Consommation de 2-fluorodeschlorokétamine (2-FDCK) : à propos de deux décès et d’un cas grave d’automutilation - 29/04/23
Résumé |
Objectifs |
Présenter, pour trois cas médico-légaux de consommation de 2-fluoro-deschlorokétamine (2F-DCK) dont deux ayant entraîné la mort, les résultats des analyses toxicologiques dans les matrices biologiques et d’étudier la présence de ses métabolites.
Méthodes |
Description des cas : le premier cas concerne un homme admis aux urgences pour de sévères automutilations causées dans un délire mystique. Les plaies étaient profondes et allant jusqu’à l’os, le sujet était partiellement éviscéré. À son domicile étaient saisis un sachet contenant de la poudre, une coupelle supportant des résidus de poudre et une paille en carton usagée ensanglantée. Le second cas est un homme retrouvé mort de 13 coups de couteaux, le couteau était retrouvé à proximité. L’enquête montrait qu’il s’était violemment disputé avec son conjoint qui l’aurait poignardé. Le troisième cas concerne un homme retrouvé mort à son domicile, la face et les mains ensanglantées, en état de putréfaction avancé. Ses antécédents rapportaient une toxicomanie et une bipolarité connue. En plus de divers médicaments, 3 sachets contenant des poudres étaient saisis. Les fluides biologiques ainsi que les divers objets saisis étaient analysés par GC-MS, LC-DAD et LC-MS/MS. Dans les trois cas, le dosage de la 2F-DCK était effectué en urgence, et estimé en équivalent kétamine, en attente d’un dosage précis.
Résultats |
Cas no 1 : les dosages sanguins (LC-MS/MS) confirmaient la présence de 2F-DCK à une concentration estimée de 4016ng/mL en équivalent kétamine. La recherche de traces sur les objets saisis permettait d’identifier la 2F-DCK sur le sachet, l’assiette et la paille en carton. Des médicaments administrés à l’hôpital étaient également identifiés (lidocaïne, propofol, néfopam, paracétamol). Cas no 2 : les dosages sanguins confirmaient la présence de 2F-DCK à la concentration estimée de 10 256ng/mL en équivalent kétamine. La molécule était également identifiée dans l’urine. D’autres substances d’abus étaient identifiées à des concentrations faibles à modérées (4-CMC, 3-MMC, MDMA, Methamphétamine, GHB). Cas no 3 : les dosages sanguins confirmaient la présence de 2F-DCK à la concentration estimée de 14 442ng/mL en équivalent kétamine. Sa présence était également détectée dans l’urine. D’autres substances d’abus étaient identifiées à des concentrations faibles à modérées (3F-phenmetrazine, deschlorokétamine (DCK), déoxyméthoxétamine (DMXE), cannabis). L’analyse des 3 poudres saisies sur la scène permettait d’identifier la Deschlorokétamine (DCK), la 3F-phenmetrazine, la DMXE. Les métabolites connus de la 2F-DCK, tels que la nor-FDCK, la dihydro-FDCK, la dihydronor-FDCK ainsi que la DCK, étaient retrouvés dans le sang et les urines pour le cas 1, mais aussi dans la bile et l’humeur vitrée pour les cas post-mortem 2 et 3.
Conclusion |
Ces trois cas font partie des premiers cas médico-légaux décrits en France. Les trois sujets étaient polyconsommateurs de médicaments et de stupéfiants « classiques » (cannabis et amphétamines), mais aussi de NPS, comme le montrent les analyses toxicologiques et l’identification des substances saisies. Le métabolite le plus connu de la 2F-DCK est la Nor-FDCK ; ces cas confirment la présence d’autres métabolites de la 2F-DCK encore peu décrits dans la littérature. La 2F-DCK semble avoir des effets psychédéliques et dissociatifs similaires à ceux de la kétamine, mais potentiellement plus intenses et plus longs. L’atome de fluor en place du chlore entraîne une affinité moindre du CYP2B6 pour la 2F-DCK, sa métabolisation paraît donc plus lente et les effets durent ainsi plus longtemps. Les effets de la 2F-DCK ne sont pas tous connus, mais semblent donc différents de ceux de la kétamine en durée et surtout en intensité. Aucun cas grave de délire, d’agressivité et d’automutilation avec usage de kétamine ne nous a été soumis à ce jour.
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Vol 35 - N° 2S
P. S32-S33 - mai 2023 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.

