Maladies auto-inflammatoires systémiques indifférenciées de l’adulte : analyse en clusters d’une cohorte multicentrique française de 150 patients - 26/11/25
Résumé |
Introduction |
Les maladies auto-inflammatoires (MAI) sont des maladies de l’immunité innée caractérisées par des poussées récurrentes d’inflammation et de manifestations cliniques. Malgré les avancées de la génétique il existe une proportion importante de patients chez qui une anomalie génétique n’est pas identifiée ; et qui ne répondent pas aux critères d’une maladie auto-inflammatoires polygéniques connues comme la maladie de Still, ou le syndrome de Schnitzler. Cela rend leur diagnostic, suivi et traitements difficiles. Chez l’adulte, ces formes sont regroupées sous le terme MAISI (Maladie auto-inflammatoire systémique indifférenciées). Cette étude a pour objectif de caractériser, sur une cohorte adulte française de MAISI, les phénotypes cliniques, d’analyser les traitements administrés et leurs réponses, et d’explorer l’existence de sous-groupes de patients par une approche de clusterisation.
Patients et méthodes |
Étude monocentrique rétrospective incluant les patients avec diagnostic de MAISI porté entre janvier 2010 et décembre 2024. MAISI définit comme : poussées systémiques récurrentes (≥ 3 épisodes avec CRP documentée > 5 mg/L), associées à des manifestations cliniques, en l’absence de variant pathogène dans les gènes connus des maladies auto-inflammatoires monogéniques. Exclusion des patients avec maladie de Still, syndrome de Schnitzler, SITRAME. L’absence de mutation était confirmée par séquençage d’exome (WES), de génome (WGS) ou par panel NGS ciblé (≥ 62 gènes). Les réponses thérapeutiques étaient : réponse complète (RC) : disparition des symptômes + CRP négative à 3 mois ; réponse partielle (RP) : amélioration ≥ 50 % des symptômes + CRP négative. Une analyse factorielle mixte non supervisée a été réalisée suivie d’une classification hiérarchique pour la formation des clusters.
Résultats |
Cent cinquante patients ont été inclus, avec 98 (65,3 %) femmes et un âge médian de début des symptômes de 14 ans [min 5–max 26]. La majorité des patients présentaient des évolutions par poussées ( n = 133 ; 88,7 %), avec fièvre ( n = 126 ; 84 %), asthénie ( n = 116 ; 80 %) et les atteintes d’organes les plus fréquentes étaient cutanée ( n = 131 ; 87,3 %), articulaire ( n = 119 ; 79,3 %) abdominale ( n = 95 ; 63,3 %) et hématologique avec des adénopathies ( n = 41 ; 27,3 %). Le dosage de CRP médiane durant les poussées aigües était de 90 mg/L [48–137]. La colchicine a été utilisée chez 85 patients (56,7 %) avec 7 RC (8,2 %) et 38 RP (44,7 %). Les biothérapies toutes lignes confondues utilisées étaient : les anti-TNFα ( n = 32) avec RC 21,9 % et RP 31,3 % ; les anti-IL-1 ( n = 24) avec RC 25 % et RP 16,7 %, les anti-IL-6 ( n = 22) avec RC 31,8 % et RP 31,8 % ; et les inhibiteurs de JAK ( n = 16) avec RC 18,8 %, et RP 37,5 %. L’analyse en clusters a identifié quatre sous-groupes : le cluster 1 d’âge plus précoce d’apparition des symptomes (6 ans [1,5–15]) avec fièvre, aphtes, pharyngite, douleurs abdominales et adénopathies ; le cluster 2, majoritairement féminin, avec des crises < 3 jours, de l’urticaire et douleurs abdominales ; le cluster 3 avec crises > 15 jours, arthralgies, myalgies et arthrites ; et le cluster 4 d’âge plus tardif d’apparition des symptomes (20 ans [7,8–32,3]), majoritairement masculin avec dermatoses neutrophiliques. Il n’y avait pas de différence significative de réponse thérapeutique entre les groupes en raison de l’effectif limité et de l’hétérogénéité importante des traitements administrés, mais on peut noter une tendance à une meilleure efficacité de la colchicine dans le cluster 2 (72 %, p = 0,16). Dans le cluster 4, 7/10 patients ont répondu au traitement par inhibiteurs de JAK.
Discussion |
Cette étude française, la plus large cohorte d’adultes avec MAISI rapportée à ce jour, à notre connaissance met en évidence l’hétérogénéité des manifestations cliniques, le plus souvent cutanées, articulaires et digestives. L’analyse en clusters a identifié quatre profils phénotypiques : atteintes oro-faciales (cluster 1), urticaire avec douleurs abdominales et crises brèves (cluster 2), prédominance rhumatologique (cluster 3) et dermatoses neutrophiliques chez des hommes d’âge moyen (cluster 4). Les principales limites de ce travail sont son caractère rétrospectif et observationnel et l’hétérogénéïté des prises en charge des patients entrainant une difficulté à l’analyse de l’efficacité des traitements.
Conclusion |
Les patients avec MAISI présentent des atteintes cliniques classiques de maladies auto inflammatoires : cutanées, articulaires, abdominales, et ganglionnaires. Malgré leur hétérogénéité, quatre clusters semblent se distinguer. Ces résultats soulignent la nécessité de standardiser la ccatégorisation phénotypique des patients pour faciliter la recherche de gênes candidats et réaliser des études pour affiner la prise en charge des patients MAISI.
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Vol 46 - N° S2
P. A388-A389 - décembre 2025 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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