Carcinomes épidermoïdes cutanés multiples et hyperprogresseurs sous ruxolutinib - 01/12/22
Résumé |
Introduction |
La survenue de carcinomes épidermoïdes cutanés (CEC), chez des patients sous hydroxyurée (HU) pour un syndrome myéloprolifératif, est bien connue et le rôle de l’HU bien démontré. Le ruxolitinib (RXT) est un inhibiteur sélectif des Janus kinase (JAK) 1 et 2, indiqué dans le traitement de la myélofibrose et depuis 2016 dans le traitement de la maladie de Vaquez (MV) chez les patients résistants ou intolérants à l’HU.
Observations |
Un homme de 75 ans, de phototype 3, était suivi pour une MV compliquée d’une fibrose médullaire. Il ne rapportait pas de coups de soleils sévères, ni de photoexposition importante professionnelle ou de loisirs. La MV avait été traitée par HU durant 10 ans. Plusieurs CEC étaient survenus sous HU, en 2015 (joue gauche, excision), 2019 (joue droite, excision et radiothérapie (RT)), 2020 (avant-bras gauche, exérèse complète+RT adjuvante). L’HU était arrêté en 2020 et le RXT introduit en février 2021. En septembre 2021, le patient était adressé par son chirurgien pour de multiples tumeurs de la tête, du tronc et des membres. Les biopsies confirmaient 13 CEC. Des exérèses étaient réalisées en plusieurs temps par des chirurgiens ORL ou plasticiens, selon le siège. La lésion la plus agressive était une récidive bifocale du CEC de l’avant-bras gauche de part et d’autre de la greffe, en zone irradiée, dont l’exérèse restait incomplète après 2 interventions. Un complément de RT était discuté, mais non réalisé. Le patient était réadressé 6 mois plus tard pour une très volumineuse récidive tumorale ulcérée, fixée en profondeur, associée à des douleurs neuropathiques requérant des morphiniques. Le rôle du RXT était évoqué, mais la situation hématologique contrindiquait son arrêt. Un traitement par pembrolizumab n’empêchait pas la progression tumorale et une amputation du bras était finalement proposée. Un second CEC inopérable du cuir chevelu justifiait la poursuite du pembrolizumab.
Discussion |
Chez ce patient sans surexposition solaire, la survenue de CEC, initialement sous HU, s’est considérablement accélérée sous RXT, associée à des critères cliniques de haute gravité : récidive en zone irradiée, croissance rapide, invasion périnerveuse, résistance au traitement. Des cas cliniques et petites séries ont suggéré un rôle propre du RXT dans la survenue de CEC multiples et hyperprogresseurs. Celui-ci pourrait être lié à l’inhibition des lymphocytes T cytotoxiques et de la voie interféron gamma par l’inhibiteur de JAK ou à l’activation paradoxale d’une voie de signalisation au sein des cellules épidermiques. Notre observation suggère une gravité supérieure des CEC sous RXT, par rapport à ceux observés sous HU. Le remplacement de l’HU par le RXT devant la survenue de CEC n’est pas justifié. La gravité de CEC sous RXT peut dépasser celle de l’hémopathie sous-jacente. Hématologues et dermatologues doivent être informés de ce risque et gérer conjointement ces cas complexes.
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Vol 2 - N° 8S1
P. A175-A176 - novembre 2022 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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