Spiritualité et santé mentale : entre ressource et vulnérabilité - 28/08/26
Spirituality and mental health: Navigating the line between resourcing and vulnerability
: Étudiante en master de psychologie à l’Université de Bourgogne, Europe, Parcours Psychologie Clinique, Psychopathologie Médicale et Psychothérapies, Émile Notté a, b : Psychologue clinicien, psychothérapeute, Praticien en hypnose clinique & psychothérapie éricksonnienne, Intervenant CUMP Bourgogne-Franche Comté, Chargé d’enseignement DU hypnothérapie, Université de Bourgogne, DU Étude des transes et des états de conscience modifiés, Université Paris 8Résumé |
Objectifs |
Cette recherche explore les effets désorganisateurs que peuvent avoir certaines expériences spirituelles chez des personnes traversant des périodes de vulnérabilité psychique et vise à discerner les facteurs de risque à l’œuvre.
Méthode |
L’étude adopte une approche qualitative en théorisation ancrée, s’appuyant sur dix entretiens non directifs réalisés auprès de patients adultes francophones ayant spontanément associé spiritualité et souffrance psychique, tous suivis en psychiatrie (hospitalisation puis CMP). L’observation clinique, les anamnèses et le journal de bord complètent l’analyse inductive des entretiens.
Résultats |
Trois dimensions interdépendantes ont émergé : d’abord, une relation à soi marquée par un narcissisme blessé et des difficultés d’engendrement identitaire, qui fragilisent les sujets ; ensuite, une relation au monde organisée autour d’angoisses existentielles, favorisant des clivages Bien/Mal, des stratégies d’évitement et d’autoconservation, en passant par la transcendance comme investissement d’une extériorité spirituelle. Enfin, dans l’inscription psychique des expériences exceptionnelles, l’incapacité de confrontation au doute et à l’incertitude rigidifie l’interprétation spirituelle, augmentant le risque de désorganisation.
Discussion |
Il apparaît clairement que le rapport au doute conditionne la qualité du vécu spirituel et que la spiritualité peut fonctionner comme mécanisme d’extériorisation défensive face aux angoisses existentielles ou aux fragilités internes primaires. Ce travail souligne l’importance d’aborder la spiritualité en clinique avec une posture complémentaire, liminale, et plaide pour un cadre clinique explicite et sécurisé. La spiritualité, loin d’être une ressource généralisable, peut se retourner en mécanismes d’emprise ou de désorganisation psychique, notamment lorsque la possibilité du doute et du questionnement est évacuée.
Conclusion |
Intégrer la spiritualité en clinique suppose une posture transliminale, tolérante à l’incertitude et à la complexité, afin de prévenir à la fois les clivages et les dérives. Loin d’être une ressource suffisante, la spiritualité ne constitue pas une résilience suffisante au maintien de la santé psychique, de même qu’elle ne constitue pas un facteur de protection face à la décompensation.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Abstract |
Objectives |
This study explored the disorganizing effects that certain spiritual experiences may have during periods of psychological vulnerability and sought to identify the underlying risk factors.
Methods |
We used a qualitative approach based on grounded theory. We conducted 10 non-directive, open-ended interviews with French-speaking adult patients who had made a spontaneous connection between spiritual experiences and psychological distress. All the patients were receiving psychiatric treatment (first as inpatients, then as outpatients at community mental health centers [CMPs]). This inductive analysis was complemented by clinical observations, case histories, and field journal notes.
Results |
Three interdependent dimensions emerged. First, we observed a relation to self that was marked by pathological narcissism and difficulties in identity formation that heightened vulnerability. Second, we observed a relation to the world that was organized around existential anxieties and that fostered a split between good and evil; avoidance; self-preservation strategies; and transcendence as an investment in external spiritual agency. Third, when anomalous experiences were inscribed in the psyche, the absence of doubt rigidified spiritual interpretations and increased the risk of disorganization.
Discussion |
The patient's relationship with doubt shapes the quality of spiritual experiences. Spirituality can operate as a defensive externalization mechanism protecting against existential anxiety or primary intrapsychic fragility. Our findings underscore the need to approach spirituality in clinical settings using a complementary, liminal methodology and to establish a clear, safety-oriented clinical framework. Far from being a universally beneficial resource, spirituality may result in experiences of undue influence or psychic disorganization, particularly when the possibility of doubt and questioning is excluded.
Conclusion |
Integrating spirituality into clinical care requires adopting a transliminal stance that tolerates uncertainty and complexity so as to prevent both splitting and drift. On its own, spirituality does not furnish sufficient resilience to maintain mental health nor does it protect against decompensation.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots-clés : Spiritualité, Santé mentale, Facteurs de risque, Théorisation ancrée
Keywords : Spirituality, Mental health, Risk factors, Grounded theory
Plan
| ☆ | Travail initié au cours d’un stage au sein du Centre Hospitalier La Chartreuse de Dijon, puis poursuivi hors cadre universitaire. |
Vol 91 - N° 3
P. 513-527 - septembre 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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