Préambule à la cinquième édition - 29/09/11
C’est un privilège que de remettre à jour, une cinquième fois, un ouvrage dont la version la plus ancienne date de 1978. Cette nouvelle édition donne la mesure le chemin parcouru en trente-deux années : le temps d’une génération. Elle me permet aussi de remercier les lecteurs et les éditions Elsevier-Masson, de leur fidélité.
Les modèles comportementaux initiaux se sont considérablement enrichis de l’approche cognitive et des modèles issus des neurosciences qui étudient les relations entre émotions et cognitions. « Cognition » peut se définir comme l’acte de connaître par traitement de l’information. Chaque syndrome psychiatrique pourrait correspondre à des structures et à un dysfonctionnement cognitif spécifique. Les interventions thérapeutiques, tout en conservant les acquis des méthodes comportementales, cherchent donc à modifier les croyances, les postulats irrationnels et les schémas cognitifs qui traitent consciemment et inconsciemment l’information et produisent ainsi les émotions négatives qui représentent la plainte la plus fréquente des patients. Ce qui me conduira à faire une mise au point sur les travaux fondamentaux sur les relations entre émotions et cognitions.
De plus, il existe, maintenant, une articulation de la neurobiologie avec la TCC : des études ont mis en relation des contenus de pensée obsédante avec le métabolisme cérébral dans les structures préfrontales. D’autres études ont montré les effets de la TCC sur le métabolisme cérébral des patients obsessionnels-compulsifs, phobiques sociaux dépressifs ou présentant des phobies spécifiques ou encore des troubles de la personnalité.
Du fait de nombreuses recherches sur l’évaluation de leurs résultats, de leurs processus et de leur excellent rapport coût efficacité, les thérapies comportementales et cognitives ont apporté une contribution essentielle dans les principaux domaines de la psychopathologie. En fonction des indications, ces thérapies brèves, ou longues – c’est le cas des troubles de la personnalité – peuvent être appliquées, soit comme une méthode thérapeutique unique, soit en combinaison avec la psychopharmacologie, soit comme technique d’appoint dans un plan thérapeutique plus global.
La France a mis longtemps à prendre pleine conscience de ce développement. De nombreux rapports d’évaluation, à l’étranger, en particulier celles de l’Organisation mondiale de la santé, de l’Association psychiatrique américaine et du Service national de santé en Angleterre avaient déjà montré la valeur des TCC dans de nombreuses indications : c’est le cas d’un travail de l’OMS (Sartorius et al., 1993). Un rapport de l’INSERM a été publié en 2004, à la demande de la Direction Générale de la Santé, et de deux associations de patients (FNAPSY et UNAFAM). Il évaluait les thérapies psychanalytiques, les TCC et les thérapies familiales. Ce rapport a montré que la TCC était la thérapie la plus efficace dans quinze syndromes psychiatriques sur les seize qui avaient été étudiés. Les recherches contrôlées qui ont eu lieu depuis ce rapport le confirment, en particulier dans les troubles de la personnalité : une mise à jour en sera faite dans le dernier chapitre.
Mais la meilleure acceptation actuelle de la thérapie cognitive et comportementale ne provient pas uniquement de cette démonstration scientifique. Tout changement de paradigme se fait dans le conflit, comme l’ont montré Planck, 1949 et Kuhn, 1962 : un paradigme en remplace un autre après une lutte plus ou moins longue, et ce paradigme devra lui aussi disparaître, lui aussi, un jour, après un conflit plus ou moins prolongé. Un nouveau paradigme ne s’établit qu’après la disparition ou la perte de pouvoir des tenants du paradigme adverse. En l’occurrence et en France, la psychanalyse était fermement opposée aux TCC, ce qui a entraîné un conflit ouvert dans les médias. Les marqueurs temporels les plus récents de ce clash de paradigme, sont le rapport INSERM, 2004, et Le Livre noir de la psychanalyse (Borch-Jacobsen et al., 2005) et le livre de Michel Onfray : Le Crépuscule d’une idole (Onfray, 2010). En montrant les falsifications répétées de l’histoire de la psychanalyse, et en particulier des échecs thérapeutiques publiés comme des succès, cette polémique a ramené au centre du débat la question que posent les TCC depuis leurs origines : qu’est-ce qu’une psychothérapie efficace ?
Le présent ouvrage cherche à répondre à cette question. Bien entendu la TCC n’est pas la seule forme psychothérapie efficace, même si elle est la mieux validée. Ce livre sera divisé en trois parties. Une première partie théorique permet d’exposer les fondamentaux théoriques, expérimentaux et historiques de la TCC. Une deuxième partie pratique, destinée aux thérapeutes et aux patients, présente la TCC à l’œuvre à travers des histoires de cas. La troisième partie, fondée sur l’analyse des études contrôlées, explique la méthodologie qui valide les TCC et donne un tableau complet de ce que patients et thérapeutes peuvent en attendre.
Pour terminer, je tiens à remercier l’équipe que j’ai eu l’honneur de diriger à l’Unité de Traitement de l’Anxiété à l’Hôpital Neurologique. Ma gratitude va aussi aux Hospices Civils de Lyon et au ministère de la Santé pour leur soutien constant des recherches menées par cette équipe et dont on trouvera l’écho dans ce livre.
D’autres poursuivront sur cette voie et apporteront du nouveau. Comme le disait Saint Augustin : « Cherchez comme ceux qui trouvent, mais trouvez comme ceux qui doivent chercher encore. »
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