GÉNÉRALITÉS
• | Le nerf facial, 7 e paire des nerfs crâniens, doit être considéré comme un nerf mixte. Il a une fonction : – | motrice pour les muscles de la mimique et le muscle de l’étrier ; | – | sensitivosensorielle pour la sensibilité gustative des deux tiers antérieurs de la langue et la sensibilité superficielle de l’oreille ; | – | végétative en innervant les glandes lacrymales et salivaires. |
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• | Les étiologies d’une paralysie faciale sont nombreuses ; l’origine peut être tumorale, vasculaire, ORL, traumatique, infectieuse ou virale, la plus fréquente étant la paralysie faciale dite a frigore, sans cause évidente, qui récupère dans 90 % des cas entre 15 jours et 6 semaines. La complication la plus redoutée est la survenue d’un hémispasme ou syncinésie. Suivant l’origine et dans des cas plus graves, la récupération peut être plus longue, voire inexistante. |
• | À l’inspection du sujet au repos, on observe du côté atteint : – | un sourcil plus bas ; | – | une fente palpébrale restant plus grande ouverte ; | – | une diminution du clignement ; | – | une chute des cils de la paupière supérieure vers l’œil ; | – | un ectropion de la paupière inférieure ; | – | un sillon nasogénien très diminué ou effacé ; | – | un nez en virgule tourné du côté sain ; | – | une aile du nez affaissée vers la cloison nasale ; | – | une joue tombant en besace ; | – | une commissure labiale plus basse ; | – | l’ensemble des lèvres déviant vers le côté sain. |
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• | Chaque mouvement du visage augmente cette déformation, l’hémiface ne répondant plus. Sur ce tableau peut s’ajouter : – | une diminution des sécrétions lacrymales et salivaires ; | – | une hyperacousie douloureuse ; | – | une agueusie des deux tiers antérieurs de l’hémilangue. |
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• | C’est tout d’abord l’œil qui risque des complications du fait de l’inocclusion palpébrale, avec conjonctivites, kératite, problèmes de cornée. |
ŒIL
Conseiller au patient de :• | porter des lunettes de soleil anti-UVA et anti-UVB ; |
• | ne pas se frotter les yeux ; |
• | protéger l’œil lors de l’utilisation de laque, de parfum, de tout aérosol ; |
• | pour travailler à l’ordinateur, faire des pauses très régulières et humidifier l’œil avec des larmes artificielles ; |
• | après avoir mis les larmes artificielles, mobiliser doucement à l’aide du doigt la paupière supérieure en la faisant glisser vers le bas, sans appuyer sur l’œil ; |
• | pour tout travail dans la poussière, mettre des lunettes de protection à verres larges ; |
• | mettre régulièrement au cours de la journée les larmes artificielles ; |
• | contrôler régulièrement l’orientation des cils ; |
• | effectuer une occlusion nocturne de la paupière, mais ne pas utiliser de compresse ; |
• | consulter régulièrement l’ophtalmologue pour contrôler tout risque d’infection ou d’inflammation. |
OREILLE
S’il y a une hyperacousie, le patient doit :• | protéger l’oreille avec un peu de coton ou une boule Quies ; |
• | faire attention au volume sonore des appareils avec oreillettes. |
NEZ
L’hémilèvre restant ouverte, il y a souvent une respiration buccale.• | Faire cet exercice plusieurs fois par jour : – | mettre la langue au palais ; | – | fermer passivement l’hémilèvre paralysée avec les doigts ; | – | respirer plusieurs fois par le nez ; | – | progressivement, comprimer la narine saine pour renforcer le muscle ailaire controlatéral. |
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• | Pour faciliter le mouchage, tenir également l’hémilèvre fermée. |
PAROLE
• | Au début, pour faciliter la parole, remonter légèrement le bas de la joue avec 2 ou 3 doigts, et particulièrement au téléphone, ce qui diminue également le bavage salivaire dû à la paralysie de l’hémilèvre. |
• | Mettre la prothèse dentaire, s’il y en a une, ce qui canalise mieux la salive. |
• | Lire lentement en s’efforçant de prononcer correctement et sans compensation. Demander à quelqu’un de votre entourage de vous observer. Au fur et à mesure de la récupération, lire plus rapidement. Cet exercice permet de travailler progressivement l’automatisme. |
SALIVE
Il peut y avoir un déficit de sécrétion salivaire du côté atteint. Conseiller au patient de :• | boire beaucoup d’eau et de jus de fruit sans apport de sucre supplémentaire ; |
• | sucer des bonbons, de préférence sans sucre, le manque de salive favorisant les caries ; |
• | utiliser des substituts salivaires en aérosol (Artisial®) ou en comprimés (Sulfarlem®) ; |
• | ne pas abuser de thé, café et alcool qui ont un effet déshydratant ; |
