Carcinome épidermoïde sur vitiligo - 01/12/22
Résumé |
Introduction |
Le vitiligo est une dermatose chronique résultant de la destruction des mélanocytes. L’absence de mélanine dans la peau atteinte de vitiligo suggère une augmentation des effets délétères de la lumière UV, entre autres, les cancers photo-induits. Ce risque carcinogène est encore un sujet de débat. L’objectif de notre étude est de déterminer les particularités du carcinome épidermoïde cutané (CEC) chez les patients suivis pour vitiligo.
Matériel et méthodes |
Nous avons mené une étude rétrospective dans notre service de dermatologie entre janvier 2004 et décembre 2021. Nous avons inclus tous les patients suivis pour vitiligo et ayant développés un CEC, confirmé par l’histologie.
Résultats |
En 18 ans, 1133 patients âgés de 3 à 93 ans, nous ont consultés pour vitiligo. Quatre patients, âgés de 58 à 93 ans, ont développé un ou deux (1 cas) CEC sur une peau atteinte de vitiligo et photo-exposée (0,35 %). Le vitiligo était de type localisé non segmentaire dans 3 cas et généralisé dans 1 cas. Aucun patient n’a reçu de photothérapie, ni de photoprotection. Le CEC, à type de tumeur de 3 à 7cm (moyenne de 5,4cm) bourgeonnante (2 cas) ou ulcéro-bourgeonnante (2 cas), siégeait sur la joue, le front, le cuir chevelu (zone de calvitie) ou la main. Un seul patient avait un envahissement des ganglions locorégionaux. Trois patients ont bénéficié d’un traitement curatif à type d’exérèse chirurgicale (2 cas), associée à un curage ganglionnaire (1 cas) ou à une radiothérapie (1 cas). L’exérèse était complète dans ces 3 cas. Un patient est décédé 9 mois après le diagnostic à cause du refus de la chirurgie.
Discussion |
À notre connaissance, il s’agit de la plus large série rapportant les CEC sur vitiligo. Les rares cas publiés concernent des patients ayant un vitiligo universalis traités par photothérapie de façon prolongée, bien que le lien de causalité ne soit pas encore démontré. En revanche, plusieurs auteurs ont noté un moindre risque de cancers cutanés chez les patients ayant un vitiligo et ont avancé différentes hypothèses pathogéniques. Les patients ayant un vitiligo ont tendance à éviter l’exposition solaire et à adopter une photo protection rigoureuse. Ces conduites ont fait défaut chez nos patients. Ensuite, on suggère le rôle protecteur de la protéine p53 et du Mdm2 (régulateur négatif de la p53) surexprimés en peau affectée et saine. Enfin, la surproduction de cytokines pro-inflammatoires (interleukine-1 et facteur de nécrose tumorale alpha), qui stimulent la production de glutathion peroxydase et de superoxyde dismutase, entraîne entre autres une réduction du risque de cancers cutanés. Par ailleurs, les CEC sur vitiligo ne présentent pas de particularité clinique ou thérapeutique. Malgré le nombre réduit de patients dans notre série, nous constatons un risque non négligeable de CEC sur zone affectée et exposée au soleil surtout chez les hommes. Des études plus larges et multicentriques sont requises avant de tirer des conclusions solides quant à la survenue de CEC sur vitiligo.
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Vol 2 - N° 8S1
P. A175 - novembre 2022 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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