Expositions environnementales et inégalités de santé en Guyane française - 16/07/26
Résumé |
Introduction |
La Guyane française, en Amazonie, cumule des expositions environnementales inégalement réparties. Les déficits en eau potable, assainissement et hygiène, la gestion insuffisante des déchets, la contamination aux métaux lourds, un usage parfois inapproprié de pesticides et une surveillance limitée de la qualité de l’air renforcent la vulnérabilité des populations. Ces expositions s’inscrivent dans un contexte d’isolement géographique, de croissance démographique et d’inégalités socioterritoriales. L’objectif est de synthétiser les connaissances sur la santé environnementale en Guyane et d’identifier des priorités opérationnelles de surveillance et d’action.
Méthodes |
Une revue narrative couvrant 2000–2025 a été réalisée à partir de documents institutionnels régionaux, de publications scientifiques multidisciplinaires, de littérature grise et de rapports locaux. L’analyse s’appuie sur le cadre de l’exposome (environnement externe général, externe spécifique, interne), avec une attention particulière aux femmes enceintes, enfants, populations autochtones, migrants et habitants des zones isolées.
Résultats |
En matière d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène, 39 % de la population est raccordée à un réseau d’assainissement souvent défaillant, tandis que 21 % ne dispose d’aucun dispositif, augmentant les risques de maladies entériques et vectorielles. Les pratiques et représentations varient selon les territoires, avec une résistance documentée au changement. La qualité de l’air est surveillée par trois stations seulement, un nombre insuffisant pour couvrir l’ensemble du territoire. Les épisodes de poussières sahariennes et les incendies de dépôts de déchets entraînent des pics de pollution associés à une augmentation des accouchements prématurés . Les données sur l’air intérieur et les retombées des activités spatiales restent limitées. Concernant les déchets, 67 % des volumes sont enfouis et de nombreux dépôts sauvages persistent, générant des lixiviats susceptibles de contaminer sols et eaux et d’accroître les risques d’exposition au plomb. Les expositions aux métaux lourds demeurent préoccupantes : le mercure issu de l’orpaillage, transmis par inhalation ou via la consommation de poissons, entraîne des imprégnations élevées et des effets neurodéveloppementaux. Le plomb touche particulièrement les femmes enceintes et les enfants, près de 25 % des femmes de l’Ouest présentant une concentration sanguine > 50 µg/L. Les usages de pesticides, parfois liés à des pratiques transfrontalières (dont le paraquat), ainsi que plusieurs incidents récents, soulignent des situations à risque dans un contexte de traçabilité et de biosurveillance insuffisantes. Sur le plan nutritionnel, la transition alimentaire dans les zones isolées, combinée à une insécurité alimentaire pouvant atteindre 50 % chez les étudiants et à des carences chez les femmes enceintes, met en lumière des vuln érabilités importantes. Les inégalités environnementales se traduisent par un cumul exposition–vulnérabilité marqué à Saint-Laurent et Apatou, touchant particulièrement femmes enceintes, enfants, populations migrantes, communautés autochtones et travailleurs informels.
Conclusion |
Les principales lacunes concernent la surveillance de l’air intérieur, les impacts des dépôts de déchets, les usages de pesticides, les retombées des activités spatiales et le biomonitoring des métaux lourds. Cinq priorités sont proposées : création d’un baromètre santé-environnement représentatif ; renforcement de la surveillance de l’eau, de l’air et des déchets ; suivi biologique du mercure et du plomb chez les femmes enceintes et les enfants ; extension des études de consommation alimentaire aux zones isolées ; cartographies intracommunales intégrant déterminants sociaux et environnementaux pour guider les politiques publiques d’ici 2030.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Environnement, Exposome, Guyane, Inégalités sociales de santé, Surveillance sanitaire
Vol 74 - N° S3
Article 203591- juillet 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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