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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 22, N° 10  - novembre 1999
p. 1084
Doi : JFO-11-1999-22-10-0181-5512-101019-ART61
IL ET INFECTION

Bonnes pratiques anti-infectieuses en consultation et conduite à tenir vis-à-vis des prions
 

I. Cochereau [1]
[1] Service d'Ophtalmologie, Hôpital Bichat-Claude Bernard, 46, rue Henri Huchard, 75018 Paris.


Mots clés : Désinfection. , dispositif médical. , œil. , prion.

Keywords: Disinfection. , eye. , medical device. , prion.


INTRODUCTION

En consultation d'ophtalmologie, le risque principal d'infection nosocomiale est viral : les épidémies de kératoconjonctivites à adénovirus [ [1], [2]], entérovirus [ [3], [4]] voire echovirus [ [5]] sont connues. Les virus

Herpes simplex

, le virus de l'immunodéficience humaine [ [6]], et les virus des hépatites peuvent théoriquement être transmis mais aucun cas de contamination n'a été rapporté. La prévention repose sur le lavage des mains [ [7]], le tri des patients, l'examen des patients suspects de conjonctivite sur une lampe à fente réservée puis désinfectée entre chaque patient, l'usage d'unidoses pour les collyres instillés au cours de la consultation, et la désinfection du matériel ayant un contact avec l'œil selon une procédure virucide [ [8]].

Or, depuis 1995, les autorités sanitaires françaises ont décidé de prendre en compte le risque de transmission lors de l'examen ophtalmologique des agents transmissibles non conventionnels (ATNC) responsables de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), encéphalopathie constamment mortelle [ [9]]. Les ATNC étant des agents résistants aux procédures habituelles de désinfection [ [10], [11]], des procédures plus complexes, qui altèrent rapidement le matériel, sont maintenant préconisées.

Le risque de transmission des ATNC au cours de la consultation d'ophtalmologie, s'il est théoriquement non nul, n'a jamais été démontré. Une telle crainte découle des constatations suivantes :

  • La MCJ peut être transmise de façon iatrogène [ [12]] d'un homme à l'autre par des produits ou du matériel contaminé (environ 150 cas rapportés dans le monde). Des contaminations iatrogènes ont ainsi été décrites par injection d'hormones de croissance obtenues à partir d'hypophyses humaines [ [13]], par interventions neurochirurgicales en particulier après utilisation de dure-mère humaine [ [14]] mais aussi par simple usage d'instruments lors de biopsie stéréotaxique du cerveau [ [15]].
  • La MCJ peut être transmise par un acte chirurgical ophtalmologique invasif. Trois cas de MCJ sont survenus après kératoplastie transfixiante, dans un délai variable de 15 mois, 18 mois, ou 30 ans après la greffe [ [16], [17], [18]]. Expérimentalement, une encéphalopathie spongiforme a pu être déclenchée par injection intravitréenne [ [19], [20]]. Ce qui suppose que les ATNC peuvent remonter les voies nerveuse depuis l'œil jusqu'au cerveau [ [20], [21]].
  • Il existe des ATNC dans la cornée comme le montre les cas survenus après kératoplastie transfixiante. Expérimentalement, l'injection intracérébrale de cornée ou d'épithélium cornéen a déclenché des encéphalopathies [ [22], [23], [24]].
  • La contamination par voie transconjonctivale est possible chez la souris [ [25]].

Aussi les autorités sanitaires françaises, fortement ébranlées par l'expérience antérieure de la transmission iatrogène du VIH par le sang contaminé et de la MCJ par l'hormone de croissance, ont-elles décidé d'imposer des précautions maximales vis-à-vis des ATNC dans la pratique ophtalmologique. Ce qui semble logique pour les gestes avec effraction du globe, mais pas aussi évident pour ceux sans effraction.

La circulaire DGS/DH n

o

100 du 11 décembre 1995 [ [26]] relative aux « précautions à observer en milieu chirurgical et anatomopathologique face aux risques de transmission de la maladie de Creutzfeldt-Jakob » s'applique en ophtalmologie à « tout dispositif médical ayant un contact direct avec le globe oculaire, la conjonctive ou les larmes », tels que les verres de contact d'examen, les cônes à tonomètre, les sondes d'échographie et de biométrie, les coques et aiguilles à ERG-PEV, les aiguilles pour corps étranger et les lentilles de contact d'essai.

