Des troubles somatoformes aux douleurs nociplastiques… Comment penser la complexité en clinique de la douleur ? - 25/09/26
From somatoform disorders to nociceptive pain… How can we understand complexity in pain clinics?
Résumé |
L’article explore la complexité clinique des douleurs chroniques dites « inexpliquées », lorsque l’intensité de la souffrance contraste avec l’absence de lésion organique objectivable. Il montre d’abord les limites des catégories nosographiques successives : les troubles somatoformes (DSM-IV) ont été critiqués pour leur sous-entendu psychogène et stigmatisant, tandis que le DSM-5, avec le Somatic Symptom Disorder, déplace le centre de gravité vers la détresse et les réponses cognitivo-émotionnelles associées aux symptômes, au risque d’un flou diagnostic. En parallèle, la CIM-11 introduit la notion de douleur chronique primaire, proposant de reconnaître la douleur comme diagnostic en soi dans une perspective explicitement biopsychosociale. L’article discute ensuite l’apport du concept de douleur nociplastique (IASP), qui offre un cadrage mécanistique (nociception altérée, sensibilisation, modulation déficiente) et peut contribuer à déstigmatiser le patient, tout en exposant le risque d’un nouveau réductionnisme « neurophysiologique » si l’on néglige l’expérience vécue. Le cœur de la proposition est une « clinique de l’incertitude » : plutôt que de fermer prématurément la question par une étiquette, il s’agit d’assumer un doute méthodique et relationnel, qui soutient l’alliance, stimule l’interdisciplinarité réelle et ouvre une co-construction de sens avec le patient. Pour étayer cette posture, l’article mobilise la phénoménologie (corps vécu vs corps-objet), l’approche existentielle (atteinte du sens, de la liberté, de l’isolement, de la temporalité), la psychopathologie du somatique (sans retomber dans un causalisme psychique) et un cadre 4E de la cognition (incarnée, située, enactée, étendue) pour penser la douleur comme phénomène dynamique organisme–environnement. Une vignette clinique illustre comment la validation du vécu, l’élaboration narrative et un plan de soin intégratif peuvent transformer l’errance diagnostique en trajectoire de rétablissement. L’article conclut que l’enjeu central est moins de « trouver la bonne étiquette » que de soutenir une compréhension plurielle, évolutive et partagée, où l’humilité clinique devient un levier thérapeutique.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Summary |
The article explores the clinical complexity of chronic pain that is described as ‘unexplained’, where the intensity of the suffering contrasts with the absence of any objective organic lesion. It first shows the limitations of successive nosographic categories: somatoform disorders (DSM-IV) have been criticised for their psychogenic and stigmatising undertones, while DSM-5, with Somatic Symptom Disorder, shifts the focus to distress and cognitive-emotional responses associated with symptoms, at the risk of diagnostic ambiguity. At the same time, ICD-11 introduces the concept of primary chronic pain, proposing to recognise pain as a diagnosis in itself from an explicitly biopsychosocial perspective. The article then discusses the contribution of the concept of nociceptive pain (IASP), which offers a mechanistic framework (altered nociception, sensitisation, deficient modulation) and can help to destigmatise the patient, while exposing the risk of a new ‘neurophysiological’ reductionism if the lived experience is neglected. The core of the proposal is a ‘clinic of uncertainty’: rather than prematurely closing the question with a label, it is a matter of assuming a methodical and relational doubt, which supports the alliance, stimulates real interdisciplinarity and opens up a co-construction of meaning with the patient. To support this position, the article draws on phenomenology (lived body vs. body-object), the existential approach (loss of meaning, freedom, isolation, temporality), the psychopathology of the somatic (without falling back into psychic causality) and a 4E framework of cognition (embodied, situated, enacted, extended) to think of pain as a dynamic organism-environment phenomenon. A clinical vignette illustrates how validation of experience, narrative elaboration and an integrative care plan can transform diagnostic wandering into a path to recovery. The article concludes that the central issue is less about ‘finding the right label’ than about supporting a plural, evolving and shared understanding, where clinical humility becomes a therapeutic lever.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Douleur chronique, Troubles somatoformes, Sensibilisation centrale, Phénoménologie, Soins centrés sur le patient
Keywords : Chronic pain, Somatoform disorders, Central sensitization, Phenomenology, Patient-centered care
Plan
Vol 27 - N° 5
P. 268-278 - octobre 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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