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La vulnérabilité en question ? - 16/09/17

Doi : 10.1016/j.jemep.2017.06.002 
B. Ennuyer  : Docteur en sociologie, HDR, enseignant chercheur à l’université Paris-Descartes
 EA 4569, laboratoire PHILéPOL et laboratoire d’éthique médicale et de médecine légale, 45, rue des Saints-Pères, 75006 Paris, France 

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Résumé

Être vulnérable, c’est pouvoir être blessé : blessé physiquement, blessé moralement et psychiquement ou blessé socialement quand on est mis au ban de la société. La vulnérabilité dans nos sociétés présente de nombreux visages : chacun d’eux constitue une expérience singulière de la fragilité ou de la dépendance, de la domination presque toujours, dans une société individualiste qui tend à rendre chacun responsable de sa vie et de son destin. En l’espace d’une décennie, la vulnérabilité est devenue une notion centrale dans la réflexion sociale et politique. Suivant les contextes et les auteurs, « vulnérabilité » renvoie à fragilité, dépendance, perte d’autonomie, exclusion, invisibilité sociale, précarité, désaffiliation, etc., et ce souvent dans la plus grande confusion. De plus, ces différents termes sont très souvent utilisés pour décrire et enfermer dans ces catégorisations, des groupes de personnes plus ou moins mises en marge de la société : les personnes âgées, les personnes déficientes ou en situation de handicap, les chômeurs, les pauvres, les immigrés, les mal-logés, etc. Enfin, ces termes s’inscrivent la plupart du temps dans une vision négative et déficitaire des populations qu’ils contribuent ainsi à stigmatiser. L’impossibilité pour certains d’entre nous de se faire entendre et de se faire comprendre par autrui est devenue une source majeure des nombreuses situations de vulnérabilité auxquelles chacun d’entre nous peut se trouver confronté. Cette vulnérabilité « linguistique ou langagière » (Paul Ricœur) est sans aucun doute, aujourd’hui, une des formes majeures des situations de vulnérabilité, tant le langage oral ou écrit est un des véhicules privilégiés de la communication entre les êtres humains. Dans la littérature courante, la vulnérabilité est considérée comme un état de la personne et le plus souvent associée, voire confondue, avec la fragilité. Logiquement, les populations les plus fragiles sont alors étiquetées systématiquement comme les plus vulnérables, telles les populations pauvres, les personnes handicapées et les personnes âgées. Il paraît donc urgent de sortir de cette confusion sémantique. Si la fragilité ou la déficience peut être vue comme une dimension intrinsèque et un état de l’individu à un moment donné de sa vie, la vulnérabilité est bien d’abord et avant tout une dynamique et une interaction entre la personne et son environnement au sens large. La vulnérabilité des individus porte avant tout la marque du rapport à l’autre, elle réside essentiellement dans l’exposition à l’autre. D’ailleurs plutôt que d’une vulnérabilité attribut d’un sujet, il est donc préférable de parler d’une situation de vulnérabilité dans laquelle se trouve engagé ce même sujet. La fragilité due à une déficience ou un déficit de l’individu peut donc ne pas conduire à une situation de vulnérabilité grâce à un environnement adéquat (au sens très large) susceptible de permettre à l’individu de choisir son mode de vie et de mettre en actes ses désirs et ses valeurs, même s’il ne peut y arriver tout seul. Cela nous permet d’aborder quelques pistes d’un fonctionnement social propre à réduire les situations de vulnérabilité grâce aux notions d’autonomie relationnelle, de capabilités et de société inclusive. Qu’on parle de société inclusive, de société accessible, de société de capabilités, l’idée commune sous-jacente à tous ces termes est celle d’une société d’individus où chaque personne soit le moins possible confrontée à des situations qui la rendraient plus vulnérable que la moyenne des individus qui composent cette société. En effet, vulnérables, nous le sommes tous, parce que chacun se constitue dans le rapport à autrui. Par ailleurs, contrairement à une idée communément reçue, la vulnérabilité et l’autonomie ne s’opposent pas, elles sont la condition l’une de l’autre et ce de façon réciproque. La vulnérabilité est notre fonds commun d’humanité et c’est seulement à partir de cette reconnaissance de notre vulnérabilité commune que nous pouvons contribuer à l’autonomie de ceux qui apparaissent plus vulnérables que nous.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Summary

