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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 25, N° 2  - février 2002
pp. 182-184
Doi : JFO-02-2002-25-2-0181-5512-101019-ART10
Lésions cornéennes dues aux poils de chenille
À propos de 4 observations
 

L. El Matri [1], O. Charfi [1], M. Zeghal [1], F. Triki [1]
[1]  Institut Hédi Rais d'Ophtalmologie de Tunis, Service B, 1006 Bab Saadoun, Tunis, Tunisie.

Tirés à part : L. El Matri [1] à l'adresse ci-dessus.

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Lésions cornéennes dues aux poils de chenille

Les poils de chenille transportés par le vent peuvent être responsables de réactions oculaires diverses. La pénétration intraoculaire se fait par voie cornéenne.

Nous présentons 4 cas de lésions cornéennes dues aux poils de chenilles.

Des signes fonctionnels intenses chez des sujets exposés doivent faire évoquer ce diagnostic.

La gravité tient de la possibilité de migration intraoculaire, même plusieurs années après l'accident initial.

Le traitement consiste en l'ablation des poils associée à un traitement antibiotique et anti-inflammatoire local.

Abstract
Corneal lesions caused by caterpillar hairs: four case studies

Caterpillar hairs disseminated by the wind can cause serious ocular problems in humans.

We present 4 cases of corneal lesions caused by caterpillar hairs.

Intense functional signs observed in exposed subjects should bring this diagnosis to mind.

The severity of this affection is due to the possibility of intraocular migration, even many years after the first accident.

Treatment consists of removing the caterpillar hair associated with an antibiotic and local anti-inflammatory treatment.


Mots clés : Poils de chenille , kérato-conjonctivite , kératite , uvéite

Keywords: Caterpillar hairs , keratoconjonctivitis , keratitis , uveitis


INTRODUCTION

Des lésions cornéennes assez graves peuvent être causées par les poils des chenilles processionnaires du pin. Elles résultent de la projection des poils sur l'oeil.

Ces lésions sont de plus en plus fréquentes avec le reboisement des pinèdes.

Le but de notre étude est de faire connaître l'affection, d'insister sur les possibilités de complications graves et sur l'importance de la prévention.

OBSERVATIONS

Nous rapportons les observations de quatre patients répertoriées entre 1982 et 1999.

Cas n° 1

Un chasseur, âgé de 55 ans, consultait le jour même d'une chasse dans une pinède, pour des signes fonctionnels à type de prurit oculaire et de sensation de projection de poudre dans l'oeil.

À l'examen de l'oeil droit, il existait un oedème palpébral, un chémosis, un cercle périkératique et un ulcère cornéen paracentral avec de nombreux poils superficiels incrustés dans la cornée. Il n'y avait pas d'inflammation de la chambre antérieure.

Le traitement a consisté en un pelage cornéen associé à des corticoïdes et des antibiotiques locaux pendant deux mois.

L'évolution était bonne, avec cicatrisation de l'ulcère cornéen et acuité visuelle conservée.

Cas n° 2

Un ouvrier agricole âgé de 41 ans consultait 1 semaine après l'installation de signes fonctionnels oculaires avec prurit et douleurs oculaires intenses.

L'interrogatoire retrouvait des pins plantés autour du champs agricole.

L'examen ophtalmologique du patient trouvait à l'oeil gauche un oedème palpébral important occluant le globe oculaire avec chémosis et rougeur oculaire diffuse à maximum périkératique.

L'examen biomicroscopique, révélait l'existence de nodules conjonctivaux, de nombreux poils profondément incrustés dans la cornée avec un hypopion occupant la chambre antérieure et tyndall dense.

Le traitement a associé l'extraction de certains poils à la pince à des corticoïdes et des antibiotiques locaux et généraux. Il n'a entraîné la guérison qu'après 3 mois, avec une disparition des signes infectieux et inflammatoires et une acuité visuelle à 8/10, avec persistance d'une légère photophobie.

Cas n° 3 figure 1

Un élève de 7 ans consultait pour des signes oculaires apparus le jour même, à type de prurit intense, photophobie et larmoiement.

L'interrogatoire trouvait la notion de pins plantés dans la cour de l'école et de jeu avec des chenilles.

L'examen biomicroscopique de l'oeil gauche trouvait, outre une kératite ponctuée superficielle, la présence d'un poil superficiel sur la cornée.

L'évolution était bonne après extraction en urgence du poil dans la cornée et traitement local corticoïde et antibiotique pendant 3 semaines.

Cas n° 4

Un élève de 10 ans consultait trois jours après une excursion dans une pinède pour un prurit oculaire et un larmoiement de l'oeil droit.

L'examen ophtalmologique trouvait un oedème palpébral, un chémosis et un cercle périkératique.

L'examen biomicroscopique, trouvait de nombreux poils incrustés dans la cornée et un effet tyndall dans la chambre antérieure.

L'extraction des poils a été faite en plusieurs séances, associée à une corticothérapie et à une antibiothérapie locales. Elle a entraîné l'amélioration des signes fonctionnels, mais il est resté des poils profondément enchâssés dans la cornée avec corticodépendance locale nécessitant une surveillance régulière du tonus oculaire et de l'état du cristallin. Le recul est de 1 an sans autres complications.

DISCUSSION

Les chenilles processionnaires du pin sont une forme larvaire de papillon nocturne présente dans le bassin méditerranéen.

