Ambivalence, emprise, soutien. De la difficulté d’entourer le patient âgé à « suffisamment bonne » distance - 25/02/21
Ambivalence, control, support. Caring for the elderly patient at a “good enough” distance
, Céline Racin b, c| pages | 12 |
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Résumé |
Objectifs |
Avec la pandémie de Covid-19, la restriction, voire l’interdiction des visites des proches en Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) et en Unité de Soins de Longue Durée (USLD) sous un motif de protection, notamment des plus vulnérables, a relancé le débat sur la question de la place et du rôle de l’entourage auprès des personnes âgées. L’importance des liens dans le soutien des investissements objectaux et narcissiques des personnes âgées s’est trouvée ainsi réhaussée, au risque cependant d’une homogénéisation et d’une idéalisation que le présent article se propose de problématiser en dégageant quelques aspects des dynamiques intrapsychiques et inter-relationnelles qui animent leur complexité inhérente.
Méthode |
À partir d’une analyse psychodynamique des conséquences de la pandémie de Covid-19 sur les modifications des liens entre le patient ou le résident âgé et son entourage, de son caractère de révélateur des mouvements complexes qui nourrissent la dynamique de ces liens et d’une vignette clinique issue d’une recherche en psychologie clinique et psychopathologie, les auteurs cherchent à repérer les processus psychiques intriqués dans la diversité des formes de présence et de motivation des « aidants naturels » et des « aidants professionnels ».
Résultats |
Si le contexte de pandémie a aussi montré les aménagements créatifs trouvés par les proches et les soignants pour maintenir des formes de présence et de liens « à distance » auprès des personnes âgées isolées et confinées, les différentes configurations de ces arrangements n’ont pas manqué par ailleurs de souligner les tensions, parfois teintées de rivalité, dans les négociations qui se disputent la place et le rôle des différentes figures, familiales et professionnelles, autour du sujet. C’est que la position d’aidant ne va en effet pas de soi et suppose une implication non réductible à ce qui se laisse saisir sur le plan fonctionnel et comportemental ; elle engage une exigence de travail psychique qui nécessite de puiser, sans s’aliéner, dans les mouvements identificatoires et projectifs inévitablement engagés dans la capacité d’être proche, pour permettre que l’ambivalence, l’empathie et le soutien, se déploient là où l’emprise, l’hostilité et l’excès d’excitation menacent toujours cette relation vécue dans la proximité. Cette disposition chez l’aidant rencontre également une disposition psychique singulière du côté de celui qui est aidé, pétrie d’une conflictualité vivante, quand bien même parfois étonnante lorsque, à l’instar de Georges, un patient de 86 ans, cet être-humain-proche est investi à condition que la relation d’aide et de soin, se soutienne, soutienne et nourrisse des revendications masochistes inconscientes.
Discussion |
Ces perspectives invitent à penser la pluralité des figures du proche et à resituer sa place dans une économie psychique et relationnelle articulant incessamment et étroitement les registres auto-conservatifs et psychosexuels. Elles soulignent par ailleurs la nécessité de porter attention à la manière de travailler, individuellement et collectivement, à une qualité de cette présence de l’entourage qui soit soutenue par des triangulations structurantes supportées par des possibilités d’étayage réciproque du groupe familial sur le groupe soignant et sur le dispositif institutionnel.
