revues des maladies respiratoires - Organe officiel de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF)

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Revue des Maladies Respiratoires
Vol 19, N° 5-C1  - octobre 2002
pp. 585-592
Doi : RMR-10-2002-19-5-0761-8425-101019-ART9
Étude AIRE : analyse des données recueillies chez 753 enfants asthmatiques en Europe
 
F.X. Blanc [1], N. Postel-Vinay [2], I. Boucot [3], J. De Blic [4], P. Scheinmann [4]
[1]  Unité de Pneumologie, Service de Médecine Interne, CHU Bicêtre, Assistance Publique — Hôpitaux de Paris, Le Kremlin-Bicêtre.
[2]  Santé Publique et Informatique Médicale, Hôpital Européen Georges Pompidou, Assistance Publique — Hôpitaux de Paris, Paris.
[3]  Laboratoire GlaxoSmithkline, Marly-le-Roi.
[4]  Service de Pneumologie et d'Allergologie Pédiatriques, Hôpital Necker-Enfants Malades, Assistance Publique — Hôpitaux de Paris, Paris.

Keywords: Asthma , Control , Child , Europe , Treatment


Mots clés : Asthme , Contrôle , Enfant , Europe , Traitement

Introduction

L'asthme est la plus fréquente des maladies chroniques de l'enfant. Les données épidémiologiques les plus récentes fournies par l'étude internationale ISAAC (International Study of Asthma and Allergies in Childhood) [1]indiquent que la prévalence instantanée (au moment de l'enquête) et cumulée (au cours de la vie) est respectivement de 11,8 % et 10,2 % chez les enfants âgés de 6 à 7 ans au niveau mondial, et de 8,1 % et 7,2 % en Europe de l'Ouest [1]. Chez les enfants âgés de 13 à 14 ans, ces mêmes chiffres de prévalence sont respectivement de 13,8 % et 11,3 % au niveau mondial, et de 16,7 % et 13,0 % en Europe de l'Ouest [1]. Partant de la constatation d'une augmentation de la prévalence de l'asthme [2]et des répercussions sociales qu'elle générait, des recommandations internationales ont été élaborées dans le but de standardiser l'évaluation de la sévérité de l'asthme au long cours et les moyens thérapeutiques mis en oeuvre pour obtenir une maîtrise ou un contrôle de la maladie [3] [4] [5] [6]. Le contrôle de l'asthme chez l'enfant pourrait se résumer en une seule maxime : « vie normale et fonction pulmonaire normale » [7]. L'ambition des thérapeutes est donc de limiter les exacerbations, les symptômes intercritiques et les besoins en bêta-2-mimétiques de courte durée d'action ; de permettre à l'enfant de participer aux activités scolaires, sportives et sociales ; de normaliser la fonction respiratoire et d'amenuiser les variations circadiennes du débit expiratoire de pointe [7]. Pour y parvenir, il est de plus en plus admis que les recommandations d'instauration précoce d'une corticothérapie inhalée ont un effet bénéfique chez l'enfant dès que le caractère « persistant » ou « épisodique fréquent » de l'asthme a été établi [4] [5] [6] [8] [9].

Or, il existe peu de données concernant la réalité du contrôle de l'asthme chez les enfants européens. Plusieurs études réalisées chez l'adulte ont montré que la prise en charge thérapeutique des asthmatiques s'écartait souvent des recommandations internationales en Europe [10] [11] [12] [13] [14] [15]et aux États-Unis [16]. L'étude AIRE ( Asthma Insights and Reality in Europe ) a été conçue dans le but de mieux comprendre le vécu des patients asthmatiques en Europe. Elle s'est proposée de décrire le niveau de contrôle de l'asthme, d'estimer l'adéquation de la thérapeutique administrée par rapport aux recommandations internationales et d'évaluer les connaissances, attitudes et comportements des asthmatiques face à leur maladie [17]. L'étude AIRE concernait à la fois les adultes et les enfants de sept pays européens. Ses résultats globaux ont montré un grand décalage entre la réalité et les objectifs de prise en charge de l'asthme décrits dans les recommandations internationales [17] [18]. Nous rapportons ici les résultats détaillés de l'étude AIRE pour la population pédiatrique regroupant des enfants âgés de moins de 16 ans.