Being vulnerable means being hurt: physically injured, morally wounded and psychologically or socially injured when banned from society. Vulnerability in our societies presents many faces: each of them constitutes a singular experience of fragility or dependence, almost always domination, in an individualistic society that tends to make everyone responsible for his life and destiny. Within a decade, vulnerability has become central to social and political thinking. According to contexts and authors, “vulnerability” refers to fragility, dependence, loss of autonomy, exclusion, social invisibility, precariousness, disaffiliation, etc. And this often in the greatest confusion. Moreover, these different terms are very often used to describe and enclose groups of people who are marginalized in society: the elderly, people with disabilities or persons with disabilities, the unemployed, the poor, Immigrants, homeless people, etc. Finally, these terms present a negative and deficient view of the populations that they contribute to stigmatize. The inability for some of us to be heard and to be understood by others has become a major source of the various situations of vulnerability that each of us may face. This “linguistic or linguistic” vulnerability (Paul Ricœur) is undoubtedly one of the major forms of situations of vulnerability, since oral and written language is one of the privileged vehicles of communication between human beings. In the current literature, vulnerability is considered as a state of the person and most often associated with, or even confused with, frailty. Logically, the most fragile populations are then systematically labeled as the most vulnerable, such as the poor, the disabled and the elderly. It seems therefore urgent to get out of this semantic confusion. If frailty or disability is an intrinsic dimension and a state of the individual at some point in his/her life, vulnerability is first and foremost dynamics and an interaction between the person and his wider environment. The vulnerability of individuals is above all the mark of the relation to the other, it resides essentially in the exposure to the other. Besides, rather than a vulnerability attribute of a subject, it is therefore preferable to speak of a situation of vulnerability in which is engaged the same subject. The fragility due to a deficiency or deficiency of the individual may therefore not lead to a situation of vulnerability through an adequate environment (in the broadest sense of the term) capable of enabling the individual to choose his/her way of life and to implement his desires and values, even if he cannot do it alone. This allows us to tackle some of the ways in which social functioning can reduce situations of vulnerability through the concepts of relational autonomy, capabilities and inclusive society. The common idea underlying all these terms is an inclusive society, an accessible society, a society of capabilities, a society of individuals where each person is as little as possible confronted with situations that would make them more vulnerable than the average of the individuals who make up this society. In fact, we are all vulnerable because each one is constituted in the relationship with others. On the other hand, contrary to a commonly held idea, vulnerability and autonomy are not opposed; they are the condition of each other and in a reciprocal way. Vulnerability is our common fund of humanity and it is only based on this recognition of our common vulnerability that we can contribute to the autonomy of those who appear more vulnerable than we are.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Altérité, Autonomie relationnelle, Capabilités, Exclusion, Fragilité, Interaction, Interdépendance, Précarité, Société inclusive, Vulnérabilité

Keywords : Otherness, Relational autonomy, Capabilities, Exclusion, Fragility, Interaction, Interdependence, Precariousness, Inclusive society, Vulnerability


Plan


 Avant-propos : Cet article reprend dans ses grandes lignes la réflexion que j’ai proposée le 22 mai 2016, lors de la Journée de restitution du travail du comité, dont je fais partie, de coordination nationale de la réflexion éthique de l’Association des paralysés de France et de la publication qui en est issue « personnes en situation de handicap, familles, professionnels, des liens en tension ». Que tous les membres de ce comité soient ici profondément remerciés pour cette réflexion partagée.


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Vol 3 - N° 3

P. 365-373 - juillet 2017 Retour au numéro
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