Les modalités pratiques d'application des recommandations de la circulaire n

o

100 ont été explicitées dans l'édition 1998 du Guide de désinfection des dispositifs médicaux (Comité Technique des Infections Nosocomiales (CTIN), Ministère de l'Emploi et de la Solidarité). Malgré ces précisions pratiques, les précautions à prendre semblent encore difficilement applicables actuellement [ [27]].

Aussi, est-il important de bien analyser les recommandations appliquées à l'ophtalmologie pour se faire une opinion et défendre nos positions.

Cet article est destiné à susciter la réflexion, la réaction et la discussion. Seuls sont abordés les problèmes posés par les dispositifs médicaux sans effraction du globe oculaire utilisés en consultation d'ophtalmologie. En cas d'effraction du globe oculaire, les procédures sont celles des instruments chirurgicaux du bloc opératoire.

LA MALADIE DE CREUTZFELDT-JAKOB EST UNE MALADIE GRAVE

Il s'agit d'une encéphalopathie constamment mortelle due aux ATNC, d'incubation longue entre 10 et 30 ans, survenant chez des patients ayant en moyenne 60 ans. Il n'existe aucune anomalie biologique. Le diagnostic est évoqué sur le contexte, les signes cliniques et les anomalies électroencéphalographiques. Le diagnostic de certitude ne peut être fait que par l'examen anatomopathologique du cerveau.

L'incubation étant longue, sans anomalie clinique ou biologique décelable, il est impossible dans l'état actuel des connaissances, de détecter des porteurs apparemment encore sains. Or les tissus infectés sont contagieux longtemps avant que la maladie ne soit déclarée.

A la phase avérée, les signes de la MCJ associent un ralentissement psychomoteur, des mouvements anormaux, des troubles de l'équilibre, une ataxie cérébelleuse, et des troubles oculomoteurs. L'évolution se fait vers la grabatisation et le décès en quelques mois.

Il n'existe pas de traitement de la MCJ.

La MCJ est à déclaration obligatoire depuis 1996 [ [28]].

COMMENT SE TRANSMET LA MCJ ?

La survenue d'une MCJ dépend probablement d'un double déterminisme infectieux et génétique [ [10]], qui entraîne plusieurs formes à tableaux cliniques et délais d'incubation différents.

La transmission de la MCJ est différente selon le type de MCJ [ [29]]

  • MCJ sporadique (87 % des MCJ) : le mode de transmission est inconnu.
  • MCJ familiale (8 %) : le mode de transmission est inconnu. Les facteurs génétiques sont certainement prédominants car tous ces patients ont une mutation du gène de la protéine prion.
  • MCJ iatrogène (5 %) : transmission par injection d'hormones hypophysaires extractives [ [13]], par intervention neurochirurgicale [ [14], [15]] ou par kératoplastie transfixiante [ [16], [17], [18]]. D'autres chirurgies sont potentiellement infectantes comme la chirurgie de la rétine ou certaines chirurgies ORL. L'OMS a établi un classement des tissus selon leur contagiosité [ [30]]. Il est à noter que cette classification de l'OMS ne comprend pas l'œil comme organe à risque. Les autorités françaises l'ont néanmoins rajouté dans cette catégorie puisque l'œil est une expansion du système nerveux central (tableau I).
  • MCJ liée à l'émergence d'un nouveau variant à transmission digestive interespèce : c'est l'ingestion de produits contaminés dérivés de l'industrie de la viande bovine qui serait le mode de contamination. Seuls quarante cas ont été décrits au Royaume-Uni [ [31]], et un cas en France [ [32]]. On ne sait pas s'il s'agit de sujets particulièrement susceptibles ou si ce sont les premiers cas d'une épidémie de grande ampleur. Compte-tenu des longs délais d'incubation, on risque de ne le savoir que dans dix ou vingt ans. Mais ce nouveau variant est en fait la grande peur des autorités sanitaires car il pourrait avoir infecté une grande partie de la population.

ATNC ET POPULATION FRANÇAISE

En France, l'incidence de la MCJ est estimée à 1 cas par million d'habitants et par an, avec 60 décès par an sur l'ensemble du territoire français [ [33]]. L'incidence semble identique dans d'autres pays tels que la Suède [ [34]] ou les États-Unis d'Amérique [ [35]]. Dans ces pays, le risque d'émergence du nouveau variant n'est pas considéré.

Au Royaume-Uni, le nombre de décès par MCJ a augmenté récemment : 3 en 1995, 10 en 1996, 15 en 1998 dont 9 dans le dernier trimestre [ [36]]. Même si ces chiffres sont très faibles, et s'ils sont peut-être dûs à un meilleur recensement des cas de MCJ, ils méritent une surveillance particulière [ [37]].

