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Hyperferritinémies extrêmes : un nombre limité de causes et un mauvais pronostic - 24/11/21

Doi : 10.1016/j.revmed.2021.10.296 
M. Fauter 1, , S. Mainbourg 2, T. El Jammal 3, S. Zaepfel 4, T. Henry 5, M. Gerfaud-Valentin 6, P. Sève 6, Y. Jamilloux 6
1 Médecine interne, hôpital de la Croix-Rousse - HCL, Lyon 
2 Médecine interne, CHU Lyon Sud, Lyon 
3 Service de médecine interne, hôpital de la Croix-Rousse - HCL, Lyon 
4 Laboratoire de biochimie et biologie cellulaire, hôpital de la Croix-Rousse - HCL, Lyon 
5 Inserm u1111, Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI), Lyon 
6 Médecine interne, hôpital de la Croix-Rousse, Lyon 

Auteur correspondant.

Résumé

Introduction

La ferritine est utilisée le plus souvent comme indicateur de carence ou surcharge martiale. L’élévation de la ferritinémie est également un marqueur non spécifique d’inflammation, associée à diverses pathologies telles que les infections, les néoplasies ou les maladies inflammatoires systémiques [1]. La constatation d’une hyperferritinémie extrême est classiquement associée au syndrome d’activation lymphohistiocytaire (SALH), sans en être spécifique [2] et à un mauvais pronostic [3]. Cependant, les pathologies associées aux hyperferritinémies extrêmes et leur pronostic restent mal connus.

Patients et méthodes

Étude rétrospective incluant des patients âgés de ≥18 ans, ayant eu au moins un dosage de ferritine sérique ≥5000μg/L sur une période de deux ans, aux Hospices Civils de Lyon, France. Les pathologies associées à ces hyperferritinémies (classées en 10 groupes étiologiques) ainsi que l’évolution des patients (transfert en soins intensifs et mortalité) ont été analysées. Le Hscore a été calculé rétrospectivement chez tous les patients. Les caractéristiques cliniques et biologiques ont été comparées en fonction des groupes étiologiques.

Résultats

Sur 142 051 dosages de ferritine, 813 avaient une valeur ≥5000μg/L, représentant 495 patients, avec un suivi médian de 129 (1–1149) jours post-dosage. L’âge moyen au moment du dosage était de 56 (±17) ans et le ratio H/F de 1,3. La ferritinémie médiane était de 9128μg/L (5013–113 3280). 88 % des patients étaient immunodéprimés et 78 % avaient un antécédent de néoplasie (solide ou hématologique). Les causes de l’hyperferritinémie étaient multiples dans 81 % des cas.

Les étiologies les plus fréquentes étaient : les maladies infectieuses (38 %), le SALH (18 %), les hépatites aiguës (14 %) et les surcharges en fer (13 %). En l’absence d’autre cause d’hyperferritinémie, les néoplasies actives (solides ou hématologiques) représentaient 6 % des étiologies. Le syndrome de relargage cytokinique, les maladies systémiques et les hémolyses aiguës étaient plus rares. Il n’y avait aucun cas de néoplasie isolée pour des ferritinémies >10 000μg/L. La ferritinémie, en cas de surcharge en fer isolée, ne dépassait jamais 15 000μg/L. Pour les patients avec une ferritinémie >25 000μg/L, seuls quatre diagnostics étaient retrouvés : le SALH dans la moitié des cas, les maladies infectieuses, les hépatites aiguës et le syndrome de relargage cytokinique.

32 % des patients ont été transférés en soins intensifs et 28 % sont décédés au cours de leur hospitalisation. La mortalité globale à 6 mois était de 47 %, et de 68 % pour les patients avec une ferritinémie >40 000μg/L. Le taux de transfert en soins intensifs et la mortalité étaient statistiquement associés aux taux de ferritinémie (p<0,001). En analyse multivariée, chaque augmentation de ferritinémie de 10000μg/L était associé à une augmentation de 3 % de la mortalité, indépendamment du diagnostic sous-jacent et de l’âge (p<0,001).

La ferritinémie moyenne était statistiquement plus élevée chez les patients présentant un SALH par rapport aux autres étiologies. Le seuil de 13405μg/L correspondait à la meilleure sensibilité (76,4 %) et spécificité (79,3 %) pour le diagnostic de SALH. La ferritinémie était aussi un facteur prédictif de décès dans la population SALH (p<0,001). Le Hscore était significativement supérieur chez les patients SALH (212 vs 125, p<0,001). L’élévation des LDH était également associée au diagnostic de SALH (p<0,001) avec un seuil optimal à 953 U/L. Comparés aux patients ayant d’autres étiologies, ceux du groupe SALH avaient une CRP significativement plus élevée et un fibrinogène significativement plus bas (respectivement 169mg/L vs 128mg/L et 3,5g/L vs 4,8g/L, <0,001).

Conclusion

L’hyperferritinémie reflète différentes étiologies, mais seulement quatre causes rendent compte des valeurs extrêmes (>25 000μg/L), notamment le SALH et l’hépatite aiguë. L’hyperferritinémie extrême n’est donc pas spécifique du SALH mais doit toujours faire évoquer la possibilité de ce diagnostic. Elle est, indépendamment de la cause, associée à une surmortalité.

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Vol 42 - N° S2

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