Conclusion |
Ces différentes propositions contribuent à préciser les formants de la conflictualité psychique impliquée d’une part dans les tensions horizontales existant entre les différents membres de l’entourage familial et professionnel et, d’autre part, dans les tensions verticales participant des dynamiques intergénérationnelles auxquelles, loin d’être des objets passifs, les adultes âgés concourent pleinement. Car derrière la préoccupation bienvenue qui amène à penser la qualité de présence des proches auprès des adultes âgés, il serait cependant regrettable de négliger la place cruciale et singulière qu’eux-mêmes occupent dans les dynamiques individuelles, familiales et sociétales, en tant que citoyens à part entière, membres de l’entourage de leurs proches, et figures essentielles à l’établissement des grands organisateurs psychiques ordonnant la différence des générations et l’orchestration des processus identificatoires.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Abstract |
Objectives |
In the wake of the Covid-19 pandemic, visits by relatives to Nursing Homes for the Elderly (EHPAD) and Long-Term Care Units (USLD) have been severely restricted or even prohibited in order to protect the residents and patients, especially the most vulnerable among them. This situation has revived the debate around the place and role of the relational entourage in caring for the elderly. The relevance of family ties in supporting the narcissistic and objectal cathexis of the elderly has thus gained recognition. There is, however, the risk of an emerging form of uniformization and idealization, which the present article seeks to address by highlighting some aspects of the intrapsychic and inter-relational dynamics that drive the inherent complexity of those bonds.
Method |
The authors seek to identify the psychic processes involved in varying forms of presence and of motivation of “natural caregivers” and “professional caregivers.” Their approach is based on a psychodynamic analysis of the consequences of the Covid-19 pandemic and the changes induced in the links between the patient or elderly resident and his or her entourage. Complex movements fueling the dynamics involved in these links are revealed. A clinical vignette based on research in clinical psychology and psychopathology is provided.
Results |
The pandemic context showed the creative strategies devised by relatives and carers to maintain forms of presence and links “at a distance” with isolated and confined elderly people. However, the various configurations of these arrangements also highlighted the tensions, sometimes tinged with rivalry, in the negotiations that inform the respective places and roles of family members and professionals around the subjects concerned. The caregiver's position is not self-evident and presupposes an involvement that cannot be construed on a merely functional and behavioral level. Rather, it requires a need for psychic work drawing on the identificatory and projective movements inevitably mobilized in closeness with the subject, without alienating oneself. Ambivalence, empathy, and support can then be deployed, where excessive control, covert hostility, and over-excitement are constant threats to such a necessarily close relationship. This disposition in the caregiver also encounters a singular psychic disposition on the part of the person being helped, informed by a lively conflictuality. This sometimes takes on surprising undertones, as in the case of Georges, an 86-year-old patient, where the caregiver as a “close-human-being” was fully recognized only on the condition that the relationship of help and care supported, sustained, and nourished unconscious masochistic needs.
Discussion |
These perspectives are an invitation to ponder the plurality of figures of the “close-human-being” and to find one's place in a psychic and relational economy where the self-preserving and psychosexual registers are in constant interplay. They also underline the need to focus on working, individually and collectively, on the quality of the entourage's presence. This is all mediated by a complex organizational pattern anchored in the potential for reciprocal support between the family group, the caregiving group, and the institutional setting.
Conclusion |
These various propositions help clarifythe components of the psychic conflictuality implied, on the one hand, in the horizontal tensions existing between the various members of the familial and professional circle and, on the other hand, in the vertical tensions inherent in intergenerational dynamics. The elderly are far from being passive objects in this and their contribution is essential. The concern to ensure the close involvement of the elderly person's relatives and foster the quality of the ensuing exchanges is laudable, indeed vital. This should not, however, lead us to downplay the crucial and singular place the elderly subjects themselves occupy in individual, family, and societal dynamics, as full citizens, members of their relatives’ entourage, and essential figures in the establishment of the great psychic organizing functions that structure the difference in generations and the psychic processes of identification.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Vieillissement, Aidant, Ambivalence, Covid-19, EHPAD, Psychosexualité
Keywords : Aging, Caregiver, Ambivalence, Covid-19, EHPAD, Psychosexuality
Plan
| ☆ | Toute référence à cet article doit porter mention : Verdon B, Racin C. Ambivalence, emprise, soutien. De la difficulté d’entourer le patient âgé à « suffisamment bonne » distance. Evol psychiatr 2021 ; 86(1) : pages (version papier) ou URL [date de consultation] (version électronique). |
Vol 86 - N° 1
P. 5-16 - mars 2021 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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