OPPIUM : étude Observationnelle des PrescriPtions d’Ipp au long cours dans une unité de médecine interne - 28/11/18
, L. Grange, M. Giraud, H. Munoz-Pons, M. Killian, P. CathébrasRésumé |
Introduction |
Les inhibiteurs de la pompe à proton (IPP) sont commercialisés en France depuis 1987. Les IPP ont longtemps été considérés comme peu pourvoyeurs d’effets secondaires et possédant un profil de tolérance satisfaisant favorisant l’allongement de leur prescriptions. Cependant, de nouvelles données rapportent de nombreux effets secondaires. L’objectif de notre étude était d’analyser les prescriptions d’IPP et leur devenir chez des patients hospitalisés dans un service de médecine interne.
Matériels et méthodes |
Nous avons mené une étude observationnelle, rétrospective, monocentrique dans le service de médecine interne du CHU de Saint-Étienne. Tous les patients hospitalisés dans le service de médecine interne entre le 01/02/18 et le 31/03/2018 et ayant une prescription ambulatoire d’IPP datant d’au moins 8 semaines ont été inclus. Les données recueillies concernaient les caractéristiques du patient, la prescription d’IPP et des traitements associés, ainsi que le devenir de la prescription d’IPP en cours d’hospitalisation. À partir des recommandations françaises, des fiches résumées des caractéristiques des produits et de la synthèse proposée par Sauvaget et al. nous avons classé les indications de prescription des IPP en « accord » ou en « désaccord » avec les recommandations de bonnes pratiques (RBP). Les prescriptions d’IPP des patients suivis pour une atteinte œsophagienne suspectée dans le cadre d’une sclérodermie étaient considérées comme en « accord » avec les RBP.
Résultats |
Parmi les 190 patients hospitalisés, 42 (22,1 %) avaient un traitement par IPP prescrit depuis au moins 8 semaines. L’âge moyen était de 73,4±12,9 ans, il y avait 22 femmes et 20 hommes. Le score de Charlson simplifié médian était de 3 (1,00 ; 5,00), avec une majorité de patients vivant à domicile (95,1 %). Vingt-quatre patients (59 %) étaient complètement autonomes pour leur prise médicamenteuse, 17 patients (41 %) avaient besoin d’une aide humaine. Plus de la moitié des patients ont été hospitalisés dans le service de médecine interne via les urgences de l’hôpital (61 %), principalement pour prise en charge d’une pathologie infectieuse. Le nombre de traitements prescrits sur l’ordonnance ambulatoire était en médiane de 10 (8,00 ; 12,00). En dehors de l’IPP, le traitement le plus prescrit était le paracétamol (27/41 ordonnances soit 66 %). Trente-quatre patients (83 %) avaient une prescription d’antiagrégant plaquettaire et/ou d’anticoagulant. Aucune ordonnance ne comportait de traitement par anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS). Les IPP les plus prescrits étaient le pantoprazole (46 %), suivi de l’ésoméprazole (34 %) et de l’oméprazole (9,8 %). Vingt-huit patients (68 %) avaient une prescription d’IPP en désaccord avec les recommandations françaises. Les indications hors recommandations les plus fréquentes étaient l’association à un antiagrégant seul ou à un anticoagulant seul dans 46 % des cas. Trois patients avaient une prescription d’IPP associé à une corticothérapie seule sans autre traitement gastrotoxique ou à risque hémorragique. Dans 2 cas, l’indication n’était pas retrouvée. Les IPP étaient prescrits en ALD30 dans 70 % des cas. À la sortie d’hospitalisation, une seule prescription d’IPP a été suspendue.
Discussion |
Notre étude rétrospective menée dans un seul service de médecine interne d’un CHU montre qu’environ 20 % des patients hospitalisés ont une prescription au long court d’IPP, et que deux tiers de ces prescriptions ne sont pas en accord avec les recommandations françaises de prescription des IPP. Malgré les nombreuses limites de notre travail, nos résultats sont assez proches de ceux retrouvés dans d’autres études. En 2009, un recueil prospectif des prescriptions des patients admis dans un service de médecine interne avait trouvé un taux de conformité avec les indications d’AMM des prescriptions d’IPP de 32 %. En milieu gériatrique, ce taux s’élevait à 60 %. La sur-prescription d’IPP pose des problèmes, tant au niveau individuel avec des effets secondaires potentiellement graves, qu’au niveau collectif avec un coût important pour la société. Ce constat a mené à une réflexion autour de la bonne prescription des IPP. La liste « top 5 » de la SNFMI place en 1re position la recommandation de ne pas prescrire d’IPP au long cours sans une réévaluation régulière de l’indication. Cependant, la déprescription des IPP est difficile. Des protocoles de déprescription sont en cours de développement.
Conclusion |
Ce travail montre qu’une majorité des prescriptions d’IPP des patients entrant en hospitalisation est non conforme aux RBP. Une étude prospective, en cours, est menée pour confirmer ces résultats et analyser les représentations, les bénéfices et risques perçus, ainsi que l’adhérence des patients à leur traitement par IPP.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Plan
Vol 39 - N° S2
P. A207-A208 - décembre 2018 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
