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Présentation clinique, évolution et pronostic des patients atteints de connectivite mixte : cohorte rétrospective multicentrique - 07/12/22

Doi : 10.1016/j.revmed.2022.10.075 
K. Chevalier 1, , B. Thoreau 1, B. Chaigne 1, R. Seror 2, X. Mariette 2, T. Papo 3, K. Sacre 3, O. Lambotte 4, C. Goujard 4, F. Ackermann 5, R. Paule 5, J.E. Kahn 6, T. Hanslik 6, N. Costedoat-Chalumeau 1, B. Terrier 1, B. Dunogué 1, P. Cohen 1, V. Le Guern 1, E. Hachulla 7, L. Mouthon 1
1 Médecine interne, hôpital Cochin, Paris 
2 Rhumatologie, 78, rue du Général-Leclerc, Le Kremlin-Bicêtre 
3 Médecine interne, hôpital Bichat–Claude-Bernard, Paris 
4 Médecine interne, 78, rue du Général-Leclerc, Le Kremlin-Bicêtre 
5 Médecine interne, hôpital Foch, rue Worth, Suresnes 
6 Médecine interne, CHU Ambroise-Paré, Boulogne-Billancourt 
7 Médecine interne, CHU, Lille 

Auteur correspondant.

Résumé

Introduction

La connectivite mixte (CM) est une entité définie par la positivité d’anticorps dirigés contre la ribonucléoprotéine U1 (anti-RNP) et la présence plusieurs signes cliniques et biologiques retrouvés dans d’autres connectivites différenciées (CD) [1]. Néanmoins, les critères de classification de la maladie ne sont pas consensuels et l’existence de la CM comme entité distincte est souvent discutée.

Cette étude a pour objectif de décrire une large population de patients atteints de CM, leur présentation initiale et leur évolution en termes de pronostic, de traitement et de différenciation vers une CD.

Patients et méthodes

Dans cette étude observationnelle et multicentrique, les patients présentant un diagnostic de CM répondant à au moins une des 4 classifications existantes ont été inclus. Les patients répondant aux critères d’une CD (lupus systémique, sclérodermie systémique, syndrome de Sjögren primaire, myopathies inflammatoires, polyarthrite rhumatoïde) étaient exclus. Les patients étaient identifiés grâce aux codes CIM 10 (M351) et par la recherche du terme « connectivite mixte » ou « syndrome de Sharp » dans les bases de données existantes. Les comparaisons étaient réalisées entre le groupe CM et le groupe qui évoluait vers une CD au cours du suivi. Des modèles de régression ont été utilisés pour rechercher des facteurs prédictifs de différenciation d’une CM vers une CD au cours du suivi. Une valeur de p<0,05 sera considérée comme statistiquement significative.

Résultats

Mille cent soixante-treize dossiers ont été revus et, après exclusion des doublons et des patients ayant une CD, 179 patients dont 163 femmes (91 %) ont été inclus. Vingt-sept remplissaient les critères d’une classification, 114 les critères de 2 classifications, 9 les critères de 3 classifications et 29 les critères des 4. L’âge médian au diagnostic était de 37 ans (intervalle interquartile 27–47). Les manifestations les plus fréquentes au diagnostic étaient, pour les patients pour qui l’information était disponible : le phénomène de Raynaud (90 %), les arthralgies (84 %), les doigts boudinés (49 %), les myalgies (33 %), et une hypergammaglobulinémie (79 %). Six patients (3 %) avaient une hypertension pulmonaire (HTP) identifiées à l’échographie cardiaque transthoracique et confirmée par cathétérisme droit chez 4 d’entre eux et 19 (11 %) une pneumopathie interstitielle diffuse (PID) avec un syndrome restrictif identifié aux épreuves fonctionnelles respiratoires (EFR) chez 7 d’entre eux. Par ailleurs, 61 patients avaient eu des EFR au diagnostic montrant un trouble de la diffusion alvéolaire chez 52 % d’entre eux. Au diagnostic, 89 patients sur 173 pour qui l’information était connue (51 %) avaient eu une capillaroscopie montrant chez 56 % d’entre eux des signes de microangiopathie organique. Les patients étaient principalement traités par hydroxychloroquine (65 %), corticoïdes (52 %) et inhibiteurs calciques (24 %). Durant l’évolution, et de façon indépendante avec les manifestations présentes à l’inclusion, on trouvait : phénomène de Raynaud chez 176 patients (93 %), doigts boudinés chez 90 patients (51 %), reflux gastro-œsophagien chez 76 patients (43 %), arthralgies chez 119 patients (67 %), myalgies chez 55 patients (31 %) et dyspnée chez 77 patients (44 %). Quarante-cinq patients (25 %) ont évolué vers une CD, principalement une sclérodermie systémique (n=25, 14 %) ou un lupus systémique (n=11, 6,1 %). Cette différenciation se faisaient dans les 5 premières années pour 49 % de ces patients, 27 % entre 5 et 10 ans, et 24 % au-delà de 10 ans de suivi. Les facteurs prédictifs de la différenciation vers une CD au cours du suivi étaient, de façon statistiquement significative, la présence : de télangiectasies, de doigts boudinés, d’une sclérodactylie, de fissures pulpaires, d’une péricardite, d’une dysphagie, d’une parotidomégalie, d’une sécheresse oculaire, d’une PID, de mégacapillaires, d’une leucopénie, de la présence d’anticorps anti-ADN natif et d’une diminution de la fraction C3 du complément. L’évolution était favorable (rémission sans traitement ou stabilité de la maladie sans symptômes) pour 140 patients (78 % ; 115 patients avec CM et 25 avec CD). Cinquante et un patients (29 %) avaient une PID au cours de l’évolution dont 22 (43 %) avec un syndrome restrictif aux EFR et 14 patients (7,9 %) une HTP.

Conclusion

Un quart des patients répondant à au moins une des quatre classifications de CM évolue vers une CD au cours du suivi, parfois très tardivement. Certains facteurs sont statistiquement associés à une évolution vers une CD. Le pronostic de la CM est globalement bon chez la majorité des patients en dehors de ceux développant une HTP.

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Vol 43 - N° S2

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