Rêve et création : du phénomène onirique dans ses rapports à la fonction subjective de la créativité chez l’écrivain H.P. Lovecraft et le peintre G. Garouste - 01/10/26
The subjective function of dreams highlighted by the creative works of the writer H.P. Lovecraft and the painter G. Garouste
: Psychologue clinicien, Docteur en Psychologie, Myriam Chérel : Maître de conférence en psychopathologie cliniqueRésumé |
Objectif |
Cet article interroge la fonction du rêve dans la création. D’abord en proposant une réflexion clinique et théorique sur le phénomène du rêve dans le champ psychopathologique, notamment à partir du débat psychiatrique et psychanalytique quant à la place à accorder aux rêves dans les psychoses, dans sa différenciation avec la fonction du rêve dans les névroses dégagée par Freud. Ensuite par l’étude clinique de l’usage des rêves chez deux artistes (H. P. Lovecraft et G. Garouste), qui visent, par leurs œuvres respectives, à répondre spécifiquement de leur rapport au phénomène onirique. À partir de cela, se déclinera la fonction subjective de leurs processus créatifs.
Méthode |
En nous appuyant sur les apports de l’inventeur de la psychanalyse et des conceptions post-freudiennes du rêve, puis de celles de la psychiatrie et de l’approche psychodynamique, nous interrogerons la question du rêve dans la psychose, du XIX e (Freud, Ritti, Chaslin, Lasègue) jusqu’au XX e siècle (Rouart, Ey, Lacan). Cela nous permettra d’une part de dépasser l’analogie freudienne entre rêve et délire, et d’autre part de souligner tant les points de recoupements que les dissemblances d’études plus récentes (Douville, Brémaud, Masson) dans le champ de la psychopathologie. Enfin, en tirant enseignements de la fonction de la création chez deux artistes qui témoignent combien leur pratique artistique répond spécifiquement de leur rapport à la question onirique, il nous sera possible d’appréhender la dimension du Réel présente dans le rêve au-delà de la question des structures psychiques.
Résultat |
Nous soulignons combien l’étude du phénomène onirique témoigne des différends théorico-cliniques qui animent les débats entre psychiatrie et psychanalyse depuis deux siècles. Ceux-ci ne sont pas sans lien avec l’abord de la question du phénomène onirique, parfois confondu avec le champ de l’hallucination ou du délire, que ce soit dans le champ de la psychanalyse ou dans celui de la psychiatrie contemporaine. À ce titre, l’apport lacanien permet de tracer une démarcation claire entre les registres en jeux, et offre donc une boussole utile au clinicien.
Discussion |
La revue de la littérature et les études cliniques de l’usage du rêve chez deux artistes (H. P. Lovecraft et G. Garouste) permettent d’élargir toute perception du phénomène onirique au-delà de son appréhension psychopathologique initiale dans les champs de la psychanalyse et de la psychiatrie. Cette perspective nouvelle permet au clinicien de saisir un autre usage du rêve – fort éloigné des chemins du sens et de la métaphore – afin d’en soutenir la fonction subjective toujours unique et d’orienter le traitement thérapeutique.
Conclusion |
L’étude de l’usage subjectif de la création artistique pour répondre aux difficultés psychopathologiques que peut poser le phénomène du rêve et de ses conséquences nous permet notamment d’avancer quant au rôle du rêve dans les psychoses. À ce titre, l’art semble offrir une alternative au délire : si les deux peuvent être abordés comme tentative de guérison, l’art apparaît chez Lovecraft et Garouste d’abord comme modalité préventive d’un risque sous-jacent de décompensation, tout en offrant une protection plus avantageuse au sujet, au regard du coût subjectif conséquent que représente la constitution d’une certitude délirante.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Abstract |
Objective |
This study examined the function of dreams in creativity. First, we offered clinical and theoretical reflections on the phenomenon of dreaming in the field of psychopathology, notably exploring the psychiatric and psychoanalytic debate regarding the role of dreaming in psychosis, distinct from that in neurosis, as identified by Freud. Second, we clinically examined the use of dreams by two artists, H. P. Lovecraft and G. Garouste, who used their work to specifically explore their respective relationships with dreaming. We then considered the subjective function of the artists’ creative processes.
Methods |
Drawing on four sources of contributions — Freud, post-Freudian conceptions of dreams, psychiatry, and psychodynamics — we examined the relationship between dreams and psychosis in the 19th century (Freud, Ritti, Chaslin, Lasègue) and the 20th century (Rouart, Ey, Lacan). This approach allowed us to move beyond the Freudian analogy between dreams and delirium as well as to highlight both similarities and differences in more recent research in psychopathology (Douville, Brémaud, Masson). Furthermore, we examined the work of Lovecraft and Garouste, two artists whose creative practices specifically responded to their relationship with dreams. This approach allowed us to grasp the Real present in dreams, beyond questions of psychic structures.
Results |
We emphasized how the study of dreaming reflects the theoretical and clinical differences that have fueled debates between psychiatry and psychoanalysis for two centuries. Indeed, dreams are sometimes confused with hallucinations or delirium in both psychoanalysis and contemporary psychiatry. In this regard, Lacanian psychoanalysis allows us to draw a clear distinction between the registers coming into play, thus offering a useful compass for clinicians.
Discussion |
Our review of the literature and clinical studies on the use of dreams by Lovecraft and Garouste has allowed us to broaden our understanding of dreaming as a phenomenon, moving us beyond the initial psychopathological interpretation of dreams in psychoanalysis and psychiatry. The new perspective we propose can be used by clinicians to employ dreams in a different way: instead of viewing dreams as paths of meaning and metaphor, clinicians can support the inherently unique subjective function of dreams as part of therapeutic treatment.
Conclusion |
By using creative artistic activity to explore the psychopathological issues that dreams and their consequences can raise, we can increase our understanding of the role played by dreaming in psychosis. In this regard, art seems to offer an alternative to delirium: while both can be seen as attempts to heal, Lovecraft and Garouste primarily employed art as a preventive measure against the underlying risk of decompensation that simultaneously offered greater protective benefits to the subject, given the significant subjective cost of forming a delusional certainty.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Rêve, Création, Art, H.P. Lovecraft, G. Garouste
Keywords : Dream, Creation, Art, H.P. Lovecraft, G. Garouste
Plan
Bienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
