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L’industrie lithique du site Les Barasses II (Balazuc, Ardèche). Un nouveau regard sur un « bivouac » du Paléolithique moyen (MIS 5 et 3) - 23/10/26

The stone tool assemblages of Les Barasses II site (Balazuc, Ardèche). A fresh look at a Middle Palaeolithic “bivouac” (MIS 5 and 3)

Doi : 10.1016/j.anthro.2026.103471 
Marie-Hélène Moncel a, ⁎ , Dominique Cauche a, b
a UMR 7194, CNRS, MNHN, Institut de Paléontologie Humaine, 1, rue René-Panhard, 75013 Paris, France 
b  Institut de Paléontologie Humaine, Fondation Albert I er Prince de Monaco, 1, rue René-Panhard, 75013 Paris, France  

* Auteur correspondant.

Résumé

Certains sites du Paléolithique moyen livrent des occupations récurrentes de très courtes durées par les néandertaliens, parfois associés à des grottes et des abris situés sur des falaises escarpées. Après avoir présenté les résultats de l’analyse des ensembles lithiques de la grotte des Barasses II à Balazuc (Ardèche), associant données des fouilles anciennes et récentes, une comparaison avec deux exemples de sites de même type (Abri des Pêcheurs et grotte de l’Hortus) a pour objectif de décrire certaines caractéristiques de ces passages de très courte durée (« bivouac ») à partir de l’analyse des ensembles lithiques, opposant la notion de logistical camp à residential camp . La définition de « bivouac » est discutée, hypothèse de haltes par un petit groupe d’individus, liée parfois à une activité particulière comme la récupération d’animaux piégés dans la grotte. Les Barasses II à Balazuc livre des occupations datant des MIS 5 et 3. La quantité de matériel lithique est relativement faible par rapport à la richesse du matériel faunique comprenant une forte densité de restes de bouquetins. Le matériel lithique totalise moins de 1000 pièces, parmi lesquelles le silex domine pour 75 % avec 15 types différents, récupéré à l’ouest sur les contreforts du Massif central et à l’est par la vallée du Rhône. Les collectes ont été réalisées en environnement local, sur des distances n’excédant pas toutefois 30 km. D’autres matières premières locales ont été aussi utilisées (galets de calcaire, quartzite, basalte, quartz, granite, gneiss, grès et schiste). Le basalte est plus fréquemment employé dans la partie inférieure du remplissage, suggérant des types d’occupation ou des objectifs de natures différentes. Si les assemblages sont très diversifiés en termes de types d’objets, la majeure partie est cependant formée de produits de débitage et les nucléus sont rares, pour l’essentiel sur éclat en silex, parfois retouchés en outils. De nombreux micro-éclats en silex attestent d’activités de retouche in situ . Le matériel retouché, composé surtout de racloirs, est très réduit sur toute la séquence, sur éclats ou sur lames provenant de modes de débitage majoritairement Levallois. Alors que les chaînes opératoires de débitage sont partielles, les chaînes opératoires de façonnage ont pu avoir lieu au pied du site, sur des galets collectés dans les alluvions de l’Ardèche. Les analyses tracéologiques indiquent des activités diversifiées, quel que soit le type de produit et la position stratigraphique. Les grands traits techniques et la composition de l’assemblage lithique subsistent tout au long de la séquence, suggérant une récurrence dans le type d’occupation et les activités. L’Abri des Pêcheurs, localisé le long d’un affluent de l’Ardèche, se présente comme une cavité étroite, avec un fossé de 5 m de profondeur, ouvert dans une diaclase au pied d’une falaise. La moitié inférieure de la séquence enregistre une présence humaine rattachée au Paléolithique moyen, avec des vestiges lithiques en petit nombre. Le silex ne figure que sous forme d’éclats et de rares nucléus, dans des assemblages où domine largement le quartz récolté dans la rivière. Le silex est quant à lui collecté sous 27 types différents dans un périmètre de 30 km. Une large majorité des silex arrive sous forme de produits de débitage bruts et environ 16 % des éclats sont retouchés. Par contre, le quartz, matière principale débitée sur place, livre des nucléus surtout de type discoïde. L’occupation animale est marquée par la présence de bouquetins morts probablement naturellement au fond de la cavité, et de restes de carnivores parmi lesquels des loups. Si l’action des carnivores est observée sur les restes de bouquetins, il n’y a de traces anthropiques que sur les ossements d’autres herbivores, présents en petit nombre. Cet abri aurait enregistré de brèves et récurrentes occupations de groupes humains dans ce fossé comme refuge, alors que les grands froids s’installent dans la région. La séquence du Paléolithique moyen est contemporaine du dernier glaciaire (MIS 4). La grotte de l’Hortus, plus éloignée, s’ouvre aussi au pied d’une falaise et se caractérise par un fossé de 12 m de long sur 2 m de large. Les données biostratigraphiques indiquent un remplissage du MIS 3, avec une abondante industrie, relativement homogène dans tous les niveaux. Ouvert sur une vire rocheuse escarpée, ce site a été localisé au sein de l’habitat du bouquetin, qui domine l’assemblage faunique comme à l’Abri des Pêcheurs. Les deux sites ne sont cependant pas identiques : l’Abri des Pêcheurs fait figure de piège pour ces ongulés, avec une fréquentation humaine fugace possiblement liée à la présence de carcasses disponibles. Même si le fossé a pu fonctionner en