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Vaccination des patients atteints de maladies autoimmunes systémiques : évaluation des réticences des patients et de leurs médecins généralistes en Martinique - 23/11/17

Doi : 10.1016/j.revmed.2017.10.382 
K. Polomat 1, , V. Mtoumo 1, F. Moinet 1, M. Blettery 2, L. Brunier 2, M. Debandt 2, C. Deligny 1
1 Médecine interne, CHU de Martinique, hopital Pierre Zobda Quitman, Fort-de-France, Martinique 
2 Rhumatologie, CHU Martinique, Fort-de-France, Martinique 

Auteur correspondant.

Résumé

Introduction

Les infections causent une importante morbi-mortalité chez les patients atteints de maladies auto-immunes (MAI). La vaccination est un des seuls moyens de prévention. Avec l’émergence ces dernières décennies, de nombreuses polémiques en population pédiatrique, les réputations des différents vaccins ont une influence sur la couverture vaccinale. Le concept de « vaccine hesitancy » ou « défiance envers la vaccination » décrivant le continuum d’attitudes de refus de la vaccination rend compte des facteurs influençants personnels (expérience antérieure de la maladie à prévention vaccinale, perception de l’importance de la vaccination et du risque, confiance envers les professionnels de santé), mais aussi des facteurs socio-économiques (normes sociales, coût des vaccins), politiques (programme de politique vaccinale, communication et promotion de la santé publique) et culturels (convictions morale et religieuse). L’objectif de notre étude était d’évaluer les réticences à la vaccination de cette population et de leurs médecins généralistes (MG) dans notre population.

Patients et méthodes

Il s’agissait d’une étude prospective, transversale et monocentrique menée de février à juin 2016 au sein du centre de Compétences des maladies auto-immunesen Martinique. Les patients remplissaient un auto-questionnaire évaluant leur connaissance de leur statut vaccinal vis-à-vis des 3 principaux vaccins recommandés (grippe saisonnière, pneumocoque et Diphtérie, Tétanos, Poliomyélite [DTP]) et les principales réticences face à la vaccination évoquées dans la littérature. Leurs médecins traitants étaient interrogés par entretien téléphonique.

Résultats

Au total, 210 patients ont été inclus, dont 84 % (n=176) de femmes, d’âge moyen de 51,4 ans (écart-type±14,4 ans). Il s’agissait principalement de patients atteints de lupus systémique (56 %, n=84), de syndrome de Gougerot-Sjogren primitif 20 % (n=37), de polyarthrite rhumatoide 11 % (n=21), de sclérodermie systémique11 % (n=21), de myosites 5 % (n=9) et de maladie de Horton 3 % (n=5). Soixante-six MGont ont pu être interrogés (taux de réponse=34,7 %) ; les autres refusaient essentiellement par manque de temps ou d’intérêt pour le sujet. Parmi les patients, 68,5 % (n=135) déclaraient être vaccinés contre le DTP, 29,8 % (n=62) contre la grippe, 47,2 % (n=93) contre le pneumocoque. Deux patients sur dix (n=38, soit 18,6 %) refusaient la vaccination et 39,5 % (n=83) en avaient peur. Trois médecins sur dix (n=18, soit 27,3 %) étaient réticents. La principale cause de réticence était la peur des effets secondaires pour 83,1 % des patients et 88,9 % des médecins avec notamment celle de déclencher une poussée de la maladie auto-immune pour 65,1 % des patients et 88,9 % des médecins. L’appréhension de provoquer la maladie à prévention vaccinale était rapportée chez 57,8 % des patients et 77,8 % des MG. Le doute de l’efficacité des vaccins était présent pour 50,6 % des patients et 66,7 % des MG. Deux tiers des patients (63,6 %) déclaraient ne pas avoir reçu de proposition de vaccination de la part de leurs MG et, plus de la moitié jugeait insuffisante la qualité des informations dont ils disposaient sur la vaccination. La moitié des MG déclaraient le manque de temps comme un frein pour convaincre les patients. Un quart des MG(24,2 %, n=16) pensaient que le rôle de vacciner ces patients revenait aux spécialistes et 39,4 % (n=26) pensaient que ce rôle devait être partagé.

Discussion

Si nos patients ne semblent pas plus réticents que ceux interrogés par l’équipe de Verger et al. (39,5 % dans les 2 études), les MG de Martinique semblent beaucoup moins convaincus par l’importance de la vaccination dans cette population. La part importante de MG qui refusent de répondre amoindrit nos conclusions, mais pourrait être lié aussi à leur opinion souvent négative de la vaccination sur ce terrain. La conjonction des peurs des patients et de leurs médecins traitants rend la réticence face à la vaccination plus tenace.

Conclusion

Une meilleure collaboration entre professionnels de santé, une formation des médecins généralistes et l’élaboration de nouvelles stratégies de communication sont nécessaires pour tenter de réduire les oppositions des médecins généralistes et in fine les doutes de leurs patients.

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