Similitudes immunologiques et cliniques entre polyarthrite rhumatoïde et COVID-19 - 02/12/25
, M. Ghali 2, M. Jguirim 1, T.R. Ben 1, R. Grassa 1, N. Ben Chekaya 1, M. Ghali 3, S. Zrour 1, I. Bèjia 1Résumé |
Introduction |
Le facteur rhumatoïde (FR) est un biomarqueur classique de la polyarthrite rhumatoïde (PR), mais son intérêt ne se limite pas aux maladies auto-immunes. Des études récentes ont mis en évidence la présence de FR chez des patients atteints de COVID-19, infection causée par le SARS-CoV-2. Cette infection peut entraîner des manifestations proches de celles observées dans la PR, telles que arthralgies, myalgies ou atteintes cutanées, rendant parfois l’évaluation clinique plus complexe. Cette étude avait pour objectif d’évaluer la présence des isotypes du FR dans la PR et au cours du COVID-19, et de mettre en évidence les défis diagnostiques liés à la similitude des manifestations cliniques.
Patients et méthodes |
Nous avons mené une étude transversale incluant des patients suivis pour PR répondant aux critères ACR/EULAR 2010. La détection des isotypes du FR (IgM, IgA, IgG) a été réalisée par Elisa ( enzyme-linked immunosorbent assay ). Pour étudier la spécificité des isotypes de FR et leur utilité dans la distinction entre la PR, et le COVID-19, un groupe de patients atteints de COVID-19 a également été recruté. Le dosage des isotypes chez ces patients a été effectué au moins 15 jours après l’apparition des symptômes. Un taux de FR supérieur à trois fois le seuil normal ( > 3N) a été considéré comme élevé, conformément à la classification ACR/EULAR.
Résultats |
Soixante patients atteints de polyarthrite rhumatoïde (PR) ont été inclus, avec un âge moyen de 53 ans (22–76) et un sexe-ratio femmes/hommes de 7,5. La durée moyenne d’évolution de la maladie était de 8 ans. Tous les patients présentaient une positivité du FR-IgM, 73,1 % du FR-IgA et 19,9 % du FR-IgG. Parmi eux, 79,7 % avaient un taux d’IgM > 3N et 44,9 % un taux d’IgA > 3N. Une co-positivité IgM/IgA a été retrouvée chez 52,8 % des patients, IgM/IgG chez 1,6 %, et 18 % présentaient une triple positivité (IgM, IgA et IgG).
Dans le groupe COVID-19, 82 patients ont été inclus, avec un âge moyen de 51,5 ans (24–85) et un sex-ratio femmes/hommes de 1,3. Cinquante pour cent des patients présentaient un FR positif, dont seulement 12,2 % avec un taux supérieur à trois fois la normale. La positivité des IgM était observée chez 39 % des patients, avec 25,6 % présentant une positivité isolée et 10,9 % un taux > 3N. Les IgA étaient positives chez 8,5 % des patients, avec une positivité isolée dans 8,4 % des cas et 3,7 % présentant un taux supérieur à trois fois la normale. Les IgG étaient positives chez 3,7 % des patients, avec 1,2 % de positivité isolée et 1,2 % fortement positive ( > 3N). Un seul patient (1,2 %) présentait une triple positivité (IgM, IgA et IgG).
La triple positivité des isotypes (IgM, IgA, IgG), fréquente dans la PR (18 %), était rare dans le COVID-19 (1,2 %), suggérant une valeur discriminante possible des isotypes de FR pour différencier une PR d’une infection virale.
Conclusion |
La présence de FR peut survenir dans le COVID-19, mais la triple positivité des isotypes demeure caractéristique de la PR. L’analyse fine des profils d’isotypes du FR pourrait non seulement aider à différencier les manifestations auto-immunes des symptômes post-infectieux, mais aussi offrir des pistes pour comprendre les mécanismes liant l’infection virale et l’activation auto-immune, ouvrant de nouvelles perspectives pour la recherche et la pratique clinique.
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Vol 92 - N° S1
P. A182 - décembre 2025 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