piège, les bouquetins de l’Hortus sont plutôt des adultes ayant été chassés et les carcasses emportées entières dans le site. Selon les niveaux, la grotte a été occupée plus ou moins brièvement selon différentes saisons, avec traitement du gibier. L’ensemble lithique est abondant, en silex principalement ( n = 4256 pièces, dont 463 éclats Levallois) avec un débitage Levallois centripète dominant dans tous les niveaux. Les différents types de silex montrent surtout une exploitation majeure des ressources locales ( < 7 km) avec un apport secondaire de sources lointaines sur un périmètre de 50 km autour du site. On voit une modification des stratégies dans le temps, entre de brefs passages destinés à exploiter le bouquetin ( logistical or radiating mobility ) et des occupations plus denses vers le sommet de la séquence avec une optimisation des ressources ( circulating or residential mobility ). La raison de la présence des nombreux restes humains néandertaliens reste non résolue à ce jour. La forte fréquentation des ours et les données archéologiques vont davantage vers l’hypothèse d’occupations récurrentes saisonnières, de courte durée avec usage du feu. Les comportements techno-économiques restent stables dans le temps avec une exploitation des ressources locales tant en faune qu’en lithique. Les occupations de la base de la séquence se rapprocheraient de celles de l’Abri des Pêcheurs. L’ouverture du paysage, avec un climat de plus en plus froid et aride, pourrait expliquer ce changement dans la fonction de la grotte. La question de l’attribution d’occupations à de courts ou très courts passages reste ouverte et discutée. La plupart des niveaux attribués à une occupation très courte se caractérise cependant par un apport de produits déjà préparés et une exploitation des ressources locales dont la fréquence varie selon les sites. Les matériaux peuvent être lointains ou locaux. Les chaînes opératoires sont très souvent partielles. La densité du matériel comme l’utilisation ou l’intensité de la retouche restent très variables. L’aspect du site semble favoriser ces occupations ponctuelles, même si elles sont récurrentes. De nouveau, la position de la cavité ou ses particularités, expliqueraient la régularité du passage des groupes humains. Les Barrasses II et l’Abri des Pêcheurs semblent réunir les critères de fréquentations humaines de très courtes durées type bivouac, alors que la grotte de l’Hortus a enregistré plutôt des occupations saisonnières, sauf à ses débuts, au fond du fossé.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Some Middle Palaeolithic sites record recurrent short-term occupations by Neanderthal groups. The lithic and faunal assemblages provide evidence of how these caves or shelters, often located on steep cliffs, were occupied. After presenting the results of the analysis of the lithic assemblages (past and recent fieldworks) from the Barasses II cave in Balazuc (Ardèche), we compare the data with two sites that show similar patterns, Abri des Pêcheurs and Hortus cave. The aim of this article is to investigate very short-term passages (or “bivouac”) with the analysis of the lithic assemblages, discussing the concept of logistical camp/residential camp. In the case of a “bivouac”, the site was possibly used as a short stop by small groups of individuals, linked to a particular activity such as for instance the recovery of trapped animals. The Barasses II site at Balazuc – a small cavity on a cliff – shows five archaeological levels attributed to the Middle Palaeolithic during MIS 5 and 3. The quantity of lithic material is relatively small compared to the faunal material with a high density of ibex remains. However, the faunal corpus is very varied and the steppe environments with occasional wooded areas in a rather cold climate. The lithic material totals less than 1000 pieces, of which flint dominates with more than 75%. The 15 types of flint identified make it possible to define the territory size, extended from the west on the margins of the Massif Central to the east by the Rhône Valley. The flint was collected from local outcrops to distances not exceeding 30 km. Other local raw materials were also used, in the form of limestone, quartzite, basalt, quartz, granite, gneiss, sandstone and schist pebbles. Basalt is more collected in the lower part of the sequence, suggesting different types of occupation or purposes. Some pebbles have been identified as hammerstones, including a retoucher. Although the assemblages are very diverse, most of them consist of flaked products (flakes, blades and very rare bladelets), and cores are rare, essentially on flint flakes, sometimes secondary retouched. Numerous micro-flakes of flint attest retouching activities in situ . The retouched material, consisting mainly of scrapers, is very limited throughout the sequence, on flakes or blades mainly from Levallois flaking techniques. Other products may come from discoid, Kombewa, Quina and undetermined flaking techniques. Most of the artefacts are non-cortical, resulting from “chaînes opératoires” (reduction sequences) carried out elsewhere. Only a little quantity of small flakes has been produced in situ from the rare small cores. The reduction sequences on other raw materials have taken place at the foot of the site, on pebbles collected from the Ardèche alluvial deposits. Traceological analyses on various lithic artefacts indicate a