Matériel et méthodes
Sélection des asthmatiques

L'étude AIRE a été conduite entre le 25 février et le 21 avril 1999 sur des échantillons nationaux représentatifs des personnes atteintes de la maladie asthmatique dans sept pays européens : Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède. Le protocole de l'étude prévoyait d'interroger environ 400 asthmatiques traités ou ayant des symptômes dans chacun des sept pays. Pour atteindre cet objectif, 73 880 foyers ont été contactés par téléphone, après composition automatique aléatoire des numéros [17] [18]. Dans chaque foyer, un questionnaire de tri était posé à un informateur adulte pour savoir si un médecin avait porté le diagnostic d'asthme chez au moins l'un des membres du foyer. Si la réponse était positive, l'enquêteur demandait si l'une des personnes concernées remplissait au moins un des deux critères d'inclusion dans l'enquête : symptômes d'asthme ou prise d'un médicament antiasthmatique au cours des 12 derniers mois. Si plusieurs membres du foyer présentaient un asthme actuel, un seul était désigné au hasard pour participer à l'étude à l'aide d'une procédure informatisée. L'asthmatique désigné était interrogé directement s'il était âgé d'au moins 16 ans. Dans le cas contraire, le parent, le tuteur ou la personne connaissant le mieux l'évolution de l'asthme de l'enfant et son traitement était interrogé.

Entretiens téléphoniques

L'interrogatoire téléphonique durait en moyenne 25 minutes et était conduit à partir d'un questionnaire structuré. Tous les interrogatoires ont été réalisés à partir d'un même centre (Institut de sondage Schulman, Ronca et Bucavalas), spécialisé dans ce type d'enquêtes téléphoniques informatisées, et conduits dans la langue d'origine de chaque personne interrogée par du personnel entraîné [17] [18]. Le contact initial était fait le soir ou le week-end pour avoir le maximum de chances d'obtenir un interlocuteur. En cas de non-réponse, au moins dix tentatives étaient effectuées à des horaires et des jours différents sur une période de trois semaines avant de considérer le foyer comme non-répondant. Lorsque le téléphone du correspondant était occupé, le numéro était recomposé 15 minutes plus tard. Si une personne éligible pour l'étude ne pouvait répondre au questionnaire lors du premier contact, un rendez-vous était fixé ultérieurement, à sa convenance.

Questionnaire

Le questionnaire basé sur celui de l' American Thoracic Societ y [19]comportait des séries de questions fermées sur la description de l'asthme (fréquence et sévérité des symptômes au cours des quatre dernières semaines ; visites en urgence et hospitalisations dans les 12 derniers mois), ses répercussions sur la vie du patient (absentéisme scolaire ou professionnel, limitations d'activités liées à l'asthme), l'opinion du patient sur le niveau de contrôle de la maladie et les moyens utilisés pour la surveillance de l'asthme (fréquence des épreuves fonctionnelles respiratoires, utilisation d'un débitmètre de pointe). Les médicaments utilisés devaient être mentionnés en clair et faisaient ensuite l'objet d'un codage en classes médicamenteuses. Le niveau de connaissance sur l'asthme a été exploré par une question ouverte sur les causes des symptômes d'asthme, suivie de questions fermées sur l'inflammation et la possibilité de la maîtriser par le traitement.

Analyse des données

La fréquence et la sévérité des symptômes diurnes et nocturnes, des épisodes sévères et des symptômes induits par l'exercice ont été recueillies et utilisées pour développer un score clinique similaire au score de sévérité du GINA [18] . Les sujets ont ensuite été classés selon leurs réponses utilisées pour le score clinique, en considérant qu'un seul critère suffisait pour être classé dans la catégorie la plus élevée. Les caractéristiques démographiques des patients et la sévérité de leur asthme ont été comparées par un test du Chi-2 de manière à identifier d'éventuels facteurs qui différencieraient la prise en charge de l'asthme selon les pays. Tous les tests statistiques étaient bilatéraux. Les comparaisons avec un risque d'erreur alpha inférieur à 5 % étaient considérées comme statistiquement différentes. Les résultats ont été rapportés sous la forme de moyennes ± déviation standard. Seuls les résultats concernant les enfants âgés de moins de 16 ans sont rapportés dans cet article.

