Obésité comme compensation dans la psychose : image du corps et regard, une approche lacanienne - 28/08/26
Obesity as compensation in psychosis: Applying a Lacanian approach to body image and the gaze
: Chercheur à l’Université Rennes 2 (Rennes, France), dans le cadre du programme de doctorat-sanduíche à l’étranger (PDSE/CAPES), Membre de l’Instituto Sephora de Ensino e Pesquisa de Orientação Lacaniana (ISEPOL), Mickaël Peoc’h b
: Psychologue clinicien et psychanalyste, Docteur en psychopathologie clinique, Maître de conférences en psychopathologie clinique, Charlotte Tazartez c
: Psychologue clinicienne et psychanalysteRésumé |
Objectif |
Cet article propose une lecture psychanalytique de l’obésité à partir de la logique de l’image du corps. Il vise à montrer que l’obésité ne peut être réduite à un trouble somatique ou comportemental, mais qu’elle peut, dans certaines configurations cliniques, constituer une réponse imaginaire par laquelle le sujet tente de se soutenir d’un corps. L’objectif est également d’interroger les impasses thérapeutiques, notamment dans le recours à la chirurgie bariatrique, lorsque la fonction subjective du corps obèse n’est pas prise en compte.
Méthode |
La méthode repose sur une élaboration théorico-clinique articulant les concepts fondamentaux de la psychanalyse freudienne et lacanienne relatifs au corps, au narcissisme, au regard et à la jouissance. Cette approche est mise en perspective avec des travaux contemporains sur la psychose ordinaire, la dysmorphophobie et les pathologies de l’excès. Une vignette clinique, construite à partir de l’expérience professionnelle de l’auteur dans un programme multiprofessionnel de prise en charge de l’obésité au Brésil, illustre les hypothèses développées.
Résultats |
L’analyse montre que l’obésité engage non seulement la pulsion orale, mais aussi de manière centrale la logique de l’image du corps et du regard de l’Autre. Dans certaines configurations, l’obésité fonctionne comme une compensation imaginaire permettant de localiser le regard, de lutter contre l’angoisse de morcellement et de conférer au sujet une consistance corporelle minimale. Lorsque cette fonction est méconnue, la transformation rapide du corps, induite par la chirurgie bariatrique, peut entraîner des déplacements symptomatiques ou des décompensations psychiques.
Discussion |
Ces résultats invitent à considérer l’obésité comme une solution subjective fragile plutôt que comme un simple excès pondéral. La chirurgie bariatrique peut alors devenir un facteur de déstabilisation en venant défaire un montage imaginaire déjà précaire.
Conclusion |
La prise en compte de la fonction subjective de l’obésité apparaît essentielle pour affiner l’évaluation des indications chirurgicales et accompagner les remaniements de l’image du corps, dans une perspective clinique respectueuse de la singularité du sujet.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Abstract |
Objective |
We applied a psychoanalytic lens to obesity that is based on the logic of body image. Our work aimed to show that obesity cannot be reduced to a somatic or behavioral disorder but may, in certain clinical cases, constitute an imaginary response by the subject to sustain their body. We also sought to explore therapeutic impasses, particularly in the context of bariatric surgery, where the subjective function of the obese body is not considered.
Methods |
We used a theoretical and clinical approach that brought together fundamental concepts of Freudian and Lacanian psychoanalysis related to the body, narcissism, the gaze, and jouissance . This approach was combined with contemporary work on ordinary psychosis, body dysmorphic disorder, and pathologies of excess. A clinical vignette, based on the author's professional experience in a multiprofessional obesity care program in Brazil, illustrated the hypotheses developed.
Results |
We found that obesity involves not only the oral drive but also, in a central way, the logic of body image and the gaze of the Other. In certain cases, obesity functions as an imaginary compensation that allows the localization of the gaze, the containment of fragmentation anxiety, and a minimal level of bodily consistency for the subject. When this function is disregarded, the rapid bodily transformation induced by bariatric surgery may lead to symptom shifts or psychic decompensation.
Discussion |
These findings invite us to view obesity as a fragile subjective solution rather than as a mere excess of weight. Thus, bariatric surgery may have a destabilizing effect by undoing an already precarious imaginary construction.
Conclusion |
It appears essential to consider the subjective function of obesity if we are to refine evaluations of indications for surgery and support body image reconfigurations while applying a clinical perspective that respects subject singularity.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Obésité, Image du corps, Regard, Psychose ordinaire, Chirurgie bariatrique
Keywords : Obesity, Body image, Gaze, Ordinary psychosis, Bariatric surgery
Plan
Vol 91 - N° 3
P. 575-586 - septembre 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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