variety of activities, regardless of the type of product and stratigraphic position, with a strong predominance of plant processing, but also butchery and/or skin working during the exploitation of animal carcasses. The main technical features and composition of the lithic assemblage remain consistent throughout the sequence, suggesting a recurrence in the type of occupation and activities. Only the more widespread use of basalt at the base of the sequence seems to characterize the oldest occupations. L’Abri des Pêcheurs is a cavity, close to the Barasses II, located along a tributary of the Ardèche, is a narrow cavity, 5-metre-deep trap, open in a diaclase at the foot of a cliff. The lower half of the sequence documents human presence of the Middle Palaeolithic, with a small number of lithic remains. Flint appears only in the form of flakes and rare cores, in assemblages dominated by quartz (between 60 and 95% of the series). The lithic material comprises almost 1200 pieces. For flint, 27 lithological types have been identified, some of which are located 30 km from the site. The diversity of flint types is consistent over the sequence, from nearby or regional areas (25–30 km). The vast majority of flint arrived as unmodified flaking products (more than 60%, often non-cortical), and around 16% of flakes are retouched. The three flint cores come from distant areas located 30 km away and were not flaked on site, and one of them is of the Levallois type, as are a small number of flakes. On the other hand, quartz, the main material flaked on site, produces mainly discoid cores. Animal occupation is marked by the presence of ibex, that probably died naturally in the cave, and the remains of carnivores, including wolves. While the action of carnivores may be observed on the remains of ibex, anthropic traces only appear on the bones of other herbivores, present in small numbers. This shelter would have recorded brief and recurrent occupations by human groups in this trap as a refuge, as severe cold weather set in across the Cave, located in the Mediterranean Languedoc region, 30 km from the sea, opens to the south of a region of limestone plateaus, at the foot of a 100 m high vertical cliff. A trap 12 m long and 2 m wide on average characterizes the cave. Biostratigraphic data indicate a MIS 3 filling, with abundant artefacts. Opening onto a steep rocky cliff, this site was located within the habitat of the ibex, which dominates the fauna assemblage as at the Abri des Pêcheurs. However, the two sites are not identical: Abri des Pêcheurs appears to have been a trap for these ungulates, with human frequentation possibly linked to the presence of available carcasses. Even if the cave may have functioned as a trap, the ibex at Hortus were mainly hunted adult and carcasses have been brought to the site. Depending on the levels, the cave was occupied more or less briefly during different seasons, with game processing. There is an abundance of lithic material, mainly flint ( n = 4256 pieces, including 463 Levallois flakes), with centripetal Levallois flaking dominating in all levels. The different types of flint show mainly a major exploitation of local resources ( < 7 km) with a secondary contribution from distant sources within a 50 km radius of the site. Analyses report a change in strategies over time, between brief visits to exploit ibex at the bottom ( logistical or radiating mobility ) towards more intensive occupation at the top of the sequence with optimization of resources ( circulating or residential mobility ). The reason for the presence of the numerous Neanderthal human fossils remains unresolved so far. The high frequency of bears and archaeological data point more towards the hypothesis of recurrent seasonal occupations of short duration with the use of fire. Techno-economic behaviors remain stable over time, with exploitation of local resources in terms of both fauna and lithics. The occupations at the base of the sequence are similar to those at Abri des Pêcheurs. The opening of the landscape, with an increasingly cold and arid climate, could explain this change in the function of the cave. The debate of attributing occupations to short or very short passages remains open. However, most of the levels described as short-term occupations are characterized by the presence of introduced products and the exploitation of local animal resources with varying frequency according to the sites. The raw materials may be distant or local. The “chaînes opératoires” (reduction sequences ) are often partial with a secondary debitage in situ . The density of the material, as well as the use or intensity of retouching, is highly variable. The overall aspect of the site seems to favor occasional occupations, even if they are recurrent. Once again, the location of the cavity or its particular features would explain the regularity of human groups’ passages. Les Barrasses II and L’Abri des Pêcheurs seem to meet the criteria for very short-term human occupations, while the Hortus cave has recorded rather seasonal occupation, except at the beginning, at the bottom of the ditch.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : France, Paléolithique moyen, Industrie lithique, Occupations de courte durée, Bivouacs

Keywords : France, Middle Palaeolithic, Lithic assemblages, Short-term occupations, Bivouacs


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