Résultats
Description de la population d'enfants âgés de moins de 16 ans

Sur les 73 880 foyers ayant fait l'objet d'un questionnaire téléphonique de tri, 3 488 (5,5 %) ont été identifiés comme comportant au moins une personne porteuse d'un asthme en activité au cours des 12 derniers mois. Des interrogatoires complets ont pu être réalisés chez 2 803 personnes (80,4 % des asthmatiques identifiés). Parmi elles, 753 enfants (26,9 % des participants à l'étude), dont 145 en France, ont été identifiés (tableau I). Dans plus de 70 % des cas, la personne répondant au questionnaire téléphonique était la mère de l'enfant. L'âge moyen des enfants était de 8,8 ± 4,1 ans. Cinquante-six pour cent des enfants étaient des garçons. L'âge moyen au moment du diagnostic d'asthme était de 3,5 ± 3,3 ans. La durée moyenne de l'asthme était de 5,3 ± 3,6 ans. Les données démographiques étaient globalement similaires dans les sept pays participants. Toutefois, l'âge moyen (9,6 ans) et la proportion de garçons (71,2 %) étaient plus élevés chez les enfants allemands (p < 0,05 pour chacun).

Contrôle de l'asthme

Le score clinique a permis de classer 54,1 % des enfants dans la catégorie « asthme intermittent », 17,9 % dans le groupe « asthme persistant léger », 12,9 % dans le groupe « asthme persistant modéré » et 15,1 % dans le groupe « asthme persistant sévère ». La sévérité de l'asthme était jugée « nulle » (pas de symptôme), « légère », « modérée » ou « sévère » par respectivement 40,2 %, 36,3 %, 18,7 % et 4,6 % des parents interrogés (0,2 % ne savaient pas répondre). Les données françaises sont présentées dans la figure 1. Les données mettant en parallèle la réalité du contrôle de l'asthme en Europe et en France et les objectifs des recommandations internationales figurent dans le tableau II. Seulement 5,8 % des enfants remplissaient l'ensemble des critères définissant un contrôle de l'asthme. En Europe, 6,7 % des enfants avaient des perturbations du sommeil au cours de chaque nuit (5,0 % en France). L'estimation, par les personnes interrogées, du contrôle de l'asthme de leur enfant durant les quatre dernières semaines variait selon le degré de sévérité de la maladie défini par le score clinique : une nette discordance a été observée entre la façon dont le contrôle de l'asthme était perçu et la sévérité des symptômes rapportés au cours de la même période ( fig. 2). Ainsi, 61 % des parents d'enfants classés dans le groupe « asthme persistant sévère » d'après les données du score clinique estimaient que l'asthme avait été complètement ou bien contrôlé au cours des quatre semaines précédentes.

Recours aux structures de soins

Les structures de dispense de soins auxquelles s'adressent les parents des enfants asthmatiques varient selon les pays. Le tableau IIIprésente les différentes modalités de recours aux soins en urgence pour asthme. Pour la délivrance du traitement habituel, le médecin exerçant en cabinet ou dans une clinique privée a été consulté par 96 % des enfants vivant au Royaume-Uni, contre 92 % en Allemagne et 86 % en France. En revanche, 37 % des enfants vivant en Suède ont préféré un service du secteur public pour recevoir de tels soins, et 55 % des enfants vivant en Espagne ont utilisé, dans cette situation, un service hospitalier de consultation externe voire d'urgences. Globalement, les parents d'enfants asthmatiques ont consulté un médecin généraliste dans 51 % des cas. En France, 17 % des enfants ont vu un allergologue. Les pédiatres occupent la première place en Italie (42 %), puis en Espagne (38 %). Les pneumologues ont été consultés dans 11 % des cas en France et en Allemagne.

Médicaments utilisés

Près des deux tiers des enfants ont eu recours aux bêta-2-agonistes inhalés de courte durée d'action dans le mois précédent (tableau II). Vingt-six pour cent des enfants ont pris des corticoïdes inhalés durant cette même période (50 % au Royaume-Uni, 21 % en France, 20 % aux Pays-Bas). Le taux d'utilisation des corticoïdes inhalés n'était pas corrélé au degré de sévérité de la maladie. Ainsi, les corticoïdes inhalés ont été utilisés au cours des quatre dernières semaines par 33,5 % des enfants classés dans le groupe « asthme persistant léger », 32,7 % des enfants du groupe « asthme persistant modéré » et 25,8 % des enfants du groupe « asthme persistant sévère ».