La transmission iatrogène par hormones de croissance touche 50 cas avérés en France [ [13]]. Des patients supplémentaires sont peut-être en cours d'incubation.

En fait, la crainte des autorités sanitaires françaises concerne le nouveau variant dont nul ne sait s'il a infecté ou non, et dans quelle proportion, une partie de la population française.

ATNC ET ŒIL
Y-a-t il des ATNC dans les tissus oculaires ?

La cornée héberge certainement des ATNC comme le prouve les cas de MCJ après greffe de cornée [ [16], [17], [18]] et les données expérimentales [ [22], [23], [24]].

La rétine certainement aussi car c'est un tissu nerveux, qui peut être atteint au cours de la MCJ [ [38], [39], [40], [41], [42]]. On peut même penser que la rétine devrait être plus contagieuse que la cornée [ [35]].

Quand aux autres tissus oculaires, à l'humeur aqueuse et au vitré, aucune donnée n'est disponible.

On ne sait pas si les larmes sont infestantes.

Un dispositif médical ayant simplement touché la surface oculaire peut-il être contaminé ?

On ne sait pas. Mais il ne faut pas oublier que le dispositif médical altère l'épithélium cornéen et est en contact avec la conjonctive.

Un dispositif médical souillé peut-il entraîner une contamination par simple contact avec la surface oculaire ?

On ne sait pas. Mais là aussi, l'épithélium cornéen et conjonctival peuvent être abrasés lors de la manœuvre.

Même si le risque existe, est-il nécessaire de le considérer pour tout patient ?

Aux USA, les experts estiment que le risque ATNC est trop faible pour être pris en compte pour les gestes non invasifs. Pour les kératoplasties, seule l'élimination des patients ayant des troubles neurologiques est envisagée [ [39], [43]]. Mais les USA ne tiennent compte que de l'incidence des MCJ avérés, et pas du nouveau variant possiblement en incubation dans la population.

Au contraire, les autorités françaises envisagent le scénario catastrophe où les contaminés par le nouveau variant (s'ils existent) pourraient contaminer des dispositifs médicaux (si c'est possible par simple contact avec le globe oculaire), qui pourraient à leur tour infecter d'autres patients (si c'est possible par voie transconjonctivale ou transcornéenne).

Au nom de toutes ces incertitudes, elles imposent aux ophtalmologistes des précautions quasiment inapplicables en pratique.

PROCÉDURES DE DÉSINFECTION DU MATÉRIEL OPHTALMOLOGIQUE SELON LE RISQUE ATNC

Les procédures de désinfection du méteriel ophtalmologique sont alourdies si on tient compte du risque ATNC.

Les surfaces sont nettoyées par un détergent alcalin avec une chiffonnette bien essorée.

Toutes les étapes de la procédure de désinfection d'un dispositif médical réutilisable doivent être modifiées en fonction du risque ATNC [ [27]]. Elles comportent ainsi successivement

  • une prédésinfection : trempage pendant 15 minutes dans un détergent qui aide au décollement des matières organiques et salissures et à la destruction de certains germes. Pour être efficace contre les ATNC, ce détergent doit être alcalin.
  • un nettoyage manuel, suivi d'un rinçage soigneux. Comme il y a peu de matières organiques adhérentes aux dispositif médicaux en contact avec la surface oculaire, on peut remplacer les deux étapes précédentes par un essuyage soigneux par une compresse ou une chiffonnette à usage unique imbibée d'une solution détergente désinfectante sans aldéhyde [ [27]].
  • une désinfection proprement dite
    • soit autoclavage à 134 °C pendant 18 minutes (stérilisation),
    • soit désinfection chimique, qui dans le cadre particulier de la consultation d'ophtalmologie peut-être selon les situations, un trempage
      • virucide, à température ambiante, pendant 15 minutes
        • liqueur de Dakin renouvelée entre chaque vacation,
        • ou glutaraldéhyde à 2 %, à très bien rincer [ [44]],
      • efficace contre les ATNC, à température ambiante, pendant 1 heure
        • hypochlorite de sodium à 6° chlorométriques,
        • ou soude 1N.
  • un rinçage final abondant.
  • un essuyage final soigneux.

Le matériel jetable (coques et aiguilles à ERG-PEV, lentilles de contact d'essai, aiguilles pour corps étranger) et le matériel sans contact (lentilles pour examen du fond d'œil) doivent être privilégiés.

