Recherche sur le déséquilibre effort-récompense en Suisse : du stress professionnel aux conséquences sur la santé mentale et physique - 23/10/26
Effort-reward imbalance research in Switzerland: From occupational stress to mental and biological health outcomes
, Roland Von KanelRésumé |
Contexte |
La Suisse offre un contexte unique pour la recherche sur le déséquilibre effort-récompense (ERI), grâce à un système de santé hautement spécialisé et à des ressources structurelles et socio-économiques comparativement élevées. Cette présentation vise à offrir une vue d’ensemble du développement de la recherche ERI en Suisse, depuis les premières études sur le stress professionnel chez les médecins jusqu’aux travaux plus récents intégrant des approches longitudinales ainsi que des résultats psychiatriques et biologiques.
Méthodes |
Une synthèse narrative d’études suisses sélectionnées sur l’ERI a été réalisée, incluant des cohortes de médecins, des études hospitalières sur le stress professionnel et la cohorte populationnelle CoLaus|PsyCoLaus de Lausanne. Une attention particulière a été accordée aux analyses longitudinales, au burnout, à la dépression et aux marqueurs biologiques du stress, notamment la charge allostatique.
Résultats |
Les premières études suisses ont montré que la charge de travail élevée, le contexte institutionnel et une faible récompense contribuent de manière substantielle au stress psychosocial chez les médecins et les professionnels de santé. Buddeberg-Fischer et al. (2005) ont montré que l’ERI apparaît dès les premières étapes de la carrière médicale chez les médecins assistants en Suisse alémanique. Hämmig et al. (2012) ont relié l’ERI au stress et au burnout chez les employés hospitaliers, avec des effets particulièrement marqués chez les médecins. Häusler et al. (2018) ont mis en évidence une charge liée à l’ERI chez les professionnels de santé dans plusieurs hôpitaux suisses.
Des travaux plus récents issus de la cohorte CoLaus|PsyCoLaus ont étendu la recherche ERI à la population générale au moyen de devis prospectifs. Shoman et al. (2023) ont rapporté que l’ERI et le surinvestissement n’étaient pas associés de manière indépendante au burnout longitudinalement après ajustement pour les variables de confusion, suggérant un chevauchement substantiel avec la personnalité, les antécédents psychiatriques et le soutien social. En revanche, une publication ultérieure (Shoman et al. , 2025) a montré que l’ERI prédisait prospectivement la survenue d’épisodes dépressifs majeurs sur un suivi de 3,6 ans, indépendamment des dimensions du burnout.
Des recherches récentes menées chez des médecins (von Känel et al. , 2026) ont encore élargi les investigations sur l’ERI vers les mécanismes biologiques du stress. Dans une étude cas-témoins de médecins présentant un burnout, l’ERI était associée à une exhaustion émotionnelle accrue, au surinvestissement, aux symptômes dépressifs et à des indices élevés de charge allostatique, soutenant un lien potentiel entre le stress psychosocial chronique au travail et la dysrégulation physiologique cumulative.
Conclusion |
La recherche suisse sur l’ERI a évolué d’une évaluation du stress professionnel principalement dans les milieux de soins vers des modèles intégratifs reliant le stress psychosocial au travail au burnout, à la dépression et à la régulation biologique du stress. La combinaison d’évaluations psychiatriques longitudinales, de cohortes populationnelles et d’approches émergentes fondées sur les biomarqueurs offre un cadre prometteur pour de futures recherches interdisciplinaires en santé mentale au travail et en psychocardiologie.
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Vol 87 - N° 5
Article 103906- octobre 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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