Intoxication volontaire par consommation d’une poudre de noix de muscade - 17/11/23
Voluntary intoxication by consumption of nutmeg powder

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Résumé |
Les intoxications par ingestion de poudre de noix de muscade sont rares mais non exceptionnelles. Elles se caractérisent par des signes cliniques non spécifiques avec prédominance de troubles neuropsychiatriques, cardiaques et digestifs dus aux dérivés de l’alkenylbenzène, safrole, myristicine, élémicine et à leurs métabolites. Les symptômes apparaissent dans un délai de 1 à 7 heures pour des quantités ingérées supérieures à 10 g et sont résolutifs en moins de 48 heures. Nous rapportons le cas un homme de 35 ans traité par mirtazapine 15 mg/j et citalopram 20 mg/j pour dépression depuis un mois, qui se présente au service d’accueil des urgences 36 heures après avoir ingéré de l’alcool et 50 à 100 g de poudre de noix de muscade. Le patient est paucisymptomatique avec surtout hallucinations et confusion, sans autre signe clinique ni biologique associé. Admis en réanimation médicale pour surveillance, l’évolution est favorable avec sortie en 24 heures. Un seul échantillon de sang et d’urines est prélevé à l’admission en réanimation. L’analyse toxicologique a été conduite selon différentes approches, un screening en LC-MS/DAD, un screening ciblé et non ciblé par LC-HR/MS, et par GC-MS sur les urines. Le premier bilan par méthode immunologique retrouve 0,15 mg/L d’éthylglucuronide dans les urines. Le screening ciblé a permis l’identification et la quantification du citalopram, de la mirtazapine et leurs métabolites à des concentrations thérapeutiques. Neuf métabolites dérivés de l’alkylbenzène ont été identifiés par le screening non ciblé en LC-HR/MS, dont un métabolite de phase I, la desméthyl-élémicine au niveau plasmatique. Les huit autres métabolites sous forme de sulfo- et glucuronoconjugués ont été identifiés dans le plasma et les urines du patient. Sur les neuf métabolites, sept ont déjà été rapportés dans la littérature soit chez l’homme soit dans des études in vitro. Pour la première fois, nous décrivons dans les urines deux nouveaux dérivés doublement conjugués de la didesmethyl-élémicine, dont un doublement glucuroconjugué et un conjugué « mixte » sulfo- et glucuronoconjugué. Compte-tenu de l’intensité de ce composé dans les urines chez ce patient vu tardivement, ce nouveau conjugué mixte pourrait être proposé comme marqueur tardif d’exposition à la poudre de noix de muscade. Seul le screening non ciblé permettait de confirmer la consommation de poudre de noix de muscade chez notre patient vu tardivement. Notre observation confirme l’intérêt de cette approche analytique pour documenter des expositions rares par des produits d’origine naturelle et pour rechercher des métabolites inconnus, à considérer comme de possibles marqueurs d’exposition tardive.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Abstract |
Poisoning following nutmeg powder ingestion is rare but not exceptional. Presentation is characterized by non-specific clinical signs, predominantly neuropsychiatric, cardiac and digestive disorders due to derivatives of alkenylbenzene, safrole, myristicin, elemicin, and their metabolites. Symptoms appear within 1 to 7 hours for quantities ingested in excess of 10 g, and resolve within 48 hours. We report the case of a 35-year-old man treated with mirtazapine 15 mg/d and citalopram 20 mg/d for depression for one month, who presented to the emergency department 36 hours after ingesting alcohol and 50 to 100 g of nutmeg powder. The patient was poorly symptomatic and developed hallucinations and confusion with no additional clinical or biological signs. The patient was transferred to the intensive care unit for monitoring. Outcome was rapidly favorable and the patient was discharged 24 hours later.. A single blood and urine sample was obtained on intensive care unit admission. Toxicological analysis was carried out using different approaches including routine screening, LC-MS/DAD screening, targeted and non-targeted screening using LC-HR/MS, and GC-MS on urine. The routine analysis reported 0.15 mg/L ethylglucuronide in the urine. Targeted screening enabled the identification and quantification of citalopram, mirtazapine, and their metabolites in the therapeutic ranges. Nine alkylbenzene-derived metabolites were identified by non-targeted LC-HR/MS screening, including one phase I metabolite, desmethyl elemicin in plasma. The other eight metabolites, in the form of sulfo- and glucuronoconjugates, were identified in the patient's plasma and urine. Of the nine metabolites, seven have already been reported in the literature, either in humans or in vitro studies. For the first time, we describe two new double-conjugated derivatives of didesmethyl-elemicin in urine, including a double glucuronoconjugate and a "mixed" sulfo- and glucuronoconjugate.Given its intensity in urine, this newly identified mixed conjugate might be proposed as a late biomarker of exposure to nutmeg powder. Only non-targeted screening could confirm the consumption of nutmeg powder in this patient referred late after the exposure. Our findings confirms the contribution of this approach to assess rare poisonings with natural compounds and search for unknown metabolites, which could be considered as biomarkers of late exposure.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mot clefs : Noix de muscade, screening LC-HR/MS, toxicologie Clinique, dérivés de l’alkenylbenzène
Keywords : Nutmeg, LC-HR/MS screening, clinical toxicology, alkenylbenzene derivatives
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