Validation d’un algorithme diagnostique de l’artérite gigantocellulaire basé sur l’échographie Doppler couleur des artères temporales : résultats de l’étude ECHORTON - 18/06/23
, C. Allix-Béguec 2, O. Espitia 3, C. Dieval 1, B. Gombert 4, F. Lorcerie 5, C. Toquet 6, J.M. Goujon 7, G. Durand 8, C. Lormeau 9, A. Grenot-Mercier 10, R. El-Khoury 11, A. Riche 12, F. Hospital 13, S. Visée 14, M.L. Auriault 15, M. Roncato-Saberan 16, C. Thollot-Karolewicz 17, P. Roblot 18, C. Roncato 5Résumé |
L’artérite gigantocellulaire (AGC) est la vascularite systémique la plus fréquente chez les personnes de plus de 50 ans, intéressant les artères de gros et de moyens calibres. Tout retard diagnostique altère la qualité de vie des patients et peut conduire à des séquelles définitives, en particulier visuelles. La biopsie d’artère temporale (BAT) a longtemps été le gold standard, malgré ses défauts. Récemment, l’imagerie vasculaire, au premier rang, l’échographie Doppler couleur (EDC) est devenue recommandée [1] dans le bilan diagnostique sur la base d’études rétrospectives. Nous avons conduit une étude multicentrique, prospective, visant à valider un algorithme de diagnostic d’AGC reposant en 1re intention sur le résultat d’un EDC des artères temporales et autres axes artériels. Entre 2016 et 2020, les hôpitaux de Nantes, Poitiers, Niort, Angoulême, Rochefort et La Rochelle ont recruté des patients remplissant les conditions suivantes : i) suspicion d’AGC par un clinicien expert ; ii) âge>50 ans ; iii) CRP>5mg/L ; iv) n’ayant pas reçu de corticostéroïdes (CS) depuis plus de 7jours avant l’EDC. L’étude a reçu un avis favorable du CPP Ouest III et a été déclarée sur le site clinicaltrials.gov NCT02703922. L’algorithme était le suivant : visite de sélection, réalisation d’EDC<7jours, consultation avec le clinicien<7jours de l’EDC et orientation selon résultat de l’EDC : si « positif », le patient était considéré comme AGC et traité de façon habituelle ; si « négatif » le patient était orienté pour une BAT qui devait intervenir<14jours du début des CS. Les données de suivi ont été recueillies à M1, M3, M6, M12 et M24. Protocole d’EDC : les appareils d’échographie étaient différents d’un centre à l’autre, mais devaient disposer de sondes de haute fréquence et d’opérateurs entraînés. Le protocole d’étude était similaire et examinait de façon bilatérale les artères suivantes : temporale (tronc, branches frontales et pariétales), vertébrales, carotides communes et internes, sous-clavières, axillaires et fémorales superficielles. Toutes les anomalies étaient signalées, mais un examen « positif » correspondait à la présence franche d’un halo hypoéchogène entourant de façon circonférentielle la lumière des deux artères temporales, tel que précédemment décrit [2]. Au total, 167 patients ont été inclus et 165 ont pu valider l’algorithme. La moyenne d’âge était de 78,3 (±8,8) ans, les autres caractéristiques de la population était habituelle pour ce type d’étude avec, par exemple, 1/3 de PPR et 17,5 % d’amaurose. L’EDC était « positif » dans 44 % des cas et négatif dans 56 %. Dans le groupe positif, le diagnostic d’AGC a été confirmé à 1 mois par le clinicien dans tous les cas et maintenu jusqu’à la fin du suivi. La sensibilité était ainsi de 53,7 % (IC à 95 % [45,3–61,8]) et la spécificité de 100 % (IC à 95 % [85,8–100]). Dans le groupe EDC négatif, la BAT était positive dans 30,4 % (28/92) et ininterprétable dans 7,6 % (7/92). Parmi les 92 patients EDC négatifs, le diagnostic d’AGC a été retenu par le clinicien dans 63/92 (68,4 %) à 1 mois et le diagnostic alternatif d’un patient a été revu en AGC au cours du suivi. En comparant les groupes de patients suspects d’AGC avec EDC+ (n=73) versus EDC− (n=92), on notait les différences suivantes : abolition du pouls temporal 21 (29 %) vs 2 (2 %), p < 0,001, induration de l’artère 35 (48 %) vs 11 (12 %), p < 0,001, claudication des mâchoires 36 (49 %) vs 28 (30 %), p=0,013, signes visuels 25 (34 %) vs 17 (18 %) p=0,021, signe de PPR 18 (25 %) vs 37 (40 %), p=0,035. Aucune différence sur les antécédents, sur l’âge, sur le sexe, ni sur les paramètres biologiques n’étaient remarquées, exemple avec la CRP en mg/L : 90,7 (±64,7) vs 89,1 (±74,4), p=0,392. Dans le suivi à 2 ans, le taux de perdus de vue était identique dans les deux groupes : 13,7 % vs 12 % ; de même pour le taux de décès : 6,9 vs 8,7 %. Parmi les patients pour lesquels le diagnostic d’AGC sur la base du résultat de l’EDC, 40/58, soit 69 %, étaient « guéris », les autres étant en rémission sous traitement. Parmi les patients considérés comme AGC, EDC « négatif » 35/54, soit 64,8 %, étaient « guéris », le reste en rémission sous traitement. Parmi les patients inclus, 9, soit 5,4 % avaient une aortite (soit par angio-TDM, soit en TEP-TDM), l’EDC dans cette population était positif dans 5 cas. L’étude ECHORTON confirme la performance de l’EDC à la phase diagnostique des patients suspects d’AGC et valide de façon prospective la possibilité de se passer dans certaines conditions de la BAT.
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Vol 44 - N° S1
P. A107-A108 - juin 2023 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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