Intérêt de la vaccination contre la leptospirose en Outre-mer : état des lieux et réflexions - 21/02/26

LEPTOspirosis FRench Overseas study Group (LEPTO-FROG) #
Résumé |
Constat |
La leptospirose, zoonose tropicale, demeure une maladie largement sous-estimée, avec plus d’un million de cas et près de 60 000 décès chaque année dans le monde. Dans les départements et régions d’Outre-mer (DROM), l’incidence est jusqu’à cinquante fois supérieure à celle observée en France hexagonale, faisant de ces territoires des zones à haut risque et des sentinelles d’observation privilégiées.
En 2024, La Réunion a connu une épidémie sans précédent — 33 cas pour 100 000 habitants, dont 70 % ont nécessité une hospitalisation — tandis que Mayotte enregistrait, en 2025, un taux record de 57 cas pour 100 000 habitants. Ces chiffres confirment le caractère (ré)émergent de cette zoonose dans les contextes tropicaux.
Qu’il s’agisse de La Réunion, de la Guyane, des Antilles, de la Polynésie française ou de la Nouvelle-Calédonie, environ un tiers des patients sont admis en soins intensifs, avec une létalité avoisinant les 2 %. Dans ces territoires, Leptospira interrogans sérogroupe Icterohaemorrhagiae demeure le principal agent des formes sévères, soulignant la nécessité d’explorer des stratégies de prévention ciblées, notamment vaccinales.
Une campagne inédite |
Le vaccin SPIROLEPT®, développé en France en 1979, constitue à ce jour la seule option disponible dans les DROM, ciblant les sérogroupes Icterohaemorrhagiae et Copenhageni. Son efficacité clinique réelle reste à préciser, aucun essai en vie réelle n’ayant encore été conduit, et le seuil de protection immunologique demeurant inconnu.
En octobre 2025, La Réunion est devenue le premier territoire européen à mettre en œuvre une campagne de vaccination populationnelle contre la leptospirose — une initiative inédite pour cette maladie tropicale encore largement négligée. Cette expérience représente une opportunité scientifique et un tournant de santé publique, ouvrant des perspectives majeures pour les DROM, confrontés à des contextes épidémiologiques, sociaux et environnementaux à la fois similaires et singuliers.
Enjeux et perspectives |
Le succès de cette stratégie dépendra de sa capacité à atteindre les populations les plus exposées — agriculteurs, éleveurs, agents d’assainissement ou de collecte — et à restaurer la confiance vaccinale dans des contextes marqués par une méfiance persistante. Cela suppose d’intégrer la perception du risque et les représentations de la maladie à travers des enquêtes qualitatives et des actions communautaires menées au plus près des populations.
Le renforcement de la surveillance des sérogroupes circulants, appuyé sur la revalorisation et le remboursement du test de microagglutination (MAT), est indispensable pour adapter les politiques vaccinales. Parallèlement, la recherche doit viser le développement d’un vaccin universel et de schémas allégés, plus accessibles et soutenables.
Enfin, cette stratégie ne prendra tout son sens que si elle s’inscrit dans une vision intégrée et durable, soutenue par une communication claire et bidirectionnelle, et renforcée par l’engagement des acteurs locaux.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 1S
P. S16 - février 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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