Avant-propos - 28/06/11
La plupart des livres d’anatomie sont conçus pour étudier la médecine; aucun n’est spécifique à l’étude de l’ostéopathie crânienne. Habituellement, l’anatomie crânienne, à la différence de l’anatomie des autres régions du corps, n’a pas encore été étudiée par les étudiants en ostéopathie crânienne, et cette anatomie semble difficile. La plupart des ouvrages la présente soit d’une manière très complexe, décourageante, ou alors avec des descriptions trop simplifiées, insuffisantes pour l’ostéopathe. De surcroît, les aspects palpatoire et fonctionnel autant que l’intérêt ostéopathique clinique ne sont pas suffisamment valorisés. Dès lors, à voir leur désir de trouver un livre facile à consulter, qui comporte les bases anatomiques fondamentales à l’application du concept crânien, les étudiants m’ont inspiré cet ouvrage.
Selon Still, “The osteopath must remember that his first lesson is anatomy, his last lesson is anatomy and all his lessons are anatomy.” [1] («L’ostéopathe doit se souvenir que sa première leçon est l’anatomie, sa dernière leçon est l’anatomie et toutes ses leçons sont l’anatomie.»)
En fait, plus l’étudiant progresse dans la pensée ostéopathique, plus il comprend l’importance d’une bonne connaissance de l’anatomie. La multitude des techniques développées ici ou là dans l’approche thérapeutique manuelle est toujours basée sur une solide vérité, à savoir celle de l’anatomie. La palpation pour la structure et la palpation pour la fonction sont essentielles au diagnostic ostéopathique. Et nous croyons qu’il est très difficile de réaliser ces palpations sans connaissance anatomique ou avec une connaissance anatomique insuffisante ou imprécise. En revanche, à chaque étape de la progression dans notre étude de l’anatomie, la palpation devient plus facile et les liens entre les différentes régions du corps plus évidentes. L’anatomie prend alors de plus en plus d’importance dans l’approche ostéopathique et son étude devient passionnante.
À ce jour, il existe de nombreux ouvrages. Le texte idéal serait probablement une compilation de tout ce qui a pu déjà être écrit. Toutefois, pour l’ostéopathe, la description de l’anatomie ne peut se réduire à une simple description des structures; la structure permet la fonction, et l’anatomie ostéopathique doit être avant tout une anatomie fonctionnelle. Une parfaite compréhension de la structure et de son rapport avec la fonction permet à l’ostéopathe de reconnaître une dysfonction, parfois même avant que les symptômes associés à cette dysfonction n’apparaissent. En effet, telle est la définition de la dysfonction somatique : “Impaired or altered function of related components of the somatic (body framework) system : skeletal, arthrodial and myofascial structures, and their related vascular, lymphatic, and neural elements.” («Fonction perturbée ou altérée des composantes associées au système somatique (structure de corps) : squelettiques, structures arthrodiales et myofasciales et éléments vasculaires, lymphatiques et nerveux qui leur sont rattachés.» [2])
L’histoire permet bien d’appréhender l’évolution d’une anatomie tout d’abord descriptive vers une anatomie contemporaine plus fonctionnelle. Hippocrate (496-370 av. J.-C.) et Aristote (385-322 av. J.-C.) sont souvent les premiers anatomistes auxquels on fait référence; ils semblent avoir étudié l’anatomie sans dissection humaine. C’est Hérophile (environ 300 ans av. J.-C.) qui, le premier, base ses conclusions sur les dissections du corps humain [3]. Hérophile décrit le cerveau, les ventricules, les méninges. Il pratique la vivisection et différencie les veines des artères en observant la présence ou l’absence de pulsations. Galien (130-201), célèbre pour ses interventions sur les gladiateurs romains et partisan d’une solide éducation pour tout praticien, nous laisse un grand nombre de traités anatomiques. Toutefois, ses écrits basés essentiellement sur des dissections animales comportent beaucoup d’erreurs relatives à l’anatomie humaine; pour autant son influence persiste jusqu’à la Renaissance [4].