• | éviter le tabac et tout ce qui se fume ; |
• | boire avant de parler ; |
• | certains médicaments diminuent la salivation : les antidépresseurs, les antihistaminiques, les diurétiques. Faire le point avec votre médecin ; |
• | attention à ne pas faire trop de gargarismes, qui donnent une impression de fraîcheur mais dont la présence d’alcool détruit la flore buccale. À faire seulement après les repas ; |
• | choisir des gargarismes alcalins (Paroex®) ; |
• | pour dormir, mettre une serviette sur l’oreiller : la salive du côté atteint s’écoule du côté de l’hémilèvre paralysée ; |
• | malgré une diminution de la sécrétion salivaire unilatérale, il existe un bavage dû à la paralysie de l’orbiculaire des hémilèvres supérieure et inférieure. Cet écoulement peut entraîner une irritation cutanée. Appliquer du Barièderme® sur la commissure et la zone d’écoulement pour protéger la peau et la lèvre. |
ALIMENTATION
• | En cas de port d’un appareil dentaire : le porter et bien le fixer. |
• | Mastiquer des deux côtés. S’il y a une difficulté, commencer du côté sain, puis terminer du côté atteint pour éviter le déchaussement dentaire. |
• | Pour faciliter la mastication et le nettoyage du sillon gingivolabial, placer 2 ou 3 doigts sur le bas de la joue, juste en arrière de la commissure labiale. |
• | En cas de diminution salivaire, éviter les aliments secs, boire avant de manger, et préférer les aliments plus fluides. |
• | Faire un contrôle dentaire tous les 2mois. |
• | Boire dans un bol ou un verre à large bord pour équilibrer et stimuler le côté atteint. |
• | Si la déglutition entraîne une fausse route, fléchir la tête avant d’avaler. |
• | Pas de consommation de chewing-gum, et ne pas utiliser de paille pour éviter de renforcer les muscles sains au détriment des muscles faibles. |
• | Éviter les goûts très forts pour ne pas favoriser des réactions réflexes au niveau du visage et favoriser les syncinésies, mais varier les goûts. |
• | Au début, éviter le riz et les aliments à « grains ». |
• | Se rincer la bouche après chaque repas : ce rinçage permet de faire travailler en synergie le buccinateur et l’orbiculaire des lèvres. |
• | Utiliser le jet dentaire. |
SOMMEIL
• | Pour dormir plus confortablement, se coucher du côté atteint pour ne pas être gêné en respirant par la chute de l’aide du nez (voir « Salive »). |
• | En cas d’œdème, mettre un ou deux coussins pour surélever la tête. |
CHALEUR
• | Réchauffer la joue avant de faire les exercices pendant 15 à 20 minutes. |
• | Ne pas utiliser de sèche-cheveux pour protéger l’œil, ni de lampe chauffante ni de bouillotte. |
• | Utiliser des petits coussins chauffants à mettre sur les joues, le menton et le front. |
MASSAGE
• | Automassage : – | ces massages se font avant le travail musculaire et après la « chaleur » ; | – | après avoir réchauffé la joue, se laver les mains à l’eau chaude, puis : – | mettre le pouce gauche dans la joue droite, ou le pouce droit dans la joue gauche ; | – | les autres doigts se posent sur la face externe de la joue en avant de l’oreille ; | – | l’index de l’autre main tient la paupière inférieure ; | – | étirer la joue entre le pouce et les doigts en allant vers le « coin » de la bouche ; | – | maintenir l’étirement quelques secondes et relâcher très progressivement et très doucement pour ne pas avoir d’effet réflexe ; |
| – | faire ce massage plusieurs fois par jour. |
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• | Massage doux et décontracturant du côté sain pour détendre les muscles forts. |
• | Massage « chinois » : le but est de rééquilibrer le système énergétique. Dès le début de l’atteinte, le patient stimule les points plusieurs fois par jour en dehors du massage et du travail musculaire. |
TRAVAIL MUSCULAIRE
• | Ne jamais forcer. |
• | Faire le travail musculaire lentement. |
• | S’il y a des compensations ou si le mouvement est déséquilibré par rapport au côté opposé, le mouvement doit être arrêté tout de suite. Il vaut mieux qu’il soit moins ample mais bien localisé et harmonieux. |
• | Regarder dans un miroir pour rester symétrique. |
• | Faire travailler les muscles 2 ou 3fois par jour. |
PREMIÈRE ÉTAPE : LES MUSCLES ORBICULAIRESPaupières
• | Se laver les mains. |
• | Mettre les larmes artificielles avant de commencer. |
• | Placer l’index sur la paupière supérieure. |
• | Fermer les deux yeux en même temps sans forcer. |
• | Le doigt aide la paupière à se fermer sans appuyer sur l’œil. |
• | Enlever le doigt. |
• | Essayer de tenir 2 ou 3 secondes au début. |
• | Ouvrir les yeux. |
Faire 3-4fois l’exercice, puis changer de muscle.
