Impact d’une prise en charge diététique précoce et active sur les toxicités de grade 3 ou plus chez des patients en première ligne de chimiothérapie pour cancer colorectal métastatique - 15/11/18
, E. François 2, P. Bachmann 3, A. Abakar Mahamat 1, T. Mazard 4, F. Khemissa 5, L. Mineur 6, J.-F. Seitz 7, P. Senesse 8, S. Schneider 1, X. Hébuterne 1Résumé |
Introduction et but de l’étude |
Chez les malades atteints de cancer, la dénutrition induit une perte de chance. Le but de ce travail était d’évaluer le bénéfice d’une prise en charge diététique précoce et active chez des patients en première ligne de chimiothérapie pour cancer colorectal (CCR) métastatique.
Matériel et méthodes |
Dans une étude prospective, multicentrique, des patients non dénutris ont été randomisés pour bénéficier (G1) ou non (G2) d’une prise en charge diététique précoce et active. Les patients du G1 recevaient des conseils nutritionnels par un diététicien au début du traitement, puis tous les 15j ; ceux du G2 avaient une prise en charge standard. Dans les deux groupes, des compléments nutritionnels oraux (CNO) ou une nutrition artificielle (NA) étaient prescrits selon les recommandations. L’objectif principal était d’évaluer la survenue de toxicité grade 3 ou plus au cours du suivi de 1 an. Pour mettre en évidence une différence de 20 % entre les deux groupes avec une puissance de 80 % au risque α=0,05, le nombre de sujets nécessaires était de 80 par groupe. Les analyses ont été réalisées par régression logistique ou test du Chi2. Une différence était significative pour p<0,05.
Résultats et analyse statistique |
Cent soixante-treize patients ont été évalués en ITT : G1 (n=85, F/H : 31/54, 64±13 ans) ; G2 (n=88, F/H : 34/54 ; 63±12 ans). Le nombre de sites métastatiques, le performance status (PS 0/1/2 : 47/38/0 vs 44/41/3) et l’IMC à l’inclusion (24,9±3,6 vs 26,3±4,0) étaient identiques. Les chimiothérapies (FOLFIRI 50,6 vs 52,3 %, FOLFOX 30,6 vs 29,5 %, FOLFIRINOX 11,8 vs 10,2 % ou 5 FU seul 7,0 vs 8,0 %) étaient identiques dans G1 et G2. Une thérapie ciblée était associée chez 63,5 et 71,6 % des malades. Une toxicité de grade 3 ou plus était observée chez 49,4 % des patients du G1 et 67 % du G2 (RR=0,367 ; IC 95 % : 0,186–0,722 ; p=0,0037). Le délai médian de survenue de la toxicité était de 359j (182–…) vs 169j (118–252). 9,4 % des patients du G1 et 19,3 % du G2 sont décédés (p=0,065). Les apports énergétiques et protéiques des patients du G1 étaient supérieurs de 222±76kcal/j et 11,4±4,8g/j à ceux du G2 (p=0,004). Les variations de poids étaient en faveur du G1 (p=0,007) ; à M3 les patients du G1 avaient un poids stable et ceux du G2 avaient perdu −1,2±0,6kg. À M6, 14,8 % des patients du G1 et 30,8 % des patients du G2 (p=0,03) étaient dénutris ; 41,4 % des patients du G1 et 26,9 % de ceux du G2 (p=0,087) avaient un PS 0. Des CNO ont été prescrits chez 48,2 % du G1 et 61,4 % du G2 (p=0,08) et une NA chez 7,1 % du G1 et 14,8 % du G2 (p=0,105).
Conclusion |
Cette étude démontre qu’une prise en charge diététique précoce et active réduit le risque de développer une toxicité de grade 3 et plus chez des malades en première ligne de chimiothérapie pour CCR métastatique. Même si une extrapolation des résultats à d’autres situations reste à démontrer, ce travail plaide pour une systématisation de la prise en charge diététique chez les malades traités par chimiothérapie.
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Vol 32 - N° 4
P. 231 - novembre 2018 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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