Comment prédire une infection bactérienne chez le cirrhotique tunisien en décompensation aiguë ? - 17/05/25
Résumé |
Introduction |
Le diagnostic des infections bactériennes est parfois difficile chez les patients ayant une cirrhose en décompensation aiguë (DA) car des signes importants comme la fièvre peuvent manquer et leur expression peut se résumer à une altération de l’état général. Alors que la mortalité de ces patients est élevée dès lors que la prise en charge est tardive. C’est pourquoi le diagnostic précoce d’une infection bactérienne (IB) permettrait d’agir rapidement pour limiter ses complications et améliorer le pronostic. Ce travail a pour but de rechercher des marqueurs biologiques prédictifs d’une IB chez les cirrhotiques en DA, afin de guider une prise en charge plus précoce et ciblée.
Patients et méthodes |
Nous avons mené une étude rétrospective sur une période de 12 mois (d’août 2022 à septembre 2023). Ont été inclus les patients suivis pour une cirrhose hospitalisés pour une DA. Le diagnostic d’une infection bactérienne a été retenu devant des arguments cliniques, biologiques et cytologiques. Les taux de globules blancs (GB), de polynucléaires neutrophiles (PNN), de lymphocytes (Lc) et de protéine C-réactive (CRP) ont été relevés et comparés entre les valeurs mesurées à l’admission pendant l’épisode de décompensation aiguë (DA) et les valeurs de référence obtenues à partir d’une numération formule sanguine (NFS) réalisée au cours des trois mois précédents, en l’absence de DA. Les marqueurs biologiques évalués dans notre étude comprenaient : la différence entre les globules blancs à l’admission et à la base (ΔGB) ; le pourcentage de polynucléaires neutrophiles (%PNN) par rapport au nombre total de globules blancs ; la différence entre les polynucléaires neutrophiles à l’admission et à la base (ΔPNN) ; la différence entre le ratio des globules blancs et des lymphocytes à l’admission et à la base (ΔGB/Lc) ; la différence entre les lymphocytes à l’admission et à la base (ΔLc) ; le ratio des neutrophiles aux lymphocytes (NLR) ; et le différence entre le NLR à l’admission et à la base (ΔNLR). Pour l’analyse statistique des associations biologiques, des courbes ROC ont été générées pour déterminer les seuils prédictifs des variables biologiques associées à l’infection, avec calcul des aires sous les courbes (AUC) et des valeurs de p pour évaluer la performance de chaque paramètre. Ensuite, une régression logistique multivariée a permis d’identifier les facteurs indépendants associés à la présence d’une infection bactérienne, en exprimant les résultats en OR (odds ratios) avec leurs intervalles de confiance.
Résultats |
Cette étude a inclus 83 patients ayant un âge moyen de 62,4±10,8 ans, avec un sex-ratio H/F de 1,13. Les principaux motifs d’admission étaient l’encéphalopathie hépatique (EH) chez 32 patients (38,6 %), la décompensation œdémato-ascitique (DOA) chez 26 patients (31,3 %) et l’hémorragie digestive variqueuse (HD) chez 25 patients (30,1 %). Une infection était présente chez 24 patients (28,9 %), dont 6 cas d’infection spontanée du liquide d’ascite (ISLA) (25 %), 11 cas d’infection urinaire (45,83 %), 4 cas d’infection cutanée (érysipèle, dermo-hypodermite) (16,67 %) et 3 cas d’infection broncho-pulmonaires (12,5 %). L’analyse a révélé une association significative entre plusieurs paramètres biologiques et la présence d’une infection, avec des seuils de prédiction suivants : ΔPNN supérieur à 1550/mm3 (AUC=0,658 ; p=0,025),%PNN supérieur à 72,3 % (AUC=0,687 ; p=0,008), ΔGB/Lc supérieur à 3,1 (AUC=0,691 ; p=0,007), ratio neutrophiles/lymphocytes (NLR) supérieur à 4,4 (AUC=0,692 ; p=0,006), ΔNLR (DA-Base) supérieur à 2,9 (AUC=0,696 ; p=0,005), CRP supérieure à 21mg/L (p<0,001). En analyse multivariée ; un ΔNLR supérieur à 2,9 (p=0,038 ; OR=3,8 ; IC=[1,1–13,5]) et une CRP supérieure à 21mg/L (p<0,001 ; OR=21,8 ; IC=[5,1–82]) étaient des facteurs indépendants associées à la présence d’une infection bactérienne.
Conclusion |
Dans notre étude, le ΔNLR et la CRP ont été identifiés comme des indicateurs utiles pour suspecter une IB chez les cirrhotiques en DA même en l’absence de signes cliniques évidents. Leur utilisation pourrait encourager une recherche systématique de foyers infectieux chez les patients en DA, permettant ainsi une prise en charge précoce et ciblée.
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Vol 46 - N° S1
P. A245-A246 - juin 2025 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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