Piège diagnostique en consultation de pathologies professionnelles : à propos d’un cas - 02/06/16
, Paul Frimat, Nunzia Tacelli, Nadège Lepage, Dorothée Even, Sophie Fantoni-Quinton, Catherine NisseRésumé |
Cas clinique |
Nous rapportons l’histoire clinique de monsieur P., âgé de 58ans, adressé à notre consultation par son médecin du travail pour recherche d’une étiologie professionnelle de sa dermatose. Monsieur P. exerce la profession de mécanicien automobile. Sa dermatose a des répercussions sur le plan professionnel. L’interrogatoire révèle une exposition à l’amiante de plus de 10ans. Monsieur P. présente des lésions érythémateuses hyperkératosiques symétriques de la face dorsale des mains et des pieds avec lésions unguéales, de la face antérieure et postérieure de l’abdomen, des avants bras et des jambes, évoluant depuis 20 mois. Dans ses antécédents, on note un diabète de type 2, une hypertension artérielle, une BPCO post-tabagique. Il fume 20 cig/jour avec un tabagisme chiffré à 30 PA. Son traitement comporte ramipril, repaglinide, bétaméthasone crème. La metformine remplace le sitagliptine. Plusieurs hypothèses diagnostiques ont été évoquées : un psoriasis, une gale, une hématodermie, une dermatose bulleuse. L’examen anatomo-pathologique de la biopsie cutanée d’une lésion de la face postérieure du thorax met en évidence des lésions de dermo-épidermite avec présence d’assez nombreux éosinophiles, une absence d’élément suspect de malignité. L’examen du sérum ne révèle aucun auto-anticorps circulant anti-épiderme. Le prélèvement mycologique unguéal est négatif. L’hypothèse d’une toxidermie au sitagliptine est réfutée compte tenu de la persistance des lésions à l’arrêt du sitagliptine. Devant l’aspect des lésions, l’étiologie professionnelle n’est pas retenue, un syndrome paranéoplasique est suspecté. Un mois plus tard, monsieur P. est hospitalisé pour une décompensation de sa BPCO sur pneumopathie et le diagnostic de carcinome épidermoïde du lobe supérieur droit est effectué. Monsieur P bénéficie d’un traitement chirurgical et par chimiothérapie. Cette prise en charge a permis la disparition des lésions dermatologiques.
Discussion et conclusion |
Le diagnostic d’acrokératose paranéoplasique de Bazex révélant un carcinome pulmonaire est confirmé. Ce syndrome est associé à des carcinomes épidermoïdes notamment pulmonaires. Il précède le cancer chez 67 % des patients. Son traitement repose sur le traitement de la tumeur. Deux hypothèses physiopathologiques sont actuellement retenues : une réactivité anti-génique croisée entre la tumeur et la peau ou des facteurs de croissance kératinocytaires secrétés par la tumeur. Le cancer bronchopulmonaire a été reconnu en maladie professionnelle compte tenu de l’exposition à l’amiante (tableau 30 bis).
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Dermatite, Hyperkératosique, Syndrome paranéoplasique, Syndrome de Bazex
Plan
Vol 77 - N° 3
P. 451 - juin 2016 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
