Le rapport lactulose/mannitol, marqueur de perméabilité intestinale, est augmenté au cours de l’anorexie mentale sans modification des autoanticorps dirigés contre les peptides de la prise alimentaire - 14/04/21
, N. Achamrah 1, P. Chan 2, C. Guérin 3, C. Bôle-feysot 3, J. Delay 1, G. Colange 1, M. Bubenheim 4, M.-P. Tavolacci 5, P. Déchelotte 1, 3, M. Coëffier 1, 3, 5Résumé |
Introduction et but de l’étude |
Le rôle de l’axe microbiote–intestin–cerveau dans la physiopathologie de l’anorexie mentale (AM) a émergé ces dernières années. La dénutrition est associée à une augmentation de la perméabilité intestinale mais les données au cours de l’anorexie mentale sont contradictoires. Dans les modèles murins d’anorexie, la perméabilité intestinale est augmentée alors que dans l’unique étude clinique chez des patientes AM (IMC moyen à 16,7kg.m−2), elle est diminuée. Notre étude visait donc à étudier la perméabilité intestinale chez des patients anorexiques et à associer ces résultats aux caractéristiques des autoanticorps dirigés contre des peptides régulant la prise alimentaire.
Matériel et méthodes |
Une étude cas-témoin a été réalisée. Pour chaque cas inclus (AM restrictive pure primo-hospitalisée, IMC entre 14 et 16kg.m−2), deux femmes témoins appariées pour l’âge et le statut tabagique ont été incluses. La perméabilité intestinale a été mesurée par l’excrétion urinaire de différents « sucres » : à jeun, les sujets ont bu une solution contenant 10g de lactulose, 5g de mannitol et 5g de sucralose. Les urines ont été ensuite recueillies pendant 24heures (en deux fractions, 0–5h et 5–24h). Leur concentration urinaire a été évaluée par spectrométrie de masse. Le taux et les affinités des autoanticorps dirigés contre la leptine, l’αMSH et la ghréline ont été mesurés, ainsi que les concentrations plasmatiques de ces peptides. Après un gain de poids de 10 %, ces évaluations ont été à nouveau réalisées. Les résultats sont exprimés en médiane [min–max].
Résultats et analyse statistique |
Dix-sept patientes anorexiques (28 [21–35] ans ; 14,9 [14,1–15,2] kg.m−2) et 34 témoins (26 [23–35] ans ; 22,3 [20,6–23,6] kg.m−2) ont été inclus. Au niveau plasmatique, la leptine était fortement diminuée chez les patientes AM (0,37 vs 5,94ng/mL, p<0,0001), alors que la ghréline totale était augmentée (344,1 vs 218,3 fmol/mL, p=0,0005), l’αMSH n’étant pas modifiée. Les concentrations plasmatiques et les affinités des anticorps dirigés contre la leptine, l’αMSH et la ghréline n’étaient pas modifiées. Concernant la perméabilité intestinale, le rapport lactulose/mannitol était significativement augmenté dans la fraction 0–5h chez les patientes AM (0,033 [0,013–0,116] vs 0,02 [0,008–0,045], p=0,0074) et dans la fraction 5–24h (0,115 [0,029–0,582] vs 0,083 [0,019–0,290], p=0,0174). L’excrétion urinaire de sucralose n’était pas significativement différente. Sept patientes ont été réévaluées après un gain de poids (+4,7 [4,0–5,0] kg, p=0,0156 ; IMC de 16,7 [15,8–17,0]) sans modification significative des marqueurs de perméabilité intestinale.
Conclusion |
Le rapport lactulose/mannitol est augmenté chez les patientes anorexiques dès 5heures suggérant une augmentation de la perméabilité intestinale proximale. Ces résultats ne sont pas associés à des modifications des autoanticorps dirigés contre les peptides régulant la prise alimentaire.
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Vol 35 - N° 1
P. 24 - avril 2021 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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