En effet, avec l’effondrement de l’Empire romain, l’enseignement des sciences médicales est abandonné. Tous les traités médicaux sont en latin, langue que seuls les religieux sont capables de lire et avec des manuscrits conservés dans les monastères, c’est l’Église qui devient le dépositaire du savoir médical de l’époque. Au Moyen Âge, ce sont donc les moines qui manifestent un regain d’intérêt pour la pratique médicale; ils y mêlent connaissances, mysticisme et astrologie, parfois au détriment de leurs pratiques religieuses [5]. En 1162, pour pallier cet état de fait et éliminer les ordres religieux de la pratique médicale et chirurgicale, le Concile de Tours décrète que “Ecclesia abhorret a sanguine” («L’Église a horreur du sang»). Toute dissection devient ainsi difficile et nécessite une permission spéciale de l’Église [6]. Dès lors, trafics, profanations et querelles accompagnent l’étude et l’enseignement de l’anatomie et c’est seulement après la Révolution et l’Empire que les Écoles de Médecine disposent de cadavres en nombre suffisant pour étudier l’anatomie au moyen de dissections.
Longtemps, l’étude de l’anatomie se limite à l’observation, à l’étude des formes, à la différenciation des structures ayant un aspect normal de celles qui présentent un état pathologique. On comprend alors que les maladies ne sont plus seulement le fait d’esprits malins, mais qu’elles sont associées à des structures pathologiques, à des lésions organiques. Le plus souvent, les anatomistes nomment les structures selon leur forme (par exemple : l’hippocampe), ou leur donne leurs propres noms (par exemple : la veine de Galien, la trompe d’Eustache).
C’est Gabriel Zerbi (1468-1505), un contemporain de Leonardo da Vinci (1452-1519), qui le premier publie un texte où les organes sont regroupés par systèmes [7]. Pour autant, c’est da Vinci qui sublime l’art et la précision du dessin anatomique d’après dissection et ses illustrations pourraient toujours être incluses dans un ouvrage contemporain [7]. Pour permettre la vision d’une pièce comme si l’on «tournait autour», il la dessine sous différents angles avec un sens élaboré de la perspective et il est probablement le premier à présenter des illustrations de coupes anatomiques [8]. Ses écrits démontrent une extrême culture, la recherche du détail dans ses descriptions anatomiques; ils valorisent aussi une approche fonctionnelle de l’anatomie tout autant qu’une approche holistique du corps humain [9].
Avec l’avènement du microscope, puis des moyens radiologiques débute une vision de l’anatomie qui va au-delà des limites visibles à l’œil nu. Plus récemment, les avancées dans les technologies de l’imagerie médicale et de la biologie cellulaire et moléculaire offrent de nouveaux champs d’exploration, et permettent une étude de l’anatomie du vivant, une anatomie en fonction. De fait, les premières descriptions faites dans la Grèce antique sont parfois revues, tout comme le sont les descriptions de structures fines altérées par les moyens de conservation employés par le passé. Surtout, l’anatomie contemporaine est plus précise, les liens entre les différents systèmes mieux établis et les fonctions des structures mieux définies.
Avec cet ouvrage, nous avons trois objectifs : donner les bases anatomiques fondamentales à l’application du concept crânien, donner des informations complémentaires pour tout individu désireux d’aller plus loin dans cette étude, et décrire l’intérêt ostéopathique clinique des informations présentées avec, chaque fois que cela est possible, l’abord pratique des structures. Dans la présentation du texte, trois styles différents mettent en valeur ces différentes données, et bien que l’ostéopathie crânienne soit un peu plus que le crâne, nous nous limitons dans cet ouvrage à l’étude des structures du crâne.
“Thus it is far better to familiarize your eye and hand with the normal before you can approach the abnormal intelligently”. [10] («Ainsi, c’est beaucoup mieux de familiariser votre œil et votre main avec le normal avant de pouvoir approcher l’anormal intelligemment.»)
Mon souhait est que ce livre soit un ouvrage de référence en anatomie, facile et agréable à consulter, un outil précieux pour l’étudiant comme pour le praticien ostéopathe éternellement curieux.
© 2009 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
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