La hanche spastique dans la paralysie cérébrale : indications chirurgicales et stratégies actuelles - 01/11/26
The spastic hip in cerebral palsy: Surgical indications and current strategies
, Céline Klein 2Résumé |
Les atteintes de la hanche constituent une complication fréquente et potentiellement sévère de la paralysie cérébrale, avec une évolution allant de la migration progressive de la tête fémorale à la luxation complète. Cette évolution est étroitement corrélée au niveau fonctionnel (GMFCS) et peut entraîner douleur, difficultés d’installation, altération des soins et dégradation majeure de la qualité de vie. Si les traitements médicaux et rééducatifs améliorent le confort, ils ne permettent pas de prévenir durablement les déformations osseuses, plaçant la chirurgie au coeur de la prise en charge. La physiopathologie de la hanche spastique repose sur un déséquilibre biomécanique associant une spasticité des adducteurs et du psoas, une faiblesse des abducteurs et anomalies osseuses progressives, notamment coxa valga persistante, une antéversion fémorale excessive et une dysplasie acétabulaire. Au-delà d’un seuil de migration d’environ 30–40 %, la progression devient généralement inéluctable, justifiant une stratégie chirurgicale adaptée. Le dépistage radiographique systématique, fondé sur la mesure du pourcentage de migration, constitue un élément central de la prise en charge. Les programmes de surveillance structurés, tels que le CPUP, ont démontré qu’un suivi régulier permet de réduire drastiquement l’incidence des luxations sévères lorsqu’il est associé à une chirurgie réalisée au moment opportun. Le dépistage doit ainsi être considéré comme une véritable intervention thérapeutique. Les traitements non chirurgicaux (kinésithérapie, toxine botulique, attelles, traitements d’inhibition) jouent un rôle essentiellement symptomatique ou transitoire. La chirurgie des parties molles (allongement des adducteurs et du psoas) conserve une place ciblée chez l’enfant jeune, avant six à huit ans, lorsque la hanche présente un déplacement modéré et reste réductible. Son efficacité est cependant limitée, en particulier chez les patients GMFCS IV–V, chez lesquels elle ne permet le plus souvent que de différer une reconstruction osseuse. La reconstruction osseuse de la hanche constitue aujourd’hui le traitement de référence des déplacements évolués. Elle repose sur une correction combinée des anomalies fémorales (ostéotomie de varisation, de dérotation et de raccourcissement) et acétabulaires (acétabuloplastie ou ostéotomie de réorientation selon l’âge et la morphologie). Cette approche permet d’obtenir une hanche stable et indolore, avec des résultats durables lorsqu’elle est réalisée dans des centres spécialisés. Les avancées récentes en imagerie tridimensionnelle et en planification chirurgicale assistée par ordinateur renforcent la personnalisation des corrections et la reproductibilité des gestes complexes. Enfin, la prise en charge de la hanche dans la paralysie cérébrale doit s’inscrire dans une approche globale, intégrant le rachis, le bassin et les objectifs fonctionnels du patient. La décision chirurgicale repose sur un équilibre entre bénéfice attendu, risque opératoire et contexte fonctionnel, soulignant la nécessité d’une expertise spécialisée et d’une réflexion multidisciplinaire.
Niveau de preuve |
Niveau V
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Summary |
Hip involvement is a frequent and potentially severe complication of cerebral palsy, with a natural history ranging from progressive lateral migration of the femoral head to complete dislocation. This evolution is closely correlated with functional level (GMFCS) and may result in pain, difficulties with positioning and care, and a major deterioration in quality of life. While medical and rehabilitative treatments may improve comfort, they do not provide durable prevention of osseous deformities, placing surgery at the center of management. The pathophysiology of the spastic hip is based on a biomechanical imbalance combining adductor and psoas spasticity, abductor weakness, and progressive osseous abnormalities, including persistent coxa valga, excessive femoral anteversion, and acetabular dysplasia. Beyond a migration threshold of approximately 30–40 %, progression is usually inevitable, justifying a tailored surgical strategy. Systematic radiographic screening based on measurement of the migration percentage is a cornerstone of management. Structured surveillance programs, such as CPUP, have demonstrated that regular follow-up significantly reduces the incidence of severe hip dislocations when combined with timely surgical intervention. Hip surveillance should therefore be regarded as a true therapeutic intervention rather than a simple diagnostic tool. Non-surgical treatments (physiotherapy, botulinum toxin injections, abduction orthoses, and tone-inhibiting treatments) play a predominantly symptomatic or temporary role. Soft-tissue surgery, consisting of adductor and psoas lengthening, retains a selective indication in young children – generally before six to eight years of age – when hip displacement is moderate and the joint remains reducible. However, its effectiveness is limited, particularly in GMFCS IV–V patients, in whom it most often serves only to delay bony reconstruction. Bony hip reconstruction currently represents the reference treatment for advanced displacement. It relies on combined correction of femoral abnormalities (varus, derotation, and shortening osteotomy) and acetabular deformities (acetabuloplasty or reorientation osteotomy, depending on age and morphology). This comprehensive approach allows restoration of a stable and painless hip, with durable outcomes when performed in specialized centers. Recent advances in three-dimensional imaging and computer-assisted surgical planning further enhance the personalization of correction and the reproducibility of complex procedures. Finally, hip management in cerebral palsy must be integrated into a global approach that includes the spine, pelvis, and the patient's functional goals. Surgical decisionmaking requires balancing expected benefit, operative risk, and functional context, underscoring the need for specialized expertise and multidisciplinary discussion.
Level of evidence |
Level V
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Paralysie cérébrale, Hanche spastique, Dysplasie de la hanche, Chirurgie reconstructive, Ostéotomie pelvienne
Keywords : Cerebral palsy, Spastic hip, Hip displacement, Reconstructive surgery, Pelvic osteotomy
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