Surveillance de l'asthme

Comme il est indiqué dans le tableau II, 60,5 % des enfants n'ont jamais eu d'exploration de leur fonction respiratoire. Cinquante-trois pour cent des familles connaissent l'existence du débitmètre de pointe, avec de grandes différences selon les pays (75 % au Royaume-Uni, 44 % en France, 29 % en Espagne). Vingt-sept pour cent des enfants avaient un débitmètre de pointe à leur disposition (11 % en France) ; seuls 7 % l'utilisaient au moins une fois par semaine (3 % en France). Les autres méthodes utilisées dans le suivi et la prise en charge de l'asthme comportaient des consultations planifiées (41 %) et l'existence d'un plan d'action écrit en cas d'exacerbation dans 24 % des cas, avec de grandes variations selon les pays (60 % en Espagne, 44 % en France, 9 % au Royaume-Uni).

Connaissance de la maladie

Suivant les données d'ensemble de l'étude AIRE, 42 % des parents d'enfants interrogés ont estimé que l'asthme de leur enfant était mieux maîtrisé qu'il y a quelques années. La raison la plus souvent avancée était l'introduction de nouveaux médicaments plus efficaces (40 %, avec des différences notables selon les pays : 56 % en Suède, 37 % en France et 27 % au Royaume-Uni), suivie d'une meilleure compréhension de la maladie (19 % en Europe, 7 % en France), d'une amélioration de l'éviction des allergènes de l'environnement (18 %) et d'une meilleure éducation concernant le contrôle de la maladie (14 %).

Discussion

Les résultats de l'étude AIRE indiquent que, chez les enfants âgés de moins de 16 ans, le contrôle de l'asthme est insuffisant au regard des objectifs fixés par les recommandations internationales et s'accompagne d'importantes répercussions, notamment en termes de limitation des activités sportives et d'absentéisme scolaire. Les enfants asthmatiques européens sont globalement insuffisamment contrôlés, sous-traités et peu suivis. Le contrôle de l'asthme est surestimé par les parents et la moitié des enfants ne bénéficie pas d'exploration fonctionnelle respiratoire.

Population étudiée

La prédominance masculine est habituellement retrouvée dans ce type d'études pédiatriques : on admet que la prévalence de l'asthme est plus élevée chez les garçons mais que la persistance de l'asthme à l'âge adulte est plus élevée chez les filles. Les différentes études de cohorte ont montré que la prévalence de l'asthme se modifiait à l'adolescence, avec inversion du sex ratio entre 15 et 18 ans [1].

Selon le dernier consensus pédiatrique, l'asthme épisodique peu fréquent (équivalent de l'asthme intermittent) concerne environ 3 enfants sur 4 [6]. Dans l'étude AIRE, seulement 54 % des enfants ont été classés dans la catégorie « asthme intermittent », mais les critères de classement ne reposaient que sur un score clinique d'après l'interrogation téléphonique des parents. Néanmoins, la population étudiée semblait globalement plus sévère que ne le voudraient les données classiques de la littérature, suggérant que le contrôle de l'asthme n'était pas optimal chez de nombreux enfants. S'agissant de données recueillies uniquement par questionnaire, l'entretien téléphonique sans déplacement vers des centres d'investigation paraît adapté [20]. On ne peut exclure toutefois la possibilité de biais lors de l'inclusion. En effet, seuls les enfants ayant un asthme symptomatique au cours de l'année précédente ont été inclus ; les enfants asthmatiques asymptomatiques et/ou non diagnostiqués (ainsi que ceux vivant dans des foyers sans téléphone) n'ont donc pas été pris en compte.