Pour la prise de la tension oculaire, il n'existe pas d'excellentes solutions. Les membranes protectrices à usage unique des cônes à tonomètre modifient la tension oculaire de quelques points et le surcoût n'est pas négligeable. Les tonomètres à air dispersent sur les surfaces adjacentes des gouttelettes éventuellement contaminées. Ils sont utilisés pour le dépistage, mais ne sont pas encore assez précis pour le suivi des glaucomateux.

Pour les sondes d'échographie, des membranes protectrices existent, mais elles peuvent induire des artefacts et des erreurs d'interprétation.

CHOIX DE LA PROCÉDURE

Le choix de la procédure à appliquer pour chaque patient dépend des facteurs de risque recherchés par un interrogatoire qui semble incontournable.

L'ophtalmologiste doit s'assurer que le patient n'a pas de MCJ (signes cliniques éventuellement validés par un neurologue), ni d'antécédents familiaux de MCJ, ni de facteurs de risque iatrogène (tableau II)

.

Cet interrogatoire permet de classer le patient dans une des trois catégories :

  • Patient ayant une MCJ : diagnostiquée par un neurologue,
  • Patient à risque élevé : ayant au moins un facteur de risque,
  • Patient à risque virtuel : aucun facteur de risque.

Cet interrogatoire fastidieux permet d'éliminer les rares patients ayant une MCJ diagnostiquée ou ceux ayant au moins un facteur de risque iatrogène. Mais il ne permet pas de dépister tous les patients possiblement infectés par le nouveau variant, qui sont dans le groupe patients à risque virtuel.

PROCÉDURES/RISQUE

Selon le risque, les procédures de désinfection des dispositifs médicaux sans effraction du globe sont différentes.

• En cas de MCJ ou de risque élevé

Inactivation physique (134° pendant 18 minutes) ou chimique (hypochlorite de sodium à 6° ou soude 1N pendant 1 heure).

Si ce n'est pas possible, le matériel doit être détruit.

• En cas de risque virtuel

Le guide de désinfection du CTIN conseille de ne prendre en compte que le risque viral et de négliger le risque MCJ [ [27]] : la phase de désinfection consiste en un trempage pendant 15 minutes dans un bain de glutaraldéhyde 2 % ou de liqueur de Dakin.

• Les lentilles de contact d'essai non jetables

Elles devraient être retournées au laboratoire avec la mention de l'existence ou non de facteurs de risque. En cas de facteurs de risque, le laboratoire doit détruire la lentille.

QUESTIONS PRATIQUES

Après avoir exposé les tenants et aboutissants théoriques, quelques questions pratiques méritent d'être posées.

• Ces recommandations, parues en 1995, sont-elles appliquées ?

Réponse : non.

• Pourquoi ?

Parce qu'elles sont inapplicables en pratique actuellement.

• Pourquoi sont-elles inapplicables ?

Pour au moins trois raisons :

  • La première est que l'interrogatoire systématique de tout patient dont on va toucher la surface oculaire s'avère difficile à faire en consultation où une grande partie de la population a une moyenne d'âge élevée et souffre de troubles neurologiques dégénératifs divers et variés, sans parler des troubles de la compréhension... des questions posées ! ! !... L'interrogatoire MCJ risque de durer plus longtemps que l'interrogatoire et l'examen ophtalmologiques réunis, pour une fiabilité moyenne. La grande différence avec la consultation de neurochirurgie est que par définition, l'interrogatoire et l'examen du neurochirurgien sont justement axés sur les problèmes neurologiques.
  • La deuxième raison est qu'il est pour le moment quasiment impossible au cours d'une consultation d'ophtalmologie de synchroniser des bains successifs entrecoupés de rinçages soigneux de tous les dispositifs médicaux non invasifs, avec des phases de 15 à 60 minutes et des circuits différents selon que le risque est virtuel ou élevé. A moins d'affecter une infirmière ou une aide-soignante exclusivement à la désinfection du matériel !
  • La troisième raison est la détérioration par l'hypochlorite de sodium et par la soude des dispositifs médicaux. Le surcoût lié au raccourcissement de la durée de vie des dispositifs médicaux doit être pris en compte dans les budgets.

• Quels sont les points à rediscuter avec les autorités sanitaires ?

- Faut-il vraiment prendre en compte le risque ATNC pour les gestes ophtalmologiques sans effraction du globe ?

- Si la peur est réellement celle du nouveau variant, ne faut-il pas considérer tous les patients comme à risque élevé ?

