Évolution fatale liée à l’abus de dermocorticoïdes chez un adulte - 01/12/22
Résumé |
Introduction |
Les corticostéroïdes topiques sont largement utilisés dans la prise en charge des dermatoses inflammatoires chroniques. Néanmoins, leur utilisation à long terme peut avoir des effets systémiques en raison de l’absorption percutanée. Nous rapportons un cas illustrant la gravité des complications dues à l’usage excessif de ces médicaments.
Observations |
Une femme de 32 ans était suivie pour une dermatose évoluant depuis l’âge de 3 ans par poussée-rémission. Elle a été mise sous dermocorticoïde classe forte (bêtaméthasone) avec bonne évolution. La patiente a ensuite été perdue de vue ; néanmoins, elle a continué à se badigeonner de corticoïde topique pendant 22 ans. Elle s’est présentée en consultation dans un tableau d’érythrodermie. L’anamnèse trouvait la notion de prurit insomniant, frissons intenses, asthénie physique et psychique importantes, xérostomie, brûlures mictionnelles et cycles irréguliers avec retard de règles depuis 2 mois. On notait un aspect poïkilodermique-like, une obésité faciotronculaire, de larges vergetures pourpres, une amyotrophie des membres, un « buffalo-neck », des intertrigos macérés et érosifs, une érythrodermie desquamative œdémateuse et érosive par endroit, une alopécie diffuse avec présence de squames et croûtes mélicériques, une hypertension artérielle à 150/100 mmHg, une hyperglycémie à 1,92g/L, un signe du tabouret positif et une otorrhée purulente. Le tableau clinique, associé à la consommation excessive de bêtaméthasone, évoquait un syndrome de Cushing iatrogène. Le bilan biologique a révélé une insuffisance surrénalienne corticotrope. La biopsie cutanée était en faveur d’une dermatite atopique. Le traitement a consisté en la prise en charge des complications mycosiques, infectieuses et métaboliques. L’hydrocortisone a été débutée. Après éducation, les dermocorticoïdes ont été remplacés par du tacrolimus topique. La patiente était à nouveau perdue de vue. Un mois après, elle a succombé à son insuffisance surrénalienne.
Discussion |
Les effets indésirables des dermocorticoïdes sont bien connus, notamment en cas d’utilisation inappropriée. Ils sont, tout d’abord, locaux, comprenant fragilité cutanée, retard de cicatrisation, vergetures, hypertrichose, acné, rosacée et infections cutanées. Mais ils peuvent également être responsables d’effets indésirables systémiques, tels que le syndrome de Cushing, l’insuffisance surrénalienne corticotrope, l’ostéoporose, l’HTA et l’intolérance au glucose. Ces derniers sont exceptionnels en pratique courante, en particulier chez l’adulte. Les principaux facteurs de risque comprennent l’étendue des lésions, le niveau d’activité très fort des dermocorticoïdes, la réalisation d’une occlusion, l’altération de la barrière cutanée et l’utilisation conjointe de rétinoïdes oraux. Dans les dermatoses chroniques de l’adulte, il est essentiel de ne pas « habituer » les patients à la corticothérapie locale qui sera ensuite impossible à stopper. Afin d’éviter de telles situations, l’éducation thérapeutique constitue un pilier dans la prise en charge. Cela passe par une information claire et précise délivrée par le soignant à chaque consultation ainsi que le pharmacien.
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Vol 2 - N° 8S1
P. A303 - novembre 2022 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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