La carence martiale sans anémie concomitante est-elle associée à une augmentation du risque cardiovasculaire dans la maladie rénale chronique? - 16/07/26
, N. Alencar De Pinho 2, F. Sirna 3, C. Combe 1, M. Prezelin-Reydit 1, K. Leffondré 1Résumé |
Introduction |
La maladie rénale chronique (MRC) est fortement associée à une augmentation du risque cardiovasculaire. Il est capital de pleinement comprendre la pathogénie des événements cardiovasculaires chez ces patients ce qui passe par l’identification des facteurs de risques modifiables. Parmi eux, la carence martiale (CM) ou carence en fer, définie selon le niveau de deux biomarqueurs, le coefficient de saturation de la transferrine (CS) et ferritine, est un candidat potentiel. La CM est fréquente dans la MRC, probablement insuffisamment dépistée et insuffisamment traitée. Le fer est nécessaire à la synthèse d’hémoglobine mais participe également à de nombreuses réactions métaboliques au sein de l’organisme. Ainsi, la CM peut avoir un effet délétère cardiovasculaire indirectement via l’anémie ou directement, bien que cette dernière voie soit peu étudiée dans la MRC. Notre objectif était d’étudier l'association entre les biomarqueurs de la CM et les risque d’événements cardiovasculaires majeurs (EVCM) en l’absence d’anémie concomitante dans la MRC.
Méthodes |
Nous avons utilisé les données de la cohorte CKD-REIN faite de patients avec MRC modérée à sévère et inclus les patients sans anémie à l’inclusion (hémoglobine >12 g/dl chez la femme et >13 g/dl chez l’homme) ni traitement par agents stimulant l’érythropoïèse et qui avaient au moins une mesure de ferritine, CS, hémoglobine ou débit de filtration glomérulaire pendant le suivi. L’événement d’intérêt principal était l’ECVM composite du décès de cause cardio-vasculaire, de l’infarctus du myocarde, de l’accident vasculaire cérébral et de l’hospitalisation pour insuffisance cardiaque survenant avant initiation d’un traitement de suppléance rénale. A l’aide d’un modèle conjoint multivarié à effets aléatoires partagés, nous avons estimé les trajectoires individuelles de chacun des quatre biomarqueurs puis censuré le suivi dès lors que la trajectoire d‘hémoglobine passait sous 12 g/dL chez les femmes et 13 g/dL chez les hommes. Nous avons ensuite estimé les rapports des risques instantanés d’ECVM pour différentes valeurs courantes de CS, de ferritine et de leur interaction, grâce à un modèle de Cox pour variables dépendantes du temps avec potentiels effets non-linéaires, ajusté sur des facteurs de confusion préalablement identifiés par un graphique acyclique dirigé.
Résultats |
Au total, 1744 patients ont été inclus et suivi pendant 4,9 ans en médiane [IQR25-75 3,6-5,0] et 143 ECVM ont été recensés. On rapportait une interaction statistiquement significative entre le CS et la ferritine (p=0,02) avec une tendance à l’augmentation linéaire du risque instantané d’ECVM pour une baisse de CS et de ferritine chez ces patients non anémiés. Pour exemple, par rapport à un CS à 20 % et une ferritine à 100 ng/mL, le couple CS=10 %-ferritine=50ng/ml était associé à une augmentation du risque instantané d'ECVM de 79 % (HR=1,79 [IC95% 0,99-3,13]).
Conclusion |
Chez les patients avec MRC non anémiés, des valeurs faibles concomitantes de CS et de ferritine sont associées à une augmentation du risque instantané d'ECVM. Ces résultats pourraient inciter à la réalisation d’essais cliniques testant l’effet de la supplémentation en fer chez des patient avec MRC et sans anémie concomitante.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Maladie rénale chronique, Carence martiale: Modélisation statistique
Vol 74 - N° S3
Article 203561- juillet 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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