Il existe de nombreuses régions d'épidémies dans le monde, dont le bassin méditerranéen (en Tunisie : le Nord et le Cap Bon sont particulièrement touchés).

Elles vivent dans des nids au sommet des branches et sortent en file indienne pour s'alimenter.

Elles passent par cinq stades larvaires et se transforment en chrysalides en hiver.

Les chenilles mesurent de quelques mm à 7 cm. Elles sont velues avec de longs poils inoffensifs et des poils courts urticants tels des harpons à barbelure.

Quand l'animal est excité, il projette des milliers de poils courts de 0,08 mm à 0,16 mm de long.

Les poils arrivent dans l'oeil apportés par le vent, ou à l'occasion du contact d'une chenille avec l'oeil. La forme et la texture du poil, jointes aux mouvements oculopalpébraux peuvent entraîner sa progression à travers la cornée ou la sclère si le poil s'est fiché dans l'oeil.

Cette possibilité de pénétration intraoculaire fait la gravité de l'affection [1], [2].

Le pouvoir pathogène des poils de chenille, est, en effet, lié à leur pénétration dans les tissus qui provoque une réaction inflammatoire. Cette dernière est due à deux facteurs : le pouvoir histamino-libérateur (allergie) et la présence d'un corps étranger.

L'atteinte cornéenne aux poils de chenilles touche le plus souvent les enfants (jeux) ou les adultes professionnellement exposés.

Notre premier cas date de 1982, mais l'atteinte oculaire par les poils de chenilles voit sa fréquence augmenter depuis la mise en oeuvre des programmes de reboisement.

Sur le plan clinique, sur les 4 cas rapportés dans notre série, 3 ont été vus au stade précoce et 1 seul vu à la phase d'état.

Tous sont caractérisés par des signes fonctionnels oculaires intenses, en général après une période de latence de 10 à 15 minutes, en rapport avec une atteinte cornéo-conjonctivale constante.

L'atteinte uvéale peut être précoce (histamino-libératrice) ou tardive (iritis nodulaire) [3].

Le traitement dépend de la situation [4]

  • si l'oeil est irrité après un contact certain avec une ou plusieurs chenilles et que l'examen biomicroscopique ne trouve aucun poil à la surface de l'oeil ou dans les culs de sacs, un simple lavage abondant au sérum physiologique tiédi suffit ;
  • s'il existe un ou plusieurs poils à la surface de l'oeil mais non fichés dans la conjonctive ou la cornée, il faut les extraire au moyen d'une aiguille lancéolée. En effet, l'épilation à la pince risque de briser le poil et l'émigration est généralement inefficace en raison des barbelures qui l'ancrent dans l'épaisseur cornéenne ;
  • si le poil est fiché dans la cornée ou dans la conjonctive, il faut procéder à l'extraction en salle d'opération. Une incision est pratiquée à côté du poil dans la cornée ou dans la conjonctive et il est extrait à l'aiguille lancéolée ou à la pointe du bistouri.

Un traitement adjuvant par corticoïdes et antibiotiques locaux est nécessaire. La persistance de poils dans la cornée est à l'origine de l'apparition de nodules cornéens et conjonctivaux. Cette réaction nodulaire est appelée kératite noueuse [5].

L'évolution dépend du délai de consultation et de la profondeur de pénétration.

La pénétration intraoculaire est à l'origine des accidents tardifs décrits dans la littérature : kérato-conjonctivite [1], [5], uvéite chronique, cataracte [5], choriorétinite [2], endophtalmie [6], décollement de rétine, cellulite orbitaire, phtysie.

Ces accidents peuvent survenir des dizaines d'années après la lésion initiale.

CONCLUSION

Les affections cornéennes dues aux poils de chenilles sont de plus en plus fréquentes. Leur gravité tient de leur méconnaissance fréquente ainsi que de leur possibilité de pénétration intra-oculaire.

Le diagnostic est fait sur la découverte de poils intra-cornéens. Les poils profonds posent un problème thérapeutique.

Un traitement prophylactique doit être institué notamment par la protection des échenilleurs ainsi que par l'information des enfants.

Références

[1]
Diallo JS, Aouiche M, Bloch Michel E, Déduit Y, François J, Remky H et al. Manifestations ophtalmologique des parasitoses. Ed. Masson, 1985:342-6.
[2]
Patillon JC, Jouary G, Rousse C, Schwartz C. Migration intraoculaire des poils de chenille, depuis 1980. Un cas. Bull Soc Fr Ophtalmol, 1994 ;94 :57-9.
[3]
Teske SAH, Hirst LW, Gibson BH, O'Connor PA, Watts WH, Carey TM. Caterpillar-induced keratitis. Cornea, 1991;10:317-21.
[4]
Fraser SG, Doud TC, Bosanquet RC. Intraocular caterpillar hairs. Clinical cause and management. Eye, 1994;8:596-8.
[5]
VissenbergI, Raus P, Van Tittelboom T, Dockx P, Tassignon MJ. Caterpillar induced kerato-conjunctivitis. Bull Soc Belge Ophtalmol, 1993;249:107-11.
[6]
Marti-Huguet T, Pujol O, Cabiro I, Oteyza JAG, Roca G, Marsal J. Endophtalmie par poils de chenille intravitréens. Traitement par photocoagulation directe au laser à l'Argon. J Fr Ophtalmol, 1987; 10:559-64.




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