Maladie de Takayasu associée à une tuberculose génitale : une simple coïncidence ou un lien possible ? - 28/11/23
, Y. Baghdali, H. Arzour, F. HadoumRésumé |
Introduction |
La maladie de Takayasu est une artérite inflammatoire segmentaire granulomateuse d’étiologie inconnue, touchant l’aorte et ses branches segmentaires ; c’est une maladie vasculaire rare affectant les femmes de moins de 40 ans. Son association avec la tuberculose a été décrite mais reste en cours d’élucidation.
Observation |
Nous rapportons le cas d’une patiente âgée de 28 ans ayant présenté trois ans auparavant une tuberculose génitale traitée selon le schéma RHZ, déclarée guérie, orientée à notre niveau pour l’exploration d’une insuffisance rénale avec une hypertension artérielle maligne sous quadrithérapie. À l’examen clinique, on retrouve des chiffres tensionnels élevés aux membres supérieurs avec anisotension, pouls poplité et pédieux gauches abolis, auscultation cardiopulmonaire libre ; l’existence d’un souffle auscultatoire abdominale, le reste de l’examen somatique est sans anomalies. Le bilan biologique révèle une insuffisance rénale de stade 3 n’ayant pas nécessite le recours à la dialyse, une VS accélérée à deux chiffres, un bilan immunologique négatif. L’échographie cardiaque montre une hypertrophie ventriculaire gauche, un fond d’œil sans anomalies, et l’échographie rénale montre des reins de taille normale avec une bonne différenciation corticomédullaire. Ce tableau clinique est évocateur de la maladie de takayasu, ce qui nous a poussé à réaliser une angiographie abdominopelvienne qui a révélé une aorte abdominale de calibre normal discrètement épaissie de façon régulière circonférentielle, ainsi que des artères rénales grêles, concluant à un stade IV de la maladie de Takayasu selon la classification Moriwaki. Le diagnostic de la maladie de Takayasu a été posé selon les critères de l’ACR 1990 et les critères d’Ishikawa modifiés, les critères de l’ACR/EULAR 2022 s’appliquent aussi sur notre patiente (8 points). La patiente a bénéficié d’une corticothérapie par voie orale avec ; d’immunosuppression : mycophénolate mofétil 2g/jour avec bonne évolution clinicobiologique : passage à la bithérapie régression de l’insuffisance rénale (MRC stade 1).
Discussion |
L’association entre la maladie de Takayasu et la tuberculose n’est pas encore bien élucidée. Plusieurs études randomisées ont été réalisées chez des patients atteints de la maladie, chez qui des prélèvements sanguins ont été réalisés à la recherche d’anticorps anticomplexe Mycobacterium tuberculosis. Ces études ont démontré la présence d’immunoglobulines G, M et A dans les sérums des patients, suite à leurs interactions avec la protéine HSP 65kDa du recombinant du Mycobacterium tuberculosis utilisé pour l’étude. Chez l’homme, il existe une homologie structurale entre une protéine appelée HSP 60, retrouvée dans les protéoglycanes des cartilages, dans les molécules d’HLA classe II et dans les protéoglycanes de l’adventice, et la protéine HSP 65. Il existe donc une réaction immunitaire croisée : les anticorps développés contre le recombinant HSP 65 seront dirigés également contre les protéoglycanes de l’adventice des artères de gros calibre, induisant une réaction inflammatoire importante. Des études sur l’athérosclérose ont démontré l’expression importante des protéines HSP 65 dans les zones de turbulence, notamment dans les bifurcations artérielles. Ceci pourrait confirmer la relation de cette protéine avec la maladie de Takayasu en raison du siège sélectif de cette dernière (bifurcations des gros vaisseaux). Un autre mécanisme proposé est l’intervention directe de la sous-population Gamma Delta des cellules T-cytotoxiques, cette sous-population étant fortement présente dans les zones artérielles endommagées, ce qui pourrait suggérer l’existence d’une reconnaissance directe entre l’antigène HSP 65 et ces cellules.
Conclusion |
Le cas que nous rapportons s’ajoute à une série de plus en plus fournie de publications faisant état d’un lien entre maladie de Takayasu et infection tuberculeuse. Encore imparfaitement élucidée, parfois débattue, cette association reste un élément de réflexion qui doit pousser le clinicien à initier les explorations nécessaires pour arriver à un diagnostic souvent peu évident.
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Vol 44 - N° S2
P. A554 - décembre 2023 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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