Et ne pas préconiser une bonne fois pour toutes un dispositif médical par patient, correctement désinfecté en fin de consultation ?

Mais cette solution nécessite un investissement financier initial pour disposer d'un parc de dispositifs médicaux suffisant et renouvelé régulièrement. Notre expérience, dans un centre hospitalier spécialisé en Maladies Infectieuses, motivé pour l'hygiène, avec un CLIN et une unité d'hygiène performants, montre la difficulté à obtenir les moyens nécessaires.

- S'il est nécessaire de maintenir un interrogatoire, ne faut-il pas le rendre faisable en limitant aux facteurs de risque iatrogènes ?

Les signes neurologiques de nos populations âgées sont impossibles à analyser par un ophtalmologiste. Par contre, le risque de méconnaître un glaucome en ne prenant pas la tension oculaire par peur de la MCJ est nettement plus élevé que celui de trouver une MCJ à l'interrogatoire en consultation d'ophtalmologie.

- Comment fait-on exactement avec les sondes d'échographie et de biométrie, et les lentilles de contact d'essai ?

RÔLE DES OPHTALMOLOGISTES

Non, les ophtalmologistes ne sont pas des « inconscients dont le seul but est de voir le plus de patients possible par consultation » comme le croient les hygiénistes technocrates. Les ophtalmologistes sont au contraire responsables, et concernés par la santé de leurs patients. C'est la raison pour laquelle ils voudraient une réelle concertation entre les autorités sanitaires et la discipline pour élaborer des recommandations raisonnables.

Même si le risque zéro n'existe pas en médecine, il est indispensable de prendre des précautions maximales pour y tendre. Les recommandations d'hygiène en ophtalmologie soulignent la nécessité d'une hygiène stricte et bénéficiera à la prévention des autres infections nosocomiales.

Cependant, les difficultés de sa mise en application mettent en relief la distorsion qui existe entre les recommandations induites par les données scientifiques et épidémiologiques, et leur application par les praticiens de terrain soumis aux vicissitudes de l'organisation d'un service ou d'un cabinet de ville. Avec le risque de mauvaise, voire de non-application des recommandations si la distorsion est trop importante. Ce qui semble être le cas pour le moment : Qui fait systématiquement l'interrogatoire recommandé avant toute prise de tension oculaire ? Qui fait scrupuleusement les procédures de désinfection telles qu'elles sont décrites dans les recommandations ?...

Un essuyage vigoureux suivi d'un trempage dans la liqueur de Dakin ou dans un détergent, bien rincés ensuite, est pour le moment la procédure la plus utilisée, sans interrogatoire préalable.

LES MOYENS DE SE FAIRE ENTENDRE ET DE RELANCER LA NÉGOCIATION

Les ophtalmologistes ne doivent pas subir des recommandations inapplicables aussi bien en cabinet de ville que dans les structures hospitalières. Mais pour que le dialogue entre l'ensemble de la profession et les autorités sanitaires s'instaure, il faut une « poussée » des praticiens dénonçant la non-faisabilité des recommandations.

C'est pourquoi, il faut :

  • mobiliser les hygiénistes locaux de chaque établissement, qui sont plus sensibles aux difficultés d'application pratique que les hygiénistes des administrations centrales,
  • dénoncer le double discours qui consiste à demander l'application de recommandations sans en donner les moyens financiers,
  • proposer des procédures écrites cosignées par les ophtalmologistes, les hygiénistes, les pharmaciens et le CLIN,
  • notifier à l'administration les difficultés rencontrées, cosignées par les hygiénistes, en écrivant à
    • M. le Sous-Directeur de la Veille Sanitaire, Direction Générale de la Santé, 8, avenue de Ségur, 75350 Paris 07 SP avec copies, à :
    • M. le Président de la Sous-Commission Ophtalmologique de Matériovigilance, Bureau des Dispositifs Médicaux (EM1), Direction des Hôpitaux, 8, avenue de Ségur, 75350 Paris 07 SP ;
    • M. le Président du Comité Technique des Infections Nosocomiales, Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France, 8, avenue de Ségur, 75350 Paris 07 SP ;
    • M. le Directeur de l'Hôpital
  • et engager une réflexion de la discipline au niveau national, comme cela a été fait pour les fiches d'information aux patients.

Une nouvelle concertation avec les pouvoirs publics, les experts scientifiques, les hygiénistes et les ophtalmologistes est indispensable pour dégager des solutions praticables. Tout le monde y gagnera, et en premier lieu le patient.

en gras : organes rajoutés par la France.

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