Actualisation des recommandations de bonnes pratiques francophones en épidémiologie, 2024–2025 - 10/12/25
Update of francophone best practice recommendations in epidemiology, 2024–2025
, Amadou Diallo e, 1, Réjean Dion d, 1, Nelly Dovoedo e, 1, Jean-François Etard d, 1, Mathioro Fall e, 1, Sylvie Fasine e, 1, Emmanuel Garin c, 1, Maïna L’Azou e, 1, Ariane Leroyer b, 2, Claudy Mannoury e, 1, Simone Mathoulin-Pelissier a, 1, Virginie Mongbo e, 1, Kaoutar Nabah e, 1, Hermann Nabi e, 1, Anne Perrocheau d, 2, Louis-Rachid Salmi a, 2, Nadra Rechidi-Sidhoum e, 1, Christophe Rogier b, 1, Roméo Togan e, 1, Jacques Vigan e, 1Résumé |
En 2007, l’ADELF, l’ADEREST, l’AEEMA et EPITER, ont adopté la deuxième version des recommandations de déontologie et bonnes pratiques en épidémiologie (BPE) [1] , la première version ayant adoptée en 1998. Ces mêmes associations ont décidé de réviser ces BPE en 2024–2025 pour prendre en compte les évolutions de la pratique de l’épidémiologie depuis 2007, les enseignements de l’épidémie de COVID-19 et les travaux du même type réalisés dans d’autres pays en Europe et à l’international. Cette révision des BPE cible en priorité l’exercice de la discipline dans les pays francophones qu’elle qu’en soit la finalité (recherche, épidémiologie de terrain, surveillance, l’aide à la décision en santé publique…) ou le champ d’application (santé humaine, santé animale, santé environnementale, santé au travail, épidémiologie sociale, une seule santé…). Les quatre associations ont chargé une équipe projet de réaliser cette révision, sous l’égide d’un comité de pilotage (COPIL) composé d’un représentant de leur conseil d’administration respectif. L’équipe projet est accompagnée par un comité de suivi scientifique (CSS) composé de 26 membres issus des 4 associations et exerçant en France, en Belgique, dans les pays d’Afrique francophone et au Canada.
Tout d’abord, l’équipe projet a réalisé une revue de cadrage de la littérature scientifique et documentaire (littérature grise et référentiels/recommandations existantes…) dont elle a extrait 73 documents jugés pertinents. Ensuite, elle a mené une série d’entretiens qualitatifs avec 21 professionnels de l’épidémiologie et de la santé publique couvrant les champs de l’épidémiologie humaine, animale et environnementale (une seule santé), la santé au travail, et exerçant dans les pays francophones mentionnés ci-dessus. Ces entretiens ont été retranscrits et analysés avec la rédaction d’une synthèse qualitative. Sur la base des analyses de la revue documentaire et des entretiens discutées au sein du CSS, l’équipe projet a défini un plan des nouvelles BPE et de chacun des chapitres. Les chapitres ont été relu au fur-et-à-mesure par quatre membres du CSS suivi de discussion en CSS. La synthèse finale a fait l’objet d’une relecture complète par 10 membres du CSS avant relecture par les membres du COPIL (et des épidémiologistes désignés par leur membre). Le document final a été validé par le COPIL.
Le document final est structuré en 9 chapitres (droit, déontologie et éthique ; finalité et question(s) traitée(s) ; protocole ; conduite de l’étude ; collecte, obtention, gestion, stockage, archivage et partage des données ; analyse des données ; interprétation des résultats ; communication scientifique ; valorisation publique, sociale), chaque chapitre étant rédigé selon un plan standardisé (justification, objectifs, recommandations). Les BPE révisés promeuvent l’universalité des BPE qui en pratique ne dépendent que très peu du champ d’application. Quelques particularités, notamment en santé animale ou santé travail sont abordés dans les différents chapitres. Un équilibre a dû être trouvé, entre en faire trop ou être trop précis (au risque d’être contraignant) et pas assez (au risque de manque d’opérationnalité). Cet équilibre a été guidé par les valeurs et principes de la démarche scientifique de l’épidémiologie, de l’intégrité, de l’éthique et de la protection des données et des personnes ou des animaux. Les échanges entre relecteurs et les discussions en CSS ont permis de trouver cet équilibre, la diversité d’exercice et de contexte de pratique des membres du CSS y a fortement contribué. S’agissant d’un guide francophone, une grande attention a été portée « à ne pas être prisonnier de la pratique et du cadre juridique français ». Les BPE sont basées sur des principes universels et renvoient vers les textes et éventuelles particularités nationales. Face à la part croissante de travaux épidémiologiques basés sur une analyse secondaire de données produites pour une autre raison que la finalité épidémiologique (données massives…) la nouvelle version des BPE propose plusieurs recommandations dans différents chapitres du guide, incluant notamment l’Intelligence Artificielle (IA) et insiste par ailleurs sur le principe de « frugalité ». Le champ de l’épidémiologie sociale, application qui a connu un fort développement a par ailleurs été intégré notamment dans la prise en compte des inégalités sociales de santé.
Les BPE ne doivent donc pas être comprises comme un ensemble normatif rigide alors que l’épidémiologie est une discipline vivante, en constante évolution et fait l’objet d’incessantes innovations. Les recommandations ont une durée de validité limitée (3 à 5 ans selon la Haute Autorité de Santé). L’évolution des champs d’application de l’épidémiologie, des données, notamment massives, de la place de l’IA, des modalités de publication et de valorisation, d’implication des participant·es (science participative) nécessitent d’anticiper les perspectives de leur révision. Une stratégie de communication et de promotion des BPE pour la pratique et la formation initiale et professionnelle est en cours d’élaboration par les 4 associations promotrices des BPE pour la diffusion la plus large à la communauté des épidémiologistes de langue française.
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Vol 86 - N° 6
Article 102949- novembre 2025 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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