Cas d’intoxication au dichlorvos : identification de métabolites et de produits de dégradation par une approche utilisant les réseaux moléculaires - 11/08/22
, Marie Lejeune c, Bruno Mégarbane c, d, Pascal Houzé a, e, Laurence Labat a, dRésumé |
Objectifs |
Décrire un cas d’intoxication au dichlorvos pour lequel une analyse non ciblée utilisant les réseaux moléculaires a été réalisée.
Introduction |
Le dichlorvos est un composé organophosphoré dont la toxicité est liée à l’inhibition irréversible des acétylcholinestérases. Cet insecticide, interdit en France, peut néanmoins être acheté sur internet sous la dénomination de SNIPER DDVP®. Nous rapportons ici le cas d’un homme de 43 ans présentant une intoxication sévère avec syndrome muscarinique, nicotinique et central marqués suite à l’ingestion de 50mL de SNIPER DDVP®, accompagné de 400mL de vodka. La prise en charge en réanimation avec support ventilatoire mécanique, administration d’atropine et de pralidoxime pendant 72h a permis sa survie et une sortie d’hospitalisation 22jours après admission.
Matériels et méthodes |
Une partie du contenu du flacon SNIPER DDVP® a été récupérée pour analyse. Des prélèvements sanguins et urinaires ont également été collectés dont ceux de l’arrivée après admission en soins intensifs. Pour chacun des prélèvements, une analyse non ciblée utilisant la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse à haute résolution (LC-HRMS) a été réalisée. Les données issues de cette analyse ont été retraitées à l’aide du logiciel MZmine 2.5 puis des réseaux moléculaires ont été construits sur la plateforme GNPS.
Résultats |
L’analyse du contenu du flacon a permis de mettre en évidence la présence de dichlorvos et de traces de trichlorfon. Dans le plasma, le trichlorfon et des traces de dichlorvos ont été identifiés tandis que seul le trichlorfon a été détecté dans les prélèvements urinaires. Par ailleurs, un ion de rapport m/z 220.9532, isomère de l’ion [M+H]+ du dichlorvos, a été détecté dans les prélèvements de plasma et d’urine. Une identification sur la base de l’analyse de son spectre de masse en tandem a permis d’identifier un métabolite du trichlorfon, nommé deschloro-trichlorfon. Certaines molécules ont également pu être identifiées tant dans le flacon que dans les prélèvements sanguins et urinaires et incluent le glycérol-deschloro-trichlorfon, le diméthylphosphate et le triméthylphosphate. Enfin, le trichloro-éthanol glucuronide et le dichloro-éthanol glucuronide, deux métabolites de phase II du trichlorfon et du dichlorvos, respectivement, ont également été identifiés dans le sang et l’urine de ce patient. La présence d’éthylglucuronide a également été mis en évidence dans les urines du patient et une alcoolémie de 2,73g/L a été déterminée.
Discussion |
L’analyse du contenu du flacon ingéré confirme les allégations indiquant que le dichlorvos est un des composés retrouvés dans le SNIPER DDPV®. La présence de traces de trichlorfon, composé organophosphoré, est en lien avec le procédé de synthèse du dichlorvos. En effet, le dichlorvos est synthétisé industriellement par déhydrochlorination du trichlorfon en milieu alcalin. Le dichlorvos n’est retrouvé qu’à l’état de traces dans le sang et n’est pas détecté dans les urines en raison de sa demi-vie plasmatique très courte, de l’ordre de 7 à 11min. La demi-vie plasmatique du trichlorfon, de 2,5 à 3h, permet d’expliquer sa présence dans les prélèvements sanguins et urinaires. Par ailleurs, une approche combinant screening non ciblé et identification des composés par réseau moléculaire nous a permis de caractériser un métabolite du trichlorfon, isomère du dichlorvos pouvant être analytiquement confondu avec le dichlorvos. Son origine synthétique peut s’expliquer par une seconde voie de déhydrochlorination du trichlorfon in vivo. Enfin, des molécules dérivées du trichlorfon, détectées dans le flacon et les prélèvements sanguins et urinaires, ont pu être mises en évidence grâce aux réseaux moléculaires. Des études complémentaires restent nécessaires pour évaluer leur toxicité.
Conclusion |
L’analyse non ciblée sur le produit ingéré et sur les matrices plasmatiques et urinaires a permis de conforter l’intoxication au dichlorvos chez ce patient. Par ailleurs, cette étude démontre que les approches analytiques non ciblées utilisant les réseaux sont particulièrement utiles pour des études qualitatives incluant l’identification de nouveaux métabolites et d’impuretés de synthèse.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Plan
Vol 34 - N° 3
P. 207-208 - septembre 2022 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