On augmente le nombre d’exercices progressivement jusqu’à 10, puis on change de muscle.
Éviter tout travail asymétrique : physiologiquement, les paupières travaillent « de concert ». Ne cligner que d’un côté va dans le sens de la syncinésie.
Lèvres
• | Placer pouce et index de chaque côté des lèvres, du côté sain pour diminuer le travail musculaire, du côté atteint pour faciliter le travail musculaire. |
• | Amener les lèvres en O. |
• | Lâcher le côté atteint. |
• | Essayer de tenir la position 2-3 secondes, puis relâcher. |
• | Terminer par un massage de détente. |
• | On augmente progressivement le temps de tenue et le nombre d’exercices, en n’oubliant pas qu’il vaut mieux que l’exercice soit harmonieux, et surtout sans compensation : – | faire 3-4fois un exercice, puis changer de muscle. Ce sont des petits muscles qui se fatiguent vite au début ; | – | le travail doit rester localisé. S’il y a compensation, on arrête ; | – | augmenter progressivement le nombre d’exercices jusqu’à 10 au maximum. |
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• | Garder en mémoire que ces exercices se font plusieurs fois par jour, car il est important de faire quelques minutes d’exercices plusieurs fois en évitant la fatigue que de travailler une heure ou une demi-heure une seule fois dans la journée. |
• | La syncinésie est un mouvement involontaire qui apparaît lors d’un mouvement volontaire. Les plus fréquentes sont œil-bouche et bouche-œil. On arrête l’exercice si le mouvement parasite apparaît ; il faut le faire moins ample et plus lentement. |
• | Interposer des étirements des muscles « dilatateurs » (voir « Massage ») : – | placer un doigt à la limite inférieure de la paupière inférieure pour ne pas l’entraîner, puis placer le pouce dans la bouche au niveau de la commissure, l’index et le majeur à l’extérieur ; | – | étirer doucement, maintenir l’étirement, et relâcher très doucement. |
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Aimants
On peut placer la nuit de petits aimants distants de 1,5cm et fixés par du sparadrap. Lorsque l’on place 2 aimants de même polarité l’un près de l’autre, ils se repoussent, ce qui va avoir pour effet d’« étirer » les muscles.
TRAVAIL MUSCULAIRE DES AUTRES MUSCLES
• | Quand les muscles orbiculaires commencent à être plus forts, on travaille alors tous les autres muscles en suivant les mêmes principes. |
• | Particularité pour le muscle frontal : lorsque le patient travaille ce muscle, il a tendance à regarder vers le haut, ce qui sollicite le muscle releveur de la paupière qui est innervé par la 3e paire de nerfs crâniens, sans être « équilibré » par son antagoniste, l’orbiculaire palpébral, qui est touché. On demande au patient de regarder vers le bas. |
• | Travailler ainsi chaque expression devant un miroir : le dégoût, gonfler les joues, faire la moue, etc. Terminer par un massage des deux côtés à visée décontracturante. |
• | Garder en mémoire que ces exercices se font plusieurs fois par jour et sur une courte durée. |
RELAXATION
En « travaillant » la respiration et les différents groupes musculaires du corps, on obtient une détente globale par le « lâcher-prise » et la diminution du tonus musculaire.
La relaxation va jouer sur l’image corporelle en favorisant des boucles sensorimotrices et perceptivomotrices en feedback.
La relaxation a un double impact :• | déstresser le patient ; |
• | un travail de détente musculaire localisé au niveau du visage, et tout particulièrement du côté sain qui attire l’autre moitié paralysée du visage. |
Il existe de nombreuses méthodes (Schultz, Jacobson, Caycedo, Eutonie, etc.). Il faudra expliquer au patient les différentes approches pour faciliter son choix.
CONCLUSION
Une vigilance quotidienne permet au patient d’éviter les complications et de mieux gérer les difficultés auxquelles il se heurte.
© 2010
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