Abcès prostatiques à Staphylococcus aureus sécréteur de leucocidine de Panton et Valentine compliqués de localisations secondaires graves : à propos de deux cas - 19/12/20
, G. Marie 2, M. Cabon 1, B. Matthias 3, C. Ficko 2, D. Andriamanantena 4Résumé |
Introduction |
Les abcès prostatiques (AP) représentent une complication rare des infections urinaires masculines. La prévalence de Staphylococcus aureus (SA) dans les infections urinaires masculines communautaires est faible. Certaines souches sont sécrétrices de leucocidine de Panton-Valentine (PVL), favorisant l’apparition d’abcès et de localisations secondaires graves.
Observation |
Cas no 1 : un homme de 61 ans consulte pour asthénie, fièvre, frissons, sueurs et signes fonctionnels urinaires. L’examen physique est sans particularité. Le bilan biologique retrouve une CRP à 284mg/L, une insuffisance rénale aiguë (créatininémie à 145μmol/L) et une cholestase anictérique. L’examen cytobactériologique des urines (ECBU) retrouvait une leucocyturie à 21 000 leucocytes/mL et, à la culture, un SA sensible à la méticilline et sécréteur de PVL. Une paire d’hémocultures prélevée de façon concomitante retrouvait la même bactérie. La tomodensitométrie (TDM) thoraco-abdomino-pelvienne met en évidence un abcès prostatique et une collection dans le muscle obturateur interne, tandis que l’échographie cardiaque transthoracique (ETT) ne montre pas de signe d’endocardite infectieuse. Le traitement consiste en une ponction évacuatrice trans-rectale échoguidée de l’abcès prostatique, associée à une antibiothérapie par cloxacilline IV puis cotrimoxazole PO. L’évolution initiale est défavorable avec apparition de cervicalgies d’horaire inflammatoire : une IRM et une TDM du rachis cervical mettent alors en évidence une ostéoarthrite cervicale C1–C2 avec infiltration de l’espace pré-vertébral. Une antibiothérapie par oxacilline relayée par rifampicine et levofloxacine pour une durée totale de 6 semaines a finalement permis une disparition de toutes les lésions. Cas no 2 : un homme de 50 ans consulte au retour du Bénin pour altération brutale de l’état général. L’examen physique est sans particularité. Le bilan biologique montre une hyperleucocytose à 15 200 leucocytes/mm3 et une CRP à 473mg/L. Une angio-TDM thoracique demandée devant des D-dimères positifs révèle plusieurs formations nodulaires excavées ou en voie d’excavation. Le patient décrit rapidement un flou visuel et l’examen ophtalmologique fait le diagnostic d’endophtalmie bilatérale. Les hémocultures, l’ECBU et une ponction de chambre antérieure mettent en évidence un SA résistant à la méticilline et sécréteur de PVL. L’ETT ne montre pas de signe d’endocardite infectieuse mais la TDM abdomino-pelvienne retrouve plusieurs abcès prostatiques. Une ponction trans-urétrale du plus gros abcès prostatique associée à une antibiothérapie prolongée (vancomycine IV puis levofloxacine et acide fusidique PO pendant 5 semaines et instillation intra-vitréenne de vancomycine, ceftazidime) ont permis une évolution générale favorable, en dehors d’une baisse de l’acuité visuelle persistante.
Discussion |
Les abcès prostatiques représentent une complication rare des prostatites bactériennes dont l’issue peut être fatale (3 à 30 % de mortalité) [1]. Le patient présente des signes fonctionnels urinaires (brûlures mictionnelles, dysurie pouvant se compliquer de globe vésical), une fièvre et des douleurs périnéales et lombaires. SA est une bactérie rarement impliquée (40 cas d’abcès prostatique à SA rapportés dans la littérature [2]), mais représente la première cause d’abcès de prostate acquis par voie hématogène. Par ailleurs, la prévalence des SA producteur de PVL est faible en France (<5 % en 2015). La PVL, en conférant une plus grande virulence à la bactérie, augmente le risque de complications graves en cas de bactériémie, incluant notamment les endocardites, les infections ostéoarticulaires, les infections des tissus mous, les abcès rénaux et les abcès prostatiques [3].
Conclusion |
Les infections urinaires masculines compliquées d’abcès prostatiques, avec bactériémie responsable de localisations secondaires potentiellement graves (spondylodiscite cervicale dans un cas, et endophtalmie dans l’autre) sont très rares ; l’expression de PVL par le SA semble clairement favoriser ce processus et doit faire rechercher systématiquement d’autres localisations.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Plan
Vol 41 - N° S
P. A152-A153 - décembre 2020 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
