthode |
Grâce à la reprise dans la littérature de l’évolution des dénominations des somatisations, nous en viendrons à détailler leurs manifestations cliniques concrètes et à en repérer les différentes lectures étiologiques. Ce triptyque dénominations/manifestations/étiologies permet de dessiner les contours des problématiques actuelles autour de l’accueil des patients présentant un TNF. Car l’enjeu, bien qu’il paraisse initialement épistémologique et théorique, est bien celui de la clinique. Sachant que cette nouvelle dénomination réintroduit peu à peu ces problématiques au sein des services de neurologie, nous nous appuierons donc également sur la description des outils préconisés pour poser un tel diagnostic.
Résultats |
L’étude de ce glissement sémantique nous mène inévitablement à constater l’impasse des recommandations monolithiques pour la prise en charge de ces patients. Si les actuelles politiques de santé ou même les positionnements radicaux de certains professionnels de santé obturent totalement les possibilités thérapeutiques, il apparaît nettement que l’efficacité thérapeutique tient, pour ces patients, à la pluralité des propositions de soin et leur articulation. Cela nous permet ainsi d’en venir à une réflexion sur la « forme » que peuvent parfois prendre les symptômes somatiques et en l’occurrence leur aspect définitivement réticulaire.
Discussion |
L’appellation TNF n’exclut pas qu’il y ait dans l’étiologie somatique des aspects psychiques. Si elle déploie néanmoins une certaine ambiguïté autour des termes de « psychogène » ou de « conversion », elle ne peut s’épargner les multiples ramifications qui entourent un signe somatique qui n’a aucune explication organique ou lésionnelle. L’intérêt est alors de réfléchir à la façon d’accueillir un patient dont l’émergence visible (signes cliniques) témoigne surtout de problématiques sinon invisibles du moins voilées. D’une entrée parfois spectaculaire (perte de sensibilité, troubles moteurs graves, bégaiement, etc.), il nous faut alors avancer à travers une logique réticulaire du symptôme.
Conclusion |
On peut légitimement et malgré les revues de littérature qui ne vont pas dans ce sens, s’inquiéter que ce « glissement sémantique » entraîne la disparition de la dimension psychogène jusque-là maintenue. De l’hystérie au fonctionnel en passant par la conversion, c’est donc toute une logique du symptôme et du soin qui change – conduisant peut-être un jour des tutelles peu regardantes à imposer des recommandations soutenues à grand renfort de communication mais pourtant très peu étayées. Ce glissement devient pourtant porteur car, du fait des nombreuses études qui fleurissent sur ce sujet, s’établit scientifiquement que pour être efficace, la prise en charge des TNF ne peut être unique. Ce qui pose de façon pragmatique et concrète la question de l’articulation entre nos différentes approches et de leur cohabitation possible (ou pas) autour d’un même patient au sein de nos services.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Abstract |
Objectives |
We studied the effects on clinical practices of the semantic shift from the term “hysterical” to the term “functional neurological disorder” (FND). Over the past 15 years, “FND” has been increasingly used in different conventional medical contexts. However, we are not witnessing a “natural” shift since hysteria continues to be widely employed by proponents of psychodynamic and psychoanalytic approaches, who have not adopted the usage of “FND.” The two terms thus continue to be utilized in tandem, often by groups of users who ignore each other, exhibiting a type of radical hermeticism maintained by adherence to theoretical allegiances.
Methods |
We reviewed the literature to explore the shift in terms used to describe somatization. We outlined the concrete associated clinical manifestations and identified the different etiological interpretations. This triad of terms/clinical manifestations/etiologies served as the framework for examining the different forms of care provided to patients with the condition. Although the underlying conflict initially appeared to be epistemological and theoretical in nature, it is obviously clinical. Given that the usage of “FND” is gradually reintroducing these clinical concerns into neurology departments, we also described the tools used to establish the diagnosis.
Results |
The study of this semantic shift inevitably led us to recognize the impasse resulting from monolithic recommendations for caring for these patients. While current healthcare policies, or even the radical positions of certain healthcare professionals, may completely obstruct therapeutic possibilities, it was clear that therapeutic efficacy for these patients has depended on the plural nature of and connections between proposed types of care. These findings led us to reflect on the form that somatic symptoms can take, with the clear presence of systemic features.
Discussion |
From the perspective of somatic etiology, the term “FND” does not exclude the existence of psychological elements. It does, however, introduce a certain ambiguity around the terms “psychogenic” and “conversion”, and it cannot deal with the multiple ramifications resulting from somatic symptoms without quantifiable physical causes. We thus invite reflection on how to care for patients whose condition (clinical symptoms) suggests the existence of issues that have been partially to entirely hidden. Starting from what are often marked symptoms (e.g., numbness, severe motor disorders, stuttering), we must advance with a systemic view.
Conclusion |
Despite the lack of support from the literature reviews, we have legitimate concerns that this “semantic shift” is erasing the psychogenic dimension that has persisted until now. With “FND,” the way of understanding and caring for the condition is changing, and, one day, the result may be the imposition of strongly advocated but poorly substantiated recommendations. That said, it is reassuring that numerous studies have scientifically established that, to be effective, the treatment of FND must be customized. Thereafter, it is important to consider how to pragmatically and concretely link the different approaches currently being used.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Hystérie, Somatisation, Neurologie, Psychanalyse, Trouble neurologique fonctionnel
Keywords : Functional neurological disorder, Hysteria, Somatization, Neurology, Psychoanalysis
Plan
Vol 91 - N° 2
P. 225-238 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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