Contrôle de l'asthme

Les données présentées dans le tableau IIindiquent que le contrôle de l'asthme est effectivement insuffisant chez les enfants européens : dans l'étude AIRE, seulement 5,8 % des enfants remplissaient l'ensemble des critères définissant un contrôle satisfaisant de l'asthme selon les recommandations internationales [5]. Ces résultats sont à rapprocher de ceux retrouvés chez les adultes selon la même méthodologie [17] [18]. L'étude AIRE montre que, d'après l'interrogatoire des parents, plus de la moitié des enfants européens rapportent des crises dans le mois précédent l'enquête, et que plus d'un enfant sur trois a été amené à consulter de façon imprévue et en urgence (tableau II). Outre le contrôle de l'environnement et la lutte contre le tabagisme passif, l'un des aspects fondamentaux de la prise en charge de l'enfant asthmatique est d'évaluer au mieux la sévérité de sa maladie pour lui proposer la solution thérapeutique la plus adaptée. Il n'existe pas encore de consensus mondial quant à la classification du degré de sévérité de la maladie asthmatique au long cours chez l'enfant. Le troisième consensus international pédiatrique de 1995, publié en 1998, conserve trois stades (épisodique peu fréquent, épisodique fréquent, persistant) [6], tandis que les recommandations du National Institutes of Health, National Heart, Lung and Blood Institute et de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) distinguent quatre stades, comme chez l'adulte [5]. Dans l'étude AIRE, regroupant adultes et enfants, c'est cette dernière classification en quatre stades qui a été adoptée. Cependant, l'une et l'autre classification prennent en compte les symptômes intercritiques, la facilité de survenue et l'intensité du bronchospasme induit par l'exercice, la consommation hebdomadaire de bêta-2-mimétiques, la surveillance du débit expiratoire de pointe et la présence d'une éventuelle obstruction intercritique. Dans une population de patients avec différents niveaux de prise en charge thérapeutique, il est admis que l'information concernant les symptômes peut être utilisée seule pour estimer le niveau de contrôle de la maladie [18]. Si l'on ne tient compte que de ce seul paramètre, on obtient encore près de deux enfants sur cinq mal contrôlés pendant le jour, et plus d'un enfant sur quatre mal contrôlé la nuit (tableau II). Quels que soient les critères choisis, la constatation d'un contrôle insuffisant de l'asthme s'impose à la vue des résultats de l'étude AIRE. Les données concernant le recours en urgence à une structure de soins (tableau III)attestent que ce mauvais contrôle est associé à une demande élevée de soins urgents, dont les modalités diffèrent selon les pays.

Chez les enfants de l'étude AIRE, le mauvais contrôle de l'asthme était, entre autre, associé à une limitation des activités sportives et à un absentéisme scolaire important (tableau II). Le pourcentage des enfants limités dans leurs activités reste élevé, même s'il existe d'importantes différences entre les pays. La France est le pays où la limitation des activités liée à l'asthme était la plus élevée. La limitation des activités sportives est susceptible de dépendre des habitudes « socioculturelles » en matière d'éducation et de sport. Moins soumis à ces variations « culturelles », l'absentéisme scolaire pourrait refléter plus justement les conséquences du mauvais contrôle de l'asthme.

Traitement de fond

L'étude AIRE a permis de montrer que les enfants asthmatiques européens étaient globalement sous-traités, expliquant au moins en partie le mauvais contrôle de l'asthme. En effet, alors que 61 % des enfants ont eu recours aux bêta-2-agonistes inhalés de courte durée d'action dans le mois précédent l'enquête, seulement 26 % ont pris des corticoïdes inhalés durant cette même période. Plus surprenant est le fait que le taux d'utilisation des corticoïdes inhalés ne soit pas corrélé au degré de sévérité de la maladie. D'après le dernier consensus pédiatrique international [6], un traitement préventif est habituellement nécessaire chez les enfants porteurs d'un asthme épisodique fréquent et devient obligatoire lorsque l'asthme est persistant. Pour l'OMS [5], un traitement est nécessaire dès que l'asthme devient persistant, même léger. Ces deux recommandations convergent pour considérer qu'un enfant porteur d'un asthme persistant même léger (équivalent de l'asthme épisodique fréquent du consensus pédiatrique) doit bénéficier d'un traitement de fond. Quand l'asthme est insuffisamment contrôlé, la tendance actuelle est de proposer plus précocement des corticoïdes inhalés à faible dose plutôt que des cromones [8] [9]. Dans l'étude AIRE, les corticoïdes inhalés n'ont été utilisés que par 33,5 % des enfants classés dans le groupe « asthme persistant léger », 32,7 % des enfants du groupe « asthme persistant modéré » et 25,8 % des enfants du groupe « asthme persistant sévère ». Cette sous-utilisation des corticoïdes inhalés, notamment dans les stades les plus sévères, contribue très certainement au mauvais contrôle de l'asthme observé dans cette étude.

Surestimation du contrôle de l'asthme

Un autre facteur ayant pu contribuer à l'insuffisance du contrôle de l'asthme est la surestimation de ce contrôle par les parents interrogés. En effet, une nette discordance a été observée entre la perception du contrôle de la maladie et la sévérité des symptômes rapportés ( fig. 2). Ainsi, 61 % des parents d'enfants classés dans le groupe « asthme persistant sévère » ont estimé que l'asthme avait été complètement ou bien contrôlé au cours des quatre semaines précédentes (76 % en France). Ce chiffre est encore plus élevé que chez les adultes de l'enquête AIRE, où 49 % des patients du groupe « asthme persistant sévère » considéraient que leur maladie était bien contrôlée [18]. Il témoigne à la fois d'une mauvaise perception de la maladie et d'une méconnaissance des objectifs du contrôle de l'asthme : les parents des enfants asthmatiques sévères estiment probablement que leur enfant ne peut mener une vie normale, notamment concernant les activités sportives, et acceptent la survenue des symptômes comme inéluctable. Ces croyances participent à une demande insuffisante de soins et peuvent contribuer à la sous-estimation du degré de sévérité de la maladie par le médecin, limitant ainsi la prescription d'un traitement de fond. L'une des priorités du praticien devrait donc être de mieux informer les patients sur les objectifs du contrôle de l'asthme pour les rendre plus exigeants en matière de retentissement de la maladie sur les activités. Il s'agit bien ici de renforcer les connaissances en matière d'objectifs thérapeutiques, et non plus seulement de chercher à convaincre les parents du bien-fondé des différents traitements. Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que, dans cette étude, la raison la plus souvent avancée par les parents pour expliquer l'amélioration de l'asthme est l'introduction de nouveaux médicaments plus efficaces.

Surveillance insuffisante

Plus de 3 enfants sur 5 n'ont jamais eu d'exploration de leur fonction respiratoire (tableau II). De plus, seulement 7 % des enfants utilisaient un débitmètre de pointe au moins une fois par semaine. Si l'utilisation du débitmètre de pointe est encore loin d'être répandue de manière optimale en Europe, elle reste généralement réservée à la catégorie des enfants les plus sévèrement atteints, ayant le plus souvent déjà été hospitalisés pour crise d'asthme. Il n'en va pas de même pour l'exploration fonctionnelle respiratoire, recommandée dans le bilan initial de tout asthme [5] [21]. La sous-utilisation de l'exploration de la fonction respiratoire participe du mauvais contrôle de l'asthme puisque l'un des objectifs du contrôle est justement la normalisation de cette fonction respiratoire. Or, la spirométrie et la courbe débit-volume sont réalisables chez l'enfant dès l'âge de 5-6 ans, donc auraient pu être utilisées chez un grand nombre des sujets de l'étude. Parmi les autres méthodes préconisées dans le suivi et la prise en charge de l'asthme, la faible proportion de plans d'action écrits (globalement 24 % des cas, et 44 % en France) doit être soulignée. Même les pays pour lesquels des recommandations nationales valorisent l'utilisation des plans d'action restent en retrait par rapport à la moyenne. A cet égard, l'exemple du Royaume-Uni est évocateur : dans ce pays, seulement 9 % des enfants possédaient un plan d'action, alors que la British Thoracic Society recommande leur utilisation depuis 1993 [3]. L'utilisation de plans d'action permet une meilleure connaissance de la maladie et de la conduite à tenir en cas d'exacerbation modérée ou sévère : elle participe à un meilleur contrôle de l'asthme.

Conclusion

Les résultats de l'étude AIRE indiquent que les enfants asthmatiques européens âgés de moins de 16 ans sont insuffisamment contrôlés, traités et suivis. Le contrôle insuffisant de l'asthme peut en partie être expliqué par des facteurs parentaux (surestimation du contrôle de la maladie) mais aussi médicaux (sous-utilisation des corticoïdes inhalés, des plans d'action écrits et des épreuves fonctionnelles respiratoires). Outre la reconnaissance des différents degrés de sévérité de la maladie au long cours et des conséquences thérapeutiques en découlant, l'une des priorités des praticiens européens pourrait consister à mieux informer les enfants et leurs parents sur les objectifs du contrôle de l'asthme, de manière à les rendre plus exigeants en matière de retentissement de la maladie sur les activités. En effet, si les résultats globaux de l'étude AIRE ont montré un grand décalage entre la réalité et les objectifs de prise en charge décrits dans les recommandations internationales [18], le contrôle insuffisant de l'asthme des enfants européens s'accompagne d'importantes répercussions sociales, notamment en termes de limitation des activités sportives et d'absentéisme scolaire, qui devraient inciter à améliorer la prise en charge pédiatrique thérapeutique et éducative.

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