Imagerie de l’âme - 10/03/16
, Jean-Claude Rolland 2Résumé |
L’invention d’une technique permettant de voir avec certitude l’intérieur du corps a été génératrice d’un progrès incommensurable. Comme tout progrès, elle a été aussi génératrice de résistances, d’angoisse, comme on l’a vu avec les découvertes de Pasteur. Mais bien plus, longtemps il fut interdit de disséquer les cadavres ; Léonard de Vinci, entre autres, transgressa cet interdit, il déterrait de nuit les corps récemment inhumés, ceci est l’anecdote. Il eut une conduite analogue en tant que peintre : un des plus illustres critique d’art contemporain, Daniel Arasse, montre à propos de La Joconde que ce qui soutient son génie novateur est une certaine invention du portrait permettant de rendre visibles les mouvements les plus secrets de l’âme.
Ils ne sont pas complètement contemporains, mais au moment où Rœntgen invente la radiologie, Freud invente la psychanalyse : une procédure permettant de visualiser cette substance immatérielle de l’esprit, immatérielle mais insistante, composées de représentations, d’émotions déterminant massivement la conduite des hommes et leurs maladies psychiques. C’est métaphorique, mais c’est vrai : il y a un squelette de l’âme et une chair. Il est vraisemblable que le squelette suit une certaine fonction du langage, tel qu’il est reçu par l’enfant avant même qu’il ne se l’approprie en le parlant. Dans le même sens, on peut dire que la littérature, depuis sa naissance immémoriale, cherche généralement à se représenter, à voir donc, l’intérieur de l’esprit, la vie de l’âme : Marcel Proust est un représentant majeur de cette fonction littéraire.
J’imagine que le patient profane qui se soumet à l’examen radiologique, outre l’angoisse se liant à ce qu’on lui découvrira d’une maladie, est, plus secrètement, affecté par cette vieille peur d’essence religieuse de transgresser l’interdit de voir au-delà de ce qui est permis. Elle retrouve encore la peur et l’excitation que tout enfant connaît à voir et être vu. Hergé en a donné un exemple fort éloquent en mettant en scène les illustres Dupont et Dupond découvrant, dans un laboratoire où ils enquêtent, leurs squelettes mutuels sur l’écran d’un appareil de radioscopie.
Pour être irrationnelle cette peur-là n’en est pas moins réelle. Il y a donc un paradoxe tendu entre l’intelligibilité immédiate et la performance des examens radiologiques, aussi sophistiqués soient-ils, et la façon dont ils sont intimement appréhendés par les patients : comme des mystères insondables dont les soignants sont les officiants solennels et tout puissants. Comment dans l’accompagnement des malades prendre en compte cette arrière-scène silencieuse ?
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Vol 43 - N° 2
P. 73 - mars 2016 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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