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ATS9-1 - 09/04/08

Doi : DOU-10-2007-8-HS1-1624-5687-101019-200600357 

D. Baudoin

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Problématique : À partirde l’expérience clinique et des cas rapportésdans l’atelier, les questions posées sont :

  • la douleur chroniquepeut-elle être un étayage psychique, un soutiennécessaire à l’équilibre psychique ?
  • comment le repérer ?
  • quelles sont, dans ce cadre-là, les formes de décompensation psychiatrique ?
  • y a-t-il une anticipation possible en cernant la personnalité ?
  • dans ce cadre, peut-on tout de même traiter la douleurou ne faut-il rien toucher à cet équilibre ?Comment peut-on sans risque de décompensation traiter ladouleur chronique d’un patient potentiellement psychiatrique ?
  • pour les algologues iconoclastes, les patients douloureux chroniquesque nous ne soulageons pas, ne sont-ils pas atteints de ces douleursnécessaires à leur équilibre et donc à leursurvie psychique ?

Transition entre un modèle de neuropathie hyperalgique du diabète, et une histoire de vie

Version médicale : La maladie d’Archer [1] ou neuropathiehyperalgique du diabète survient brutalement précédéeou accompagnée d’une perte de poids massive améliorantle diabète. La dépression et l’impuissancesont constantes et concomitantes des sensations de brûluredistales des membres liées à la neuropathie despetites fibres. Elle guérit spontanément en 10mois [2], [3].

Version histoire de vie (Algie ou désespoir – lecercle de vie de Maurice) : Aîné de troisfils, le jeune Maurice est né en Sicile, il y a soixanteans. Dans son petit village, il est difficile de nourrir sa famillepour son père ouvrier agricole. Il a 13 ans quandson père part pour Marseille et ses usines sucrières.Sa mère, très religieuse comme le sont les femmesdans son village, comme l’ont été sa mèreet sa grand-mère, ajoute un crucifix au-dessus du foyer.

Un an après, déchiré de devoir quittercette mère vénérée, il rejoint sonpère, là-bas, dans la riche métropole.

Là, le choc est violent. Il découvre les ruesbruyantes, l’espace mesuré de la ville. Son pèrevit au quartier du Panier. Maurice est sidéré quandil découvre la rue où niche son père :des femmes en tenue aguichante occupent les trottoirs. Les parolesincompréhensibles et chantantes de ces femmes, dont certaineslui sont adressées, sèment la panique dans satête de jeune campagnard égaré dans lesquartiers chauds de Marseille. Sa mère doit bientôtvenir les rejoindre : devra-t-elle, elle aussi, faire face à toutcela ?

Il a faim ; son père lui donne un croûtonde pain à tremper dans la soupe. Il a du mal à mettrede l’ordre dans ses idées, tout se mélangepour former un tourbillon d’où émergentles images saintes dont sa mère parsème les murs,les décolletés des créatures de la rue,sa peur, sa faim.

Son père l’envoie en apprentissage, au loin,et il ne sera pas là pour accueillir sa mère chérie.

Il se rappelle d’une filature humiliante faite à lademande de sa mère : son père quittantle foyer tous les soirs allait voir une de ces femmes de mauvaisevie.

Triste vie que celle de son enfance, humilié par sonpère, ses ignorances, il n’a pas pu protégersa mère dont il a fait une sainte. Elle est morte de tristesse,de déception.

Il a fait face ; il a fondé une famille aimante,a toujours travaillé, mais en gardant de la distance avecce père craint et peu aimé.

Quand il a fallu s’occuper de lui au quotidien, lui,le fils aîné et sa femme ont été là.Il fallait habiller, laver, faire manger le vieil homme épuisé.Le plus jeune frère joueur et dépensier, a extorqué un testamenten sa faveur à ce père qui lui ressemblait.

Lors du décès de ce père détesté etrecueilli par devoir, l’impression d’êtrefloué a été si forte que la vie de Mauricea basculé. Des brûlures intolérablesdes mains et des pieds dignes de tous les supplices de l’enfer,l’empêchent de dormir. Il n’a plus faimet perd 15 kg en quelques mois. Il revit dans ses insomniesces moments intolérables et qu’il avait voulugommer, enterrer dans une crypte secrète : sarabandesinfernales où défilent sa mère se signantdevant le crucifix, une femme mi-dénudée, leslèvres flamboyantes comme le jour de son débarquement à Marseille,qui rie et l’interpelle dans ce Marseillais qu’ila fini par comprendre, son père ironique ou indifférent à saprofonde détresse. Il ne peut parler de cela car la honteest trop grande. Il est coupable de ne pas avoir pu protégersa mère qui est morte quelques années après.

Il se tord de douleur dans ce lit d’hôpitaloù je le trouve cinquante ans après les faits.La prise en charge sera globale : ses douleurs brûlantessont une irritation des nerfs des mains et des pieds liée à une atteintequi touche au hasard d’abord les nerfs les plus longs c’est à direceux des pieds, puis ceux des mains. Cette maladie des nerfs toucheles nerfs les plus fins cad ceux de la douleur et de la sensationde froid et de chaud, elle est liée à un diabèteancien qui va disparaître avec la perte de poids massive.

Ancrée dans son cœur, la honte brûletout, la douleur le hante : il est anéanti.

Quelques paroles de compréhension et d’explication,un traitement de la douleur des nerfs et il réussit à faireconfiance : il va faire soixante ans après, cettedépression grave et profonde qu’il aurait pu faire à treizeans. Jamais auparavant, il n’a pu être accompagné etfaire assez confiance à un thérapeute.

Après un long cheminement de colère, de révolte,puis de tristesse, enfin d’acceptation, il retrouve sasérénité. La douleur était lestigmate de ce deuil jamais fait, celui de sa mère et deson enfance.




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Vol 8 - N° HS1

P. 54 - octobre 2007 Retour au numéro
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