Évaluation de l’imputabilité médicamenteuse dans les toxidermies sévères : comparaison de la méthode de Bégaud et de celle de Naranjo - 15/11/24
Résumé |
Introduction |
Il est crucial d’établir l’imputabilité d’un médicament dans les cas de toxidermies pour une prise en charge appropriée, mais cette évaluation peut être complexe en pratique clinique.
Notre étude compare deux méthodes d’imputabilité médicamenteuse couramment utilisées : la méthode de Bégaud réactualisée et le score de Naranjo.
Matériel (ou patient) et méthodes |
Nous avons réalisé une étude rétrospective rassemblant les cas de toxidermies sévères signalés au centre de pharmacovigilance de notre structure entre 2019 et 2023. Nous avons exclu les pathologies induites ou exacerbées par un médicament et les cas où les médicaments responsables n’étaient pas identifiés. L’analyse statistique a été réalisée à l’aide du logiciel Jamovi.
Résultats |
Le centre de pharmacovigilance a rapporté des toxidermies sévères chez 116 patients. L’âge médian était de 39 ans [1–81], avec une prédominance féminine (63 %). Nous avons identifié 58 cas de syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse (DRESS) (50 %), 31 cas de syndrome de Stevens-Johnson (SSJ) (26,7 %), 15 cas de pustulose exanthématique aiguë généralisée (PEAG) (12,5 %), 11 cas de Lyell (9,5 %) et un cas de chevauchement SJS-Lyell (0,9 %). Un total de 442 médicaments a été identifié, avec une médiane de 3 médicaments par patient [1–11]. Les antibiotiques étaient les plus incriminés (34,5 %). Selon le score de Naranjo, 87,5 % des effets étaient considérés comme probables, 9,7 % comme possibles et 2,7 % comme douteux. Selon la méthode de Bégaud, 42,1 % des effets étaient considérés comme vraisemblables, 35,5 % probables, 17,4 % possibles et 5 % douteux. Les deux méthodes ont conclu à la même imputabilité pour 164 observations (37 %) mais aucune concordance (coefficient kappa=0,062) n’a été observée entre les deux méthodes. Il existe une différence significative entre les deux méthodes en se basant sur le nombre de médicaments incriminés (p<0,001) avec une médiane de 1,00 pour la méthode de Bégaud et 2,00 pour le score de Naranjo.
Discussion |
Nous n’avons pas trouvé de concordance entre les méthodes de Bégaud et de Naranjo, ce qui est conforme aux résultats de la littérature. La méthode de Bégaud est une approche algorithmique qui combine des critères chronologiques, sémiologiques et bibliographiques. En revanche, le score de Naranjo offre un système de notation simplifié, plus accessible pour les cliniciens grâce à son application rapide et son usage international. Toutefois, son utilité est limitée lorsque certains médicaments n’ont pas été arrêtés ou lorsque plusieurs médicaments ont été pris simultanément.
Conclusion |
Nous suggérons d’utiliser le score de Naranjo en cas d’urgence et dans les situations où peu de médicaments sont pris. En revanche, pour obtenir des résultats plus précis, il est préférable de recourir à la méthode de Bégaud chez des patients polymédiqués et lorsque certains médicaments n’ont pas été arrêtés.
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Vol 4 - N° 8S1
P. A151 